Ministère du commerce : déconnecté ou dépassé par l’explosion des prix de première nécessité ?

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Alors que les prix des produits de première nécessité s’envolent à cause du carburant et des barrières, le ministère du commerce reste figé dans ses arrêtés, dépassé par une crise qu’il ne parvient ni à comprendre ni à juguler.
À Bangui, l’arrêté ministériel censé réguler les prix ressemble à une injonction venue d’une autre planète. Signé depuis un bureau loin du terrain, ce texte impose des tarifs que les commerçants, eux, peinent à respecter. Le directeur général du commerce, Thierry Dinghede, pointe du doigt une application aléatoire : les contrôles sporadiques intimident temporairement les opérateurs, mais dès que les agents tournent le dos, la spéculation reprend ses droits. Le gouvernement accuse les commerçants de désobéissance, mais la vraie question est ailleurs : cette mesure reflète-t-elle seulement la réalité du terrain ?
En effet, fixer le prix du ciment, des tôles ou du manioc depuis un ministère, c’est méconnaître une règle élémentaire enseignée dès le secondaire : c’est le marché qui dicte les prix. Les commerçants ne sont pas des magiciens. Ils importent, transportent et vendent dans un contexte marqué par des barrières douanières, des routes jonchées de corruption et une flambée du coût du carburant, ce même carburant qui fait grimper le prix de tout, du transport à la dernière arachide sur l’étal. Quand le gouvernement augmente le prix de l’essence et exige dans le même souffle que les commerçants baissent leurs tarifs, on frôle l’absurde. Quelle économie peut tenir sur une telle contradiction ? Le ministère se targue d’avoir diffusé son arrêté via les médias nationaux et les radios communautaires. Pourtant, certains commerçants jurent n’en avoir jamais entendu parler, tandis que d’autres, lucides, profitent du manque de suivi pour ignorer les règles.
Par conséquent, en imposant des prix déconnectés des coûts réels, le gouvernement pousse les commerçants à vendre à perte, une pratique que la loi, ironiquement, interdit. Forcer un opérateur à brader son stock sans tenir compte des frais d’importation, des taxes officieuses payées sur les routes ou de la cherté du transport, c’est le condamner à la faillite. Les conséquences sont claires : des étals vides, des familles sans revenus et, au bout du compte, un peuple encore plus fragilisé. Le ministère croit protéger les consommateurs, mais il aggrave leur calvaire en ignorant les rouages du commerce. Plutôt que de jouer les démiurges depuis leurs bureaux, les autorités devraient chausser leurs bottes et arpenter les marchés. Pourquoi ne pas déployer des agents non pas pour sanctionner, mais pour écouter ? Recueillir les doléances des commerçants, analyser les obstacles concrets – corruption, carburant, infrastructures – et ajuster les prix en conséquence.
D’ailleurs, la cellule permanente envisagée dans les principaux marchés de Bangui est un pas, mais elle ne suffira pas si elle se limite à sermonner au lieu de résoudre. Et que dire des produits périmés vendus par les ambulants, que l’arrêté promet d’éradiquer ? Sans présence continue, sans moyens logistiques, cette ambition reste une belle parole. Le ministère doit cesser de blâmer les commerçants pour son propre manque de clairvoyance. Fixer des prix, oui, mais pas en improvisation, pas sans données réelles, pas sans contrôle efficace. Sinon, c’est comme demander à Dieu de faire respecter ses commandements sans jamais envoyer de prophètes sur Terre. Stabiliser le marché et protéger les consommateurs, comme le clament les autorités, est un objectif louable.
Pourtant, cela ne se fera pas en brandissant un arrêté comme un sceptre divin. Réduire les barrières, enrayer la corruption, stabiliser le prix du carburant : voilà les vrais leviers pour soulager le peuple centrafricain. Tant que le gouvernement restera perché dans sa tour d’ivoire, ses décisions continueront de flotter loin des réalités du terrain – et les commerçants, comme les consommateurs, en paieront le prix….
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![Danse des vampires ou protection réelle ? Le ministre du Commerce parle de labo et de normes pendant que les jeunes tombent sur les routes avec les sachets d’alcool frelaté Danse des vampires ou protection réelle ? Le ministre du Commerce parle de labo et de normes pendant que les jeunes tombent sur les routes avec les sachets d’alcool frelaté* Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC Pendant que le monde entier marque la Journée mondiale des droits des consommateurs ce 15 mars sous le thème « Des produits sûrs, des consommateurs confiants », la Centrafrique a vécu une célébration presque invisible. Aucune activité officielle n’a été organisée sur le terrain. Seul le ministre du Commerce et de l’Industrie, Maître Thierry Patrick Akoloza, a sorti un discours pour rappeler que l’État veut protéger les citoyens contre les produits de mauvaise qualité. Le ministre a listé une série de bonnes intentions : renforcer les textes de loi, améliorer le contrôle des marchandises qui arrivent sur le marché, trouver de l’argent pour construire enfin un laboratoire de référence, créer le Bureau centrafricain de normes, lutter contre les pratiques commerciales déloyales, promouvoir la métrologie légale pour que les balances et les mesures soient justes, et garder le contact avec les associations de consommateurs. Il a aussi demandé aux Centrafricains de rester vigilants, de connaître leurs droits et de porter plainte quand quelque chose ne va pas. Jusque-là, on pourrait applaudir. Sauf que sur le terrain, le quotidien raconte une autre histoire. Chez nous, on produit très peu de choses transformées. La plupart des biens de consommation courante viennent de l’extérieur, et personne ne peut vraiment vérifier leur qualité. Pas de laboratoire fiable, pas de contrôles systématiques aux frontières, pas de résultats publics. On nous parle de « normes » et de « réglementation », mais les étals et les boutiques regorgent de produits dont on ignore tout : date de péremption douteuse, composition cachée, emballages abîmés. Et le cas le plus criant reste celui de l’alcool frelaté produit sur place par Wagner. Au PK 26, sur la route de Boali, une usine tourne à plein régime. Elle appartient au groupe Wagner et fabrique localement la marque Africa Ti L’Or. Officiellement présentée comme une bière, cette boisson est en réalité un mélange de vodka, d’eau et de citron, souvent coupé avec des substances douteuses. La même structure produit aussi des petits sachets d’alcool frelaté, vendus à 100, 150 ou 200 francs CFA – avec des degrés qui montent parfois à 40, 80, voire 120 %. Ces pochettes plastiques inondent les rues, les marchés et les bars de Bangui et de l’intérieur du pays. Le gouvernement a pourtant pris un arrêté qui interdit formellement la production, l’importation et la vente de ces alcools en sachet, jugés dangereux pour la santé. Mais dans les faits, les services de l’État préfèrent s’attaquer aux cargaisons venues du Cameroun ou du Nigeria, pendant que la production locale de Wagner continue sans aucun contrôle indépendant. Personne ne peut entrer dans cette usine pour vérifier la qualité, les ingrédients ou le degré réel d’alcool. Résultat : les jeunes consomment massivement ces mixtures, les accidents de la route se multiplient, les cas d’empoisonnement et de dépendance explosent, et les autorités ferment les yeux. Ce n’est pas tout. Dans les magasins tenus par certains commerçants libanais, on trouve régulièrement du poisson avarié, de la viande pourrie ou du poulet impropre à la consommation. Ces produits sont récupérés, reconditionnés et remis en vente. Les agents censés faire les contrôles passent souvent leur chemin : les bakchichs font leur effet. L’État dit manquer de moyens pour vérifier quoi que ce soit, mais il semble en trouver quand il s’agit de protéger certains intérêts. Les consommateurs centrafricains ne demandent pas des promesses supplémentaires. Ils veulent du concret : des contrôles réels aux points d’entrée et dans les usines installées sur le territoire, un laboratoire qui fonctionne vraiment, des sanctions contre ceux qui inondent le pays avec des produits dangereux, et surtout la fin de cette tolérance à sens unique sur les sachets d’alcool frelaté produits localement. Tant que ces petites pochettes continueront à circuler librement, que les étals resteront remplis de marchandises pourries ou non vérifiées, et que certaines usines resteront intouchables, les beaux discours du 15 mars ressembleront plus à une danse rituelle qu’à une vraie volonté de protéger le sang des Centrafricains. Le gouvernement doit passer des mots aux gestes. Sinon, cette « protection des consommateurs » restera une belle déclaration que personne ne sent dans sa vie quotidienne. Les jeunes qui tombent sur les routes après avoir bu ces mixtures, les familles qui achètent des produits douteux sans pouvoir les contrôler, méritent mieux que des listes d’intentions. Ils méritent des actes. Par Gisèle MOLOMA Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC CNC Groupe 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/04/Thierry-Patrick-Akoloza-en-Pleine-Emission-a-la-Radio-Ndeke-Luka-218x150.jpg)

