Analyse du sociologue Mongbe Francis Sterling sur les événements du lycée des martyrs

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Après les violences au lycée des Martyrs, le sociologue Mongbe Francis Sterling critique la gestion du proviseur : « Il a biaisé la procédure en faisant directement appel à la police »

 

Le sociologue Mongbe Francis Sterling reproche au proviseur du lycée des Martyrs d’avoir privilégié l’intervention policière au dialogue.

 

Analyse du sociologue Mongbe Francis Sterling  sur les événements du lycée des martyrs
Le proviseur du lycée des martyrs, tabassé sorti sous escorte policière du lycée

 

Les violences survenues mercredi 4 novembre 2026 au lycée des Martyrs, à Bangui, continuent de provoquer des réactions. Après les affrontements entre élèves et policiers, le sociologue centrafricain Mongbe Francis Sterling s’est exprimé sur la gestion de cet incident par l’administration scolaire. Dans une analyse consacrée à la gouvernance de l’actuel proviseur, il estime que le recours à la police a aggravé un différend qui pouvait être réglé à l’intérieur de l’établissement.

 

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Les événements ont commencé par un différend entre élèves autour de la disparition d’un téléphone portable. L’intervention des forces de l’ordre et l’arrestation d’un élève ont provoqué la colère de ses camarades. Plusieurs élèves sont sortis dans la rue pour demander des explications. Les tensions ont ensuite dégénéré en affrontements avec les policiers, accompagnés de jets de pierres et de tirs.

 

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Pour Mongbe Francis Sterling, cette escalade traduit avant tout une mauvaise gestion du conflit par les responsables de l’établissement.

 

« Il a biaisé la procédure en faisant directement appel à la police »

 

Dans son texte intitulé « Mon point de vue sur la gouvernance de l’actuel proviseur du Lycée des Martyrs et les traces de Baobab proviseur Martin Pounouwaka », le sociologue critique ouvertement les décisions prises par le chef de l’établissement.

 

« C’est précisément ce que ce proviseur n’a pas fait. Il a biaisé la procédure en faisant directement appel à la police lorsqu’il a constaté la situation », écrit Mongbe Francis Sterling.

 

Il considère que cette décision a transformé un différend scolaire en confrontation avec les forces de sécurité.

 

« On dirait pour lui c’est un règlement de compte d’homme à homme », poursuit-il, avant d’estimer que cette intervention est revenue à « jeter de l’huile sur le feu ».

 

Le sociologue reproche ainsi au proviseur de ne pas avoir utilisé les mécanismes internes de règlement des conflits avant de solliciter les policiers.

 

Selon lui, un responsable d’établissement doit anticiper les tensions entre élèves et intervenir rapidement pour empêcher leur aggravation. Il rappelle qu’un lycée rassemble des jeunes de différents milieux sociaux et familiaux, avec des comportements parfois difficiles à gérer.

 

« Gouverner des hommes, c’est précisément prévoir toutes les stratégies nécessaires pour éviter et remédier aux tensions, aux troubles et aux désordres », explique-t-il.

 

Le sociologue estime que les parents auraient dû être convoqués avant toute intervention policière

 

Mongbe Francis Sterling considère que le différend lié au téléphone disparu pouvait être réglé par une procédure disciplinaire ordinaire.

 

Il explique que le proviseur disposait de plusieurs possibilités pour ramener le calme. Il pouvait notamment mobiliser les surveillants, les censeurs, les enseignants et les représentants des élèves afin d’identifier les protagonistes et de comprendre l’origine du désaccord.

 

Le sociologue évoque également les élèves chargés de certaines responsabilités de sécurité au sein du lycée. Ces derniers, désignés par leurs camarades, pouvaient selon lui contribuer à maîtriser la situation et accompagner les élèves impliqués jusqu’au bureau du proviseur.

 

Une fois les protagonistes identifiés, la direction devait contacter leurs familles.

 

« Dans les grandes écoles privées qui déroulent avec moins de conflits, lorsque des élèves adoptent des comportements contraires au règlement intérieur, on convoque automatiquement et sans hésitation les parents », affirme-t-il.

 

Pour Mongbe Francis Sterling, l’intervention des parents aurait permis de trouver un arrangement entre les élèves concernés.

 

Il envisage notamment la possibilité d’un remboursement du téléphone disparu ou d’un règlement amiable entre les familles, sans intervention des forces de l’ordre.

 

« En gros la famille joue un rôle primordial dans la résolution des conflits en Centrafrique, que personne ne nous trompe sur ce point », insiste-t-il.

 

Cette analyse place la responsabilité éducative des parents au centre du règlement des différends scolaires. Le sociologue considère que leur autorité peut contribuer à rétablir la discipline sans exposer les élèves à une confrontation avec la police.

 

Une gouvernance scolaire qui doit privilégier l’écoute des élèves

 

Au-delà des incidents du 4 novembre, Mongbe Francis Sterling critique une conception de l’autorité scolaire qui laisse peu de place au dialogue.

 

Il estime que la direction d’un établissement doit associer les différentes composantes de la communauté éducative aux décisions concernant les élèves.

 

« Une bonne école fonctionne lorsque les relations et les prises de décision se font de manière horizontale puis verticale », écrit-il.

 

Il précise sa pensée : « Tout le monde doit avoir un mot à dire, tout le monde est écouté, tout le monde doit être compris ».

 

Dans cette organisation, le proviseur conserve son autorité, mais doit consulter les personnes capables de contribuer à la résolution d’un problème.

 

Le sociologue recommande ainsi de réunir rapidement les censeurs, les surveillants, les enseignants, les associations des parents et les représentants des élèves lorsqu’un incident menace la stabilité de l’établissement.

 

Cette méthode permettrait, selon lui, de comprendre les causes d’un conflit avant de prendre des sanctions.

 

Son analyse revient donc à reprocher à l’actuelle direction du lycée des Martyrs d’avoir privilégié une réponse policière à une démarche éducative.

 

Le proviseur a fait intervenir la police pour régler le différend entre élèves au lieu de privilégier le dialogue et l’implication des parents.

Martin Pounouwaka, l’ancien proviseur présenté comme un modèle d’autorité

 

Pour appuyer ses critiques, Mongbe Francis Sterling évoque le souvenir de Martin Pounouwaka, ancien proviseur du lycée des Martyrs.

 

Le sociologue explique avoir travaillé au sein de l’Association des élèves de cet établissement pendant la période où Martin Pounouwaka en assurait la direction.

 

Il décrit un responsable dont l’autorité reposait sur la discipline, la proximité avec les élèves et une forte présence dans la vie scolaire.

 

« J’aimerais rendre hommage à l’illustre proviseur de l’époque, Martin Pounouwaka, dont sous son règne j’ai eu la chance de travailler au sein de l’Association Des Élèves du Lycée des Martyrs », écrit-il.

 

Il rappelle également une particularité de cet ancien responsable : « Il portait la tenue scolaire de chaque établissement où il était affecté ».

 

À travers ce souvenir, Mongbe Francis Sterling oppose deux conceptions de la direction scolaire. La première repose sur une autorité éducative capable d’obtenir le respect des élèves. La seconde, qu’il reproche à l’actuel proviseur, consiste à solliciter les forces de l’ordre pour gérer un différend interne.

 

« Tu es qui, ou l’enfant de qui, pour lui tenir tête ? », écrit-il en évoquant l’autorité exercée par Martin Pounouwaka.

 

Les violences du 4 novembre relancent le débat sur les méthodes disciplinaires

 

La prise de position de Mongbe Francis Sterling intervient après une journée de fortes tensions autour du lycée des Martyrs et de la Compagnie nationale de sécurité, située à proximité de l’établissement.

 

L’arrestation d’un élève a entraîné une mobilisation de ses camarades, suivie d’affrontements avec les policiers dans les rues environnantes.

 

Ces événements ont également conduit le ministre d’État chargé de l’Éducation nationale, Aurélien Simplice Zingas, à intervenir publiquement sur la situation.

 

Dans son analyse, Mongbe Francis Sterling ne remet pas en cause la nécessité de maintenir la discipline scolaire. Il conteste les moyens utilisés pour résoudre un différend entre élèves et considère que le recours immédiat à la police a contribué à l’aggravation des tensions.

 

Il rappelle enfin l’importance de l’autorité parentale dans l’éducation des enfants, en citant un proverbe centrafricain : « Mèh a yo ka a hon li pepe ».

 

Pour le sociologue, la présence d’un père ou d’une mère devant le proviseur peut suffire à faire comprendre à un élève la gravité de son comportement.

 

Son texte constitue une critique directe de la gestion de l’incident par l’actuel proviseur du lycée des Martyrs. Il ne comporte toutefois pas de réponse de ce dernier aux reproches formulés à son encontre.

 

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