
Le 19 janvier 2026, le conseil constitutionnel centrafricain a validé la réélection du dictateur Faustin-Archange Touadéra avec 77,9% des voix. Cette décision entérine un hold-up électoral sans précédent et consacre l’installation d’une dictature présidentielle qui ne dit pas son nom dans l’un des pays les plus pauvres du monde.
L’opposition centrafricaine avait refusé de participer au scrutin du 28 décembre 2025. Le Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC) avait prévenu : aucune garantie n’existait pour un vote honnête. L’Autorité nationale des élections, qui est d’ailleurs à la botte des intérêts du président sortant, a truqué les listes électorales et bourré les urnes.
Les chiffres annoncés par l’ANE le 6 janvier donnaient Touadéra vainqueur dès le premier tour avec 76,15% contre 14,66% pour Anicet-Georges Dologuélé. La participation officielle atteignait 52,43%, mais dans les régions périphériques, l’abstention était massive. Dologuélé, éternel second des élections de 2016 et 2021, a dénoncé une “tentative méthodique de tripatouillage”. Henri-Marie Dondra, troisième avec 3,19%, a rejoint cette contestation en pointant l’incompétence de l’organisme électoral.
La Cour constitutionnelle a balayé tous les recours. Présidée par un oncle maternel de Touadéra, elle a ajusté le score final à 77,9% et clos le dossier en quelques jours. L’opposition accuse cette institution d’agir comme un simple outil aux mains du président. Dans un pays où les observateurs étrangers ont exprimé des réserves sur la transparence du processus, cette validation judiciaire expédiée transforme l’élection en mascarade juridique.
Le régime avait préparé le terrain bien avant le scrutin. En 2023, une réforme constitutionnelle adoptée par référendum a prolongé le mandat présidentiel de cinq à sept ans et supprimé toute limitation du nombre de mandats. Touadéra, élu en 2016 sur des promesses de reconstruction nationale, a détourné les institutions pour s’installer durablement. Ce troisième mandat, qui court jusqu’en 2032, n’est que l’aboutissement d’une stratégie destinée à lui permettre de mourir au pouvoir.
La répression frappe tous ceux qui osent critiquer. Dominique Désiré ERENON, président de la MDSP, croupit en prison depuis plusieurs mois.
Les mercenaires russes de la milice Wagner, rebaptisés depuis sous d’autres appellations, terrorisent la population. Le gouvernement prétend contrôler 90% du territoire, mais cette affirmation cache une réalité bien plus complexe. Le pouvoir a négocié avec certains groupes armés qui ont accepté de déposer les armes et d’intégrer les Forces armées centrafricaines. Ces accords restent fragiles et ne garantissent rien.
Dans le Haut-Mbomou et le Mbomou, les miliciens Azandé Ani Kpi Gbé lancent des attaques sporadiques. D’autres factions continuent de voler et de kidnapper en toute impunité. Wagner opère des prisons secrètes à Bangui où les détenus meurent dans des conditions épouvantables. Au Soudan voisin, ces mêmes mercenaires massacrent des civils avec des drones. Malgré ces exactions, Touadéra doit négocier avec des coalitions rebelles comme le CPC, l’UPC ou le MPC. Ces pourparlers, menés par des intermédiaires, maintiennent un équilibre précaire qui peut basculer à tout moment.
Le désastre économique achève de ruiner le pays. Avec un PIB par habitant oscillant entre 300 et 400 dollars, plus de 70% des Centrafricains survivent sous le seuil de pauvreté extrême. L’inflation galope et le coût de la vie a explosé en 2025-2026. Les ressources naturelles : diamants, or, uranium , sont pillées par des intérêts étrangers tandis que les détournements se multiplient au sommet de l’État. Les braquages organisés par d’anciens rebelles mal intégrés et les trafics transfrontaliers prospèrent dans ce vide sécuritaire.
Les hôpitaux manquent de tout et reçoivent des médicaments périmés. Les habitants fuient les zones dangereuses comme Zémio ou Vakaga. Quelque 2,3 millions de personnes font face à un effondrement humanitaire. Touadéra soigne ses proches à l’étranger pendant que les Centrafricains ordinaires se débrouillent sans rien. Cette élite déconnectée ignore la misère qu’elle a contribué à créer.
La communauté internationale se contente de déclarations timides. Sans sanctions ciblées contre les responsables de la répression et sans soutien réel à un dialogue inclusif, la Centrafrique continuera sa descente. Les citoyens centrafricains, abandonnés par leurs dirigeants et négligés par le reste du monde, paient le prix d’une dictature qui s’enracine chaque jour davantage dans un pays vidé de ses ressources et de ses espoirs.
Par Éric Azoumi
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