
ace au boycott des cours par des enseignants roulés dans la farine, le gouverneur Bissekoin choisit la provocation. Son aveu sur le non-respect des engagements étatiques se transforme immédiatement en un vibrant et incompréhensible hommage à Touadéra. Ce décalage illustre parfaitement la manière dont les autorités locales préfèrent la propagande politique à la résolution des détresses concrètes de la population.
L’aveu du sabotage de l’école publique
Dans sa déclaration, le gouverneur du Haut-Oubangui est contraint de reconnaître une réalité explosive : les enseignants contractuels, envoyés sur le terrain pour sauver l’année scolaire à Bangassou et dans le reste de la région, ne sont pas payés depuis plusieurs mois. Victor Bissécoin admet lui-même l’incohérence de la situation en déclarant qu’on ne peut pas demander des résultats à des professionnels privés des moyens de subsistance de base.
Pourtant, juste après avoir validé la détresse de ces instituteurs abandonnés, le gouverneur bascule dans un éloge déconnecté en saluant l’intégration et le recrutement de milliers d’enseignants par le pouvoir central. Quel intérêt d’annoncer des vagues de recrutements sur le papier si, dans les faits, l’État s’avère incapable de respecter les contrats signés et de verser les salaires dus ?
Des fonctionnaires en poste mais paralysés
Ce surréalisme administratif ne se limite pas aux écoles. Le gouverneur affirme avec assurance que l’administration publique a repris ses droits et que la quasi-totalité des fonctionnaires sont à leur poste à travers la région.
La réalité qu’il décrit immédiatement après contredit pourtant cette victoire théorique : ces agents de l’État n’ont aucun moyen logistique adéquat, ni voiture ni moto, pour se déplacer et mener à bien leurs missions d’encadrement. L’État affiche une présence purement symbolique, incapable d’offrir le moindre service public réel aux administrés du Mbomou ou de la Basse-Kotto.
L’impasse sécuritaire face au déni politique
Sur le front de la sécurité, le double discours est identique. Alors que la milice d’autodéfense Azandé (les AKG) retient toujours en otage la sous-préfète de Bambuti ainsi que des agents électoraux depuis décembre 2025 pour réclamer le départ des mercenaires russes, le gouverneur maintient une posture d’ignorance. Il qualifie la crise de simple “jeu de cache-cache” et prétend ne pas comprendre les motivations de la rébellion, refusant d’admettre l’impasse d’une gestion sécuritaire totalement défaillante.
Le culte du pouvoir face à la misère sociale
Le sommet de ce délire politique intervient lorsque Victor Bissécoin aborde le chapitre des attentes populaires. Face à une population privée de soins de santé de base, d’écoles fonctionnelles et de sécurité face aux exactions persistantes de l’UPC, le gouverneur ose affirmer que la première et principale attente des citoyens est déjà satisfaite par le simple maintien au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra.
En transformant la détresse sociale et la colère légitime des enseignants en un hommage politique au régime, le gouverneur Bissécoin signe un abandon spectaculaire de ses devoirs administratifs.
Par Éric Azoumi
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