La fable du lion et du rat : quand Firmin Ngrebada prévient, je reviendrai, et vous aurez besoin de moi

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La fable du lion et du rat : quand Firmin Ngrebada prévient,  je reviendrai, et vous aurez besoin de moi

 

 

Le dictateur de Bangui Faustin Archange Touadera et l’ancien Premier ministre, ex-député de Boali, Firmin NGRÉBADA

Rédigé le 17 mars 2026 .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Un post de Firmin Ngrebada, publié ce jour même par l’intéressé depuis Bangui sur la plateforme du réseau social Facebook, ne peut se lire à la légère. Il s’agit d’un texte hautement politique, habilement camouflé derrière le voile d’une fable africaine.

 

Rappelons les faits. Firmin Ngrebada a été l’un des hommes les plus puissants de Centrafrique. Premier ministre de la République centrafricaine de 2019 à 2021, il était considéré comme l’homme de confiance du président Touadéra, architecte des accords de paix de Khartoum. Puis vint la disgrâce. Écarté du gouvernement, il s’est reconverti en député,  dernière planche de salut institutionnelle,  avant d’en être également évincé. Le voilà aujourd’hui sans mandat, sans titre, sans fonction. Un homme politique nu.

 

La rhétorique de la fable : le classique des vaincus

Le recours à la fable est un choix rhétorique révélateur. Dans l’histoire politique africaine et mondiale, c’est souvent le propre des dirigeants tombés en disgrâce que de se réfugier dans la sagesse populaire, les proverbes, les paraboles. C’est une façon de parler sans paraître parler, de dénoncer sans paraître dénoncer, d’envoyer des messages ciblés tout en maintenant une apparence de neutralité bienveillante.

 

Ngrebada ne raconte pas une fable pour amuser ses abonnés un vendredi matin. Il règle des comptes avec une élégance calculée.

 

Décryptage du texte : qui est le lion, qui est le rat ?

La clé de lecture est ici fondamentale. Dans la fable classique d’Ésope, reprise par La Fontaine, la morale est universelle. Mais dans la bouche d’un ancien premier ministre centrafricain fraîchement éjecté du pouvoir, chaque personnage prend une dimension très concrète.

 

Le lion,  puissant, orgueilleux, qui “éclate de rire” face à plus petit que lui,  renvoie très probablement au système qui l’a écarté, à ses anciens alliés devenus adversaires, peut-être au cercle présidentiel lui-même. Le lion est celui qui, au sommet, méprise et oublie.

 

Le rat,  humble, méprisé, mais finalement sauveur,  c’est Ngrebada lui-même qui se met en scène. Celui qu’on a chassé, sous-estimé, jugé “trop petit” pour compter désormais. Mais qui prévient : je reviendrai, et vous aurez besoin de moi.

 

Les filets du chasseur représentent les difficultés à venir pour ceux qui l’ont écarté. C’est une prophétie politique douce-amère : vous tomberez, et vous regretterez de m’avoir méprisé.

 

La phrase la plus chargée

“Ne maltraitez jamais le stagiaire, l’assistant, le subalterne.”

 

En apparence, c’est du management bienveillant. En réalité, c’est une déclaration d’orgueil blessé. Un ancien premier ministre ne s’identifie pas spontanément au “stagiaire” par humilité sincère — il le fait pour retourner l’humiliation contre ceux qui l’ont infligée. C’est une façon de dire : vous m’avez traité comme un subalterne, mais vous verrez.

 

La signature : un détail qui dit tout

Il signe “Hon. Firmin Ngrebada”,  Honorable. Il n’est plus rien institutionnellement, mais il maintient le titre honorifique. C’est un signal fort : je ne renonce pas à mon identité politique. Je suis toujours dans l’arène, même hors des murs du pouvoir.

 

la philosophie comme arme des vaincus

Ce post confirme ce que les politologues appellent la “reconversion narrative” des hommes politiques déchus. Faute de tribune institutionnelle, ils investissent les réseaux sociaux. Faute de pouvoir agir, ils philosophent. Faute de gouverner, ils enseignent.

Mais derrière la sagesse affichée, le message est clair et sans ambiguïté : Firmin Ngrebada n’a pas dit son dernier mot. Il se repositionne, reconstruit une image, entretient une base, et surtout — il avertit ceux qui l’ont écarté que l’histoire n’est pas terminée.

 

Comme disent effectivement de nombreux observateurs politiques africains : le pouvoir est un habit qu’on emprunte. Quand on vous le retire, c’est la nudité qui révèle qui vous êtes vraiment. Ngrebada, lui, choisit de se rhabiller avec des fables. C’est peut-être, finalement, la forme de dignité qui lui reste.

 

Par Alain Nzilo

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