Justice centrafricaine : Une machine à broyer l’opposition au service du pouvoir

Bangui, CNC. La justice en République centrafricaine s’est transformée en un instrument redoutable de répression politique, abandonnant toute prétention d’indépendance pour devenir le bras armé juridique du régime Touadéra. Ce détournement systématique des institutions judiciaires démontre de manière claire la dérive autoritaire d’un pouvoir qui ne tolère plus aucune voix dissidente.
L’instrumentalisation de l’appareil judiciaire atteint des sommets de cynisme. Alors que les tribunaux ordinaires peinent à fonctionner faute de moyens – seuls trois tribunaux d’instance existent pour un territoire grand comme la France et la Belgique – le régime mobilise l’ensemble du système judiciaire pour persécuter ses opposants. La justice des puissants écrase celle du peuple, laissant la population ordinaire sans recours face à l’arbitraire quotidien.
La Cour constitutionnelle, dernière forteresse de l’État de droit, a été méthodiquement démantelée. L’éviction brutale de sa présidente en octobre 2022, coupable d’avoir osé s’opposer aux velléités de modification constitutionnelle du pouvoir, démontre la détermination du régime à faire taire toute voix indépendante. Cette mise au pas s’est faite avec la complicité honteuse du corps universitaire, qui a validé sans broncher cette violation pathétique de l’indépendance de la justice.
Plus révoltante encore est l’utilisation sélective de la Cour pénale spéciale (CPS). Créée à grands frais par la communauté internationale pour lutter contre l’impunité, cette juridiction est devenue un instrument de deux poids deux mesures. Alors qu’elle poursuit avec zèle les chefs de groupes armés opposés au régime, elle reste étrangement silencieuse sur les crimes commis par les affidés du pouvoir. L’incident Hassan Bouba est emblématique : ce ministre, pourtant inculpé par la CPS, a été libéré manu militari par la garde présidentielle et aussitôt décoré de l’ordre national du Mérite, une gifle retentissante à l’État de droit.
La perversion du système judiciaire atteint son paroxysme dans le traitement des opposants politiques. Les immunités parlementaires sont bafouées, à l’exemple de celle du député Dominique Yandocka, incarcéré depuis près d’un an à la prison du camp de Roux. En plus, les arrestations arbitraires se multiplient, tandis que les procès politiques se succèdent dans un simulacre de justice qui rappelle les heures les plus sombres des dictatures.
L’aide internationale massive au secteur judiciaire – notamment européenne – n’a servi qu’à maintenir une façade de légalité sur un système profondément corrompu. Les sessions criminelles, pourtant financées, ne se tiennent plus comme prévues, tandis que 80% des détenus croupissent en détention provisoire dans des conditions inhumaines.
La justice est devenue une arme politique redoutable entre les mains d’un régime qui ne tolère plus aucune contestation. Les magistrats sont réduits au rôle d’exécutants dociles, pendant que les avocats de la défense sont intimidés. Le message est clair : la justice n’est plus qu’un instrument au service du pouvoir.
Cette instrumentalisation systématique de la justice a des conséquences dramatiques. La population a perdu toute confiance dans les institutions judiciaires, préférant la justice populaire ou celle des groupes armés. L’impunité règne pour les proches du pouvoir, pendant que les prisons débordent d’opposants réels.
Plus grave encore, cette perversion de la justice sape les fondements mêmes de l’État de droit. La Cour pénale internationale, censée être un dernier recours, peine à établir des dossiers solides, pendant que les criminels de guerre proches du pouvoir paradent dans les ministères.
Le système judiciaire centrafricain est devenu l’incarnation même de la justice à deux vitesses : implacable avec les faibles, servile avec les puissants. Cette dérive transforme progressivement la RCA en un État où le droit n’est plus qu’un instrument de répression au service d’un pouvoir de plus en plus autoritaire.
Par Alain Nzilo
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![À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence À Ndélé, le sultan et le Président du tribunal se regardent en chiens de faïence Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC Une dispute d’adultère dans un village à 45 kilomètres de Ndélé a ouvert une brèche entre la justice de l’État et l’autorité coutumière musulmane, et personne ne sait encore comment elle se refermera. En effet, tout est parti d’un jeune commerçant, propriétaire d’une boutique à 45 kilomètres de Ndélé, . L’homme avait dragué et noué des relations avec deux femmes mariées du village. Les deux maris, profondément blessés par le comportement de ce jeune garçon, ont porté l’affaire devant le sultan-maire Senoussi Ibrahim Kamoune, chef coutumier de la localité. Immédiatement, de son côté, le sultan a convoqué les parties en conflit, prononcé un jugement, exigé une amende et un serment sur le Coran pour le jeune boutiqué. Ce dernier a accepté le jugement et paye l’amende, puis est reparti dans son village. Mais les deux époux trempés n’ont pas digéré la sentence du sultan. Ils ont rattrapé le garçon dans sa boutique et l’ont agressé. Blessé, ce dernier a déposé plainte au tribunal. Invité à la radio locale nommée Ndélé pas loin, le Président du tribunal, interrogé sur l’affaire, a pris la parole pour dire, sans ambages, que le sultan n’avait pas qualité pour trancher une telle affaire, que ce rôle revenait exclusivement à la justice de l’État, et que la démarche du chef coutumier ne cadrait pas avec la loi centrafricaine. Ces déclarations ont mis le feu aux poudres. Une partie de la communauté musulmane de Ndélé, ainsi que le Comité islamique de Bamingui-Bangoran, ont pris la défense du sultan, estimant que les propos du président du tribunal et du procureur constituaient une insulte envers leur chef et leur religion. Le sultanat du Dar el-Kouti, rappellent-ils, existait bien avant l’indépendance de la RCA, à une époque où ces magistrats n’étaient pas encore nés. Le président du tribunal ne s’est pas arrêté là. Il a ajouté publiquement que les mariages célébrés dans les quartiers — à la mosquée ou selon les rites coutumiers avec remise de dot aux parents — ne bénéficient d’aucune reconnaissance légale, et que seul le passage à la mairie confère une validité juridique à une union. Des mots qui ont eu des effets immédiats : une femme a été convoquée au tribunal, son mari informé que leur mariage coutumier n’avait aucune valeur, ce qui a abouti à une séparation. Pour beaucoup d’habitants de Ndélé, cette succession de déclarations touche à quelque chose de plus profond que les règles de procédure. Ce que le président du tribunal présente comme une application normale du droit, la communauté musulmane le ressent comme un effacement délibéré de ses usages, de son organisation sociale, et de l’autorité de celui qui les incarne depuis des générations. Par Barthelemy Kossi Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC CNC Groupe 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/01/Ibrahim-Kamoun-Senoussi-sultan-maire-de-Ndele--218x150.jpg)
