« Je ne voulais pas mourir pour les ambitions d’un fou » : un déserteur russe raconte comment Moscou recrute des mercenaires d’Africa corps en mentant sur l’Afrique

Rédigé le 22 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Georgy Kochkin a signé pour devenir mercenaire d’Africa corps pour servir en Afrique. Il s’est retrouvé en Ukraine. Son témoignage à la Radio Free Europe / Radio Liberty (RFE/RL) éclaire une mécanique de recrutement bâtie sur le mensonge.
En effet, au départ, Georgy Kochkin était endetté et travaillait pour un salaire de misère dans une usine à Moscou lorsqu’il a vu une offre d’emploi en octobre 2025. Le poste, au sein de l’unité paramilitaire “Africa Corps” qui sera déployé en République centrafricaine, promettait un salaire mirobolant (2 millions de roubles, soit environ 25 000 dollars, rien qu’à la signature) pour des fonctions civiles et techniques en Afrique. Aujourd’hui, réfugié à Manille où il a demandé l’asile, il raconte comment il a été trompé par l’État russe.
“Quand j’ai vu l’annonce, j’étais enthousiaste”, explique Kochkin. L’unité cherchait des spécialistes en informatique et en sécurité de l’information d’Africa corps en RCA. Lors de son premier entretien le 11 octobre 2025 à Moscou, l’ambiance était déjà sinistre. Il raconte que le recruteur a annoncé à son supérieur : “Je t’ai apporté de la viande”. Écoutez bien, de la viande. Voilà comment ces russes traitent leurs compatriotes envoyés soi-disant en Afrique. Malgré cela, on lui a assuré qu’il ne serait pas envoyé au combat mais qu’il opérerait des drones ou gèrerait la sécurité informatique en Afrique.
L’identité factice et les sites secrets Pour intégrer l’Africa Corps
Kochkin explique que tout est fait pour maintenir l’opacité. Les recrues sont formées sur des sites secrets où les téléphones sont confisqués. On leur donne parfois de fausses identités ou des documents de couverture pour masquer le fait qu’ils travaillent directement pour le GRU (le renseignement militaire russe).
“Ils nous parlaient de l’Afrique, notamment du Mali, de la RCA, du Niger et autres pays africains. Ils nous donnaient des cours sur les pays africains pour nous mettre en confiance”, dit-il. Mais l’illusion s’est dissipée lorsque les rumeurs ont commencé à circuler : les déploiements en Afrique n’étaient qu’une couverture pour envoyer les recrues vers les “zones de “l’opération spéciale” (l’Ukraine).
La trahison et la fuite
Le tournant survient fin 2025. Alors qu’on lui avait promis un poste civil, Kochkin apprend que son unité est en réalité destinée au front ukrainien en tant que sapeurs (démineurs/génies). “Si on nous disait ‘Afrique’, cela devait être l’Afrique. Quand j’ai compris que c’était l’Ukraine, j’ai décidé de partir.”
Profitant d’une permission ou d’une faille dans la surveillance, il a réussi à quitter la Russie pour rejoindre les Philippines, un pays où il espérait être hors de portée des services de sécurité russes.
Les coulisses de l’unité “post-Wagner”
Selon son témoignage, l’Africa Corps fonctionne comme une extension directe du ministère de la Défense, mais avec les méthodes brutales des mercenaires. Il décrit :
Recrutements forcés : Des spécialistes civils transformés en “chair à canon” dès leur arrivée.
* Tromperie financière : Les primes promises sont parfois ponctionnées par des supérieurs ou conditionnées à des déploiements extrêmement dangereux.
Pressions : Depuis sa fuite, Kochkin reçoit des messages de son commandant adjoint lui demandant de revenir, mêlant promesses de transfert dans une autre unité et menaces voilées.
Rappelons qu’Africa Corps, vitrine militaire du Kremlin sur le continent, est déjà déployé au Mali et au Niger. La République Centrafricaine, où Wagner occupe le terrain depuis plusieurs années, est dans le champ direct de ce basculement. Le passage d’un groupe à l’autre ne se fait pas en douceur : les hommes de Wagner sur place réclament des garanties, et certains refusent d’être absorbés par une structure placée sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense.
Depuis les Philippines où il a trouvé refuge, Kochkin dit qu’il préfère être traité de traître par Moscou plutôt que de finir anonymement dans une guerre qui n’était pas la sienne. Moscou, de son côté, le considère effectivement comme tel — parce qu’il a parlé, et que ce qu’il a dit ne se referme pas facilement.
Pendant ce temps, à Bangui, les mercenaires russes de la milice Wagner encore en poste réclament le versement de 900 milliards de francs CFA avant leur départ de la RCA, ce qui transforme la transition en bras de fer financier dont personne ne voit encore l’issue.
Par Gisèle MOLOMA
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