Interview exclusive de Tébéngaï Stéphane, habitant de Yaloké, sur l’exploitation minière illégale à Gaga
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Dans une interview exclusive à la rédaction du CNC, Tébéngaï Stéphane, surnommé Kirikou et habitant à Yaloké, dénonce une situation qu’il juge profondément injuste. Au cœur du conflit : un terrain minier dans le village de Gaga, près de Zawa, où des femmes exploitantes artisanales se retrouvent privées de leurs droits par l’intervention de soldats FACA au profit d’exploitants chinois.
Selon son témoignage, un accord initial avait pourtant été conclu devant témoins, répartissant les zones d’exploitation entre les Chinois et sa famille. Mais la découverte récente de graviers miniers aurait changé la donne, entraînant l’intervention militaire et la confiscation des outils de travail des exploitants.
À travers ce récit, Stéphane soulève des questions importantes sur la souveraineté, l’équité dans l’exploitation des ressources naturelles et le rôle des forces de sécurité centrafricaines dans ce type de conflits.
À lire : l’intégralité de l’interview ici.
Corbeau News Centrafrique (CNC) : Bonjour monsieur Stéphane, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Tébéngaï Stéphane : Bonjour, je m’appelle Tébéngaï Stéphane, mais beaucoup me connaissent sous le surnom de Kirikou. Je vis à Yaloké, à environ 225 km de Bangui, sur la route de Bossemptélé.
CNC : Vous avez publié le 3 septembre 2025 une déclaration sur WhatsApp à propos d’un terrain situé à Gaga. Pouvez-vous expliquer ?
Stéphane : Oui. Ce terrain est un héritage de ma famille, il y avait même des habitations dessus. En 2022, des Chinois sont arrivés pour l’exploiter. Un accord a été conclu en public, en présence du chef du village de Gaga, du président de la jeunesse, du chef de quartier, d’un géologue du ministère des Mines, de militaires FACA et bien sûr des représentants chinois. Tout était clair : les Chinois prenaient la première couche du site, que nous appelons le premier plateau, mais les deuxième et troisième restaient réservés à ma famille et aux femmes du village.
CNC : Comment cet accord s’est-il déroulé concrètement ?
Stéphane : Le géologue avait expliqué que le site comportait trois plateaux superposés. Les femmes ont dit : “Nous sommes prêtes à céder le premier plateau puisque nous n’avons ni armes ni moyens, mais laissez-nous les deux autres pour survivre.” Les Chinois ont accepté, le chef du village a validé, le président de la jeunesse a confirmé, et les FACA étaient là pour témoigner. Tout le monde a vu et entendu que le premier plateau était vendu, pas le reste.
CNC : Que s’est-il passé après cet accord ?
Stéphane : Pendant trois ans, de 2022 à 2025, les Chinois ont exploité le premier plateau. Puis, après avoir fini, ils sont partis. Ma famille et d’autres femmes du village ont alors repris le terrain pour exploiter artisanalement le deuxième plateau, comme cela avait été convenu devant les témoins.
CNC : Pouvez-vous raconter en détail ce qui s’est passé le 2 septembre dernier ?
Stéphane : Le 2 septembre, vers 16 heures, les femmes ont découvert du gravier sur le deuxième plateau. Elles ont commencé à casser les pierres. Mais dans la nuit, vers 22 heures, un Soldat FACA est arrivé. Il a exigé 50 000 francs CFA, en disant que si nous ne payions pas, il rappellerait les Chinois pour reprendre l’exploitation.
CNC : Quelle a été la réaction des femmes ?
Stéphane : Elles ont répondu qu’elles n’avaient pas cette somme. Elles n’avaient que 25 000 francs CFA et ont dit : “Cet argent, c’est tout ce que nous avons. Ce terrain n’est pas volé, il est à nous. L’accord concernait le premier plateau, pas celui-ci”. Le soldat a refusé. Il a appelé son chef, et un véhicule est venu. Ils ont embarqué les femmes, y compris ma mère, ainsi que mes frères. Même des vieilles dames ont été arrêtées.
CNC : Ont-ils été libérés ensuite ?
Stéphane : Oui, grâce à des interventions, ma mère et mes frères ont été relâchés, mais nos outils sont restés confisqués à la base des soldats. C’est un abus total.
CNC : Que s’est-il passé le lendemain, le 3 septembre ?
Stéphane : Le site avait été totalement bouclé par les FACA. Les familles n’avaient plus le droit d’y entrer. Par contre, les militaires ont laissé passer de gros camions pour ramasser les graviers, au profit des Chinois. Moi, je suis allé voir les autorités locales et les Chinois pour rappeler l’accord. Mais le représentant chinois m’a insulté devant tout le monde. Il a dit que le permis lui appartenait et qu’il n’avait rien à expliquer. Les militaires étaient là, armés, mais au lieu de protéger les Centrafricains, ils protégeaient les étrangers.
CNC : Vous confirmez que l’accord de 2022 séparait bien les droits d’exploitation selon les plateaux ?
Stéphane : Exactement. C’est ce que le géologue avait expliqué, validé par le chef du village, le président de la jeunesse et les autorités. Les Chinois ont fini leur travail sur le premier plateau, c’est terminé. Les autres couches appartiennent aux familles. Mais aujourd’hui, on veut nous les arracher de force, avec l’appui des armes de nos propres soldats.
CNC : Que craignez-vous si vous protestez contre cette situation ?
Stéphane : On dira que nous sommes des rebelles. On dira que nous troublons l’ordre public. Pourtant, nous voulons juste travailler sur nos terres. C’est nous qui avons voté pour ce gouvernement. C’est nous qui avons payé, avec nos impôts, les armes et les équipements militaires. Mais ces armes sont utilisées aujourd’hui contre nous, pour protéger des étrangers.
CNC : Quel message adressez-vous aux autorités et à la population ?
Stéphane : Je pose une question simple : est-ce qu’un Centrafricain peut aller en Chine prendre un terrain de force, dire “c’est mon permis, c’est mon terrain”, et exploiter sans rendre de comptes ? Est-ce même possible dans un pays voisin ? Non. Mais chez nous, tout est permis aux étrangers. Nous avons élu un président, nous lui avons confié la gestion du pays. Nous avons accepté des sacrifices pour financer l’armée et ses équipements. Mais aujourd’hui, cette armée préfère protéger des intérêts étrangers que ses propres citoyens. Et nous, quand nous parlons, on nous traite de voyous ou de rebelles. C’est incompréhensible et inacceptable.
CNC : Merci monsieur Stéphane pour ce témoignage.
Stéphane : C’est moi qui vous remercie de m’avoir donné la parole.
Propos recueillis par Anselme Mbata
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![MLPC : Martin Ziguélé sort du silence et fustige les « mercenaires politiques » à la solde du pouvoir MLPC : Martin Ziguélé sort du silence et fustige les « mercenaires politiques » à la solde du pouvoir Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de , En marge de la réunion hebdomadaire du bureau politique du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), le président du parti et ancien Premier ministre, Martin Ziguélé, a vigoureusement répondu aux dissidents de sa formation politique. Face aux actions de Jackson Mazette, Chantal Jean-Édouard Koyambonou et Étienne Malekoudou, qu'il qualifie de « mercenaires politiques », le leader du MLPC a tenu à clarifier la situation juridique et politique de son parti. Une « escroquerie intellectuelle » : le rappel des textes du parti Interrogé sur la légitimité de la direction actuelle face aux contestations des dissidents, Martin Ziguélé a d'abord tenu à effectuer un rappel rigoureux du cadre juridique régissant le MLPC. Qualifiant la situation créée par les dissidents de « complètement ridicule », il a rappelé que le parti est régi par des statuts et un règlement intérieur déposés auprès du ministère de l’Administration du territoire ainsi que du notaire du parti, des textes dont la légalité n'a jamais été contestée. S'appuyant sur l'article 24 des statuts et du règlement intérieur, Martin Ziguélé a expliqué le fonctionnement des instances : « Le Congrès est l'organise suprême du parti. Il élit le président du parti, le bureau politique, le Conseil politique national, tous les organes du parti. Il reste en fonction pendant 3 ans, c'est la durée statutaire. Mais, parce qu'il y a un mais, ce bureau est automatiquement dissous lorsque se met en place le bureau du nouveau congrès ordinaire du parti. » Dans la continuité de sa démonstration, l'ancien Premier ministre a réfuté l'argument des dissidents selon lequel le mandat du bureau actuel serait arrivé à expiration. Il a retracé l'histoire du parti, créé en 1979, rappelant que les congrès ordinaires ont souvent connu des intervalles particulièrement longs, neuf ans entre le premier et le deuxième congrès, puis treize ans entre le troisième et le quatrième, organisé en 2020, sans que cela n'ait jamais remis en cause la légitimité de la direction en place. « Le fait que depuis 2020 on n'ait pas tenu un congrès jusqu'en 2020, ou jusqu'en 2023 ou en 2024, ce n'est pas là la raison. C'est de l'escroquerie intellectuelle. Le véritable problème est ailleurs. » explique-t-il. Les révélations sur une déstabilisation orchestrée par le pouvoir Au-delà de l'aspect juridique, Martin Ziguélé estime que la crise actuelle trouve son origine dans un contexte politique bien précis. Selon lui, la fracture au sein du MLPC est née au lendemain des élections de 2021. Après le refus du MLPC de participer au Dialogue républicain, une décision prise collégialement par le bureau politique et non par lui seul, le pouvoir en place aurait, selon lui, activé plusieurs leviers afin de déstabiliser le parti. Martin Ziguélé accuse directement le président de la République, Faustin-Archange Touadéra, d'avoir financé les dissidents : « Dès le lendemain du dialogue républicain, le pouvoir a décidé de déstabiliser la direction du MLPC. Et le pouvoir, et notamment le président de la République, a donné des moyens financiers. Puisque c'est eux-mêmes qui en parlent, c'est eux-mêmes qui le ddisent, c'est eux-mêmes qui se disputent publiquement sur la répartition de cet argent-là, avec pour objectif de déstabiliser la direction du parti. » À ses yeux, l'éclatement des dissidents en plusieurs factions, « MLPC », « MLPC CO », tandis que Stanislas Zoumbeti évoluerait en solitaire, constitue une illustration supplémentaire de cette stratégie de division. Il y voit la preuve qu'ils ne disposent d'« aucune base légale sérieuse ». Il rappelle, à cet égard, que l'article 12 des statuts prévoit que seul le président du parti ou les deux tiers des membres du Conseil politique national peuvent convoquer un congrès. Dès lors, le seul congrès qu'il considère comme pleinement légitime demeure le cinquième congrès ordinaire, tenu les 9 et 10 septembre derniers. Des « porteurs d'eau » et des « mercenaires » Poursuivant son argumentaire, le président du MLPC estime que l'attitude de ses opposants internes est incompatible avec la vocation même d'un parti d'opposition, dont la mission consiste à proposer une alternative politique crédible afin de conquérir démocratiquement le pouvoir. « Vous ne pouvez pas dire que vous voulez révolutionner, réveiller votre parti politique en allant soutenir celui qui est au pouvoir. Ça veut dire que c'est des porteurs d'eau, c'est des gens qui sont utilisés, employés. C'est des mercenaires comme les Wagner sur le plan politique là, ils sont des mercenaires également sur le plan politique. » Par ailleurs, Martin Ziguélé affirme que la plainte déposée il y a plus de deux ans contre ces dissidents demeure bloquée. Selon lui, ce procès serait entravé par le pouvoir ainsi que par le ministre d'État à la Justice, comme l'aurait indiqué l'avocat du parti, Maître Nicolas Tiangaye. Malgré cette situation, le président du MLPC assure que « Le parti est debout ». Il estime que le peuple centrafricain demeure lucide et ne se laissera pas abuser par ce qu'il considère comme des manœuvres de déstabilisation financière et politique. L’ancien Premier ministre balaie d'un revers de main les prétendus projets de « réconciliation » avancés par les dissidents du MLPC CO ou d'autres mouvances. Il martèle que la direction d'un parti historique ne se conquiert ni par des accords de couloir ni par des alliances opportunistes avec le pouvoir en place. En réaffirmant sa confiance dans la clairvoyance du peuple centrafricain, Martin Ziguélé présente le MLPC qu'il dirige comme un parti uni, résolu à résister aux tentatives de déstabilisation et aux entreprises de corruption politique. Par Gisèle MOLOMA Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC Abonnez-vous à notre chaine YouTube : Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65 Email : Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/martin-ziguele-1-218x150.jpg)