« Il est l’otage du pouvoir centrafricain » : le SOS des proches de Rémy Quignolot, Français prisonnier à Bangui

Publié le 9 janvier 2022 , 7:00
Mis à jour le: 9 janvier 2022 5:12

 

Arrêté en Centrafrique mai en possession d’armes, Rémy Quignolot, ancien sergent de l’armée française établi en Afrique, risque les travaux forcés. Selon son avocat et sa sœur, il s’est retrouvé malgré lui au coeur du conflit entre Bangui et Paris. Sa dernière demande de remise en liberté a été rejetée le 24 novembre. Pour justifier son refus, le doyen des juges d’instruction de la capitale centrafricaine annonce « des éléments jusqu’alors inconnus du dossier et mis à disposition par l’organe de poursuite qui rabattent [sic] les cartes ». Le détenu s’appelle Rémy Quignolot.

Le français Juan Rémy Quignolot, interpellé par la police le 11 mai 2021 pour détention illégale d'armes de guerre. Photo CNC
Le français Juan Rémy Quignolot, interpellé par la police le 11 mai 2021 pour détention illégale d’armes de guerre. Photo CNC

 

Cela fait sept mois que cet ancien sergent de l’armée française établi en Afrique depuis une dizaine d’années est écroué à Bangui. Aujourd’hui âgé de 55 ans, il encourt les travaux forcés à perpétuité. Les accusations sont lourdes : atteinte à la sûreté de l’État, complot, terrorisme, espionnage, association de malfaiteurs, détention d’armes et munitions de guerre et proxénétisme…

« C’est lunaire, commente, dépité, son avocat français, Maxime Delacarte, qui a pu lui rendre visite cet été. Mis à part la détention d’armes, le dossier judiciaire est vide. Il n’a fait l’objet d’aucune surveillance policière ni d’écoutes téléphoniques, il n’y a pas de témoignage… Mon client est l’otage du pouvoir centrafricain, qui instrumentalise sa situation dans son bras de fer avec Paris. » Se retranchant derrière le « devoir de réserve », l’ambassade de France à Bangui ne souhaite pas s’exprimer, sinon pour assurer que le prisonnier « bénéficie de la protection consulaire ».

 

Une arrestation mise en scène

« On ne comprend rien aux charges qui pèsent contre lui, on n’a aucun contact, c’est très angoissant! », se désole la sœur du prisonnier. Tout ce que cette femme résidant en France sait du sort réservé à son frère, c’est qu’il est détenu à l’isolement, avec une assiette de riz par jour, et que sa maison a été récemment pillée. Elle évoque un « homme d’action avec l’esprit d’aventure, mais réservé et discret, qui aujourd’hui n’a plus rien ». Père de quatre enfants, Rémy Quignolot a vécu en Nouvelle-Zélande après son départ de l’armée, en 1992 selon ses déclarations. Il a ensuite posé ses valises en Afrique : au Togo, au Burkina Faso, au Mali et, fin 2013, en République centrafricaine , un pays extrêmement pauvre alors en pleine guerre civile. L’ancien soldat multiplie les contrats, dans la sécurité privée, la lutte contre le braconnage, l’accompagnement d’équipes de télévision ou comme « officier de protection rapprochée » pour les Casques bleus de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca)… Jusqu’au 10 mai dernier, date de son interpellation.

Une arrestation savamment mise en scène. Des munitions par centaines, quelques tenues militaires de camouflage, des jumelles, deux gilets pare-balles, des lampes torches, quatre chapeaux de brousse, des téléphones et, surtout, quatre armes (un pistolet ­automatique, un fusil de chasse, une carabine et un fusil M16) sont exposés aux photographes pour illustrer ce que l’accusation présente comme un « arsenal impressionnant » destiné à préparer un coup d’État. Ses « outils de travail », se défend ­Quignolot, qui reconnaît néanmoins détenir illégalement le fusil M16.

 

Un contre-feu de Bangui?

« Si on se met à arrêter tous les gens armés à Bangui, on n’a pas fini! » « Freddy » Lemonnier ne compte plus en années pour calculer la durée de sa présence à Bangui, mais en nombre de coups d’État. Il en est à six. En tant que représentant des Français de ­Centrafrique, celui qui a tenu pendant vingt-sept ans le Relais des Chasses, une table réputée de la capitale, a rendu plusieurs fois visite au ­Français en prison, « pour lui donner à manger ». Actuellement dans l’Hexagone, Lemonnier se prépare à retourner en Centrafrique, son deuxième pays, même si « on n’aime plus les Français là-bas », ainsi qu’il se désole en évoquant les manifestations orchestrées par le pouvoir contre la France et son drapeau régulièrement brûlé dans les rues de Bangui.

C’est en effet à la Russie et aux paramilitaires du très controversé groupe Wagner que le pouvoir a confié la défense du pays contre les groupes rebelles armés. L’arrestation de Quignolot est d’ailleurs survenue au moment où paraissaient dans la presse internationale les premières accusations de pillages, viols ou exécutions sommaires contre Wagner, et alors que la tension montait entre Bangui et Paris, ancienne puissance coloniale, sur fond de gel de la coopération et, en retour, de campagne médiatique antifrançaise.

Bangui a-t-il voulu allumer un contre-feu en arrêtant un « mercenaire » français? Le 19 décembre, un conseiller du président de la République centrafricaine, Steve Tangoa, publiait sur son compte Twitter la photo de Rémy ­Quignolot menotté, assortie de la légende « Le wagner français vous salut depuis centre-afrique [sic] ».

 

JDD

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