Enquête exclusive : à Gambo, dans le Mbomou, l’hôpital est devenu un mouroir pour la population faute de personnel qualifié et d’équipements médicaux

0
1

Regarder la video

 

 

À  Gambo, dans la préfecture du Mbomou. L’hôpital de cette ville du sud-est de la République centrafricaine manque de lits, de matelas, d’électricité et de personnel médical qualifié. Sans bloc opératoire, il ne peut pas assurer certaines urgences chirurgicales. Des malades et des femmes enceintes sont évacués à moto vers Bangassou, à 75 kilomètres. Selon des témoignages recueillis sur place, des patients meurent en cours de route, parfois avant d’avoir pu recevoir les soins nécessaires.

 

À l’hôpital de Gambo, les conditions de prise en charge des malades sont très inquiétante. Le constat dressé par l’équipe de Corbeau News Centrafrique (CNC), qui s’est rendue dans l’établissement la semaine dernière, montre des locaux vétustes, un manque criant de matériel et des capacités médicales extrêmement limitées. Pour les habitants, tomber gravement malade ou connaître des complications pendant un accouchement peut rapidement devenir une urgence sans solution sur place.

Batiment de la maternité de l'hôpital de Gambo. Photo CNC
Batiment de la maternité de l’hôpital de Gambo. Photo CNC

 

Un bâtiment ancien pour accueillir les malades

 

Les services de l’hôpital fonctionnent dans un bâtiment datant de 1978. Près d’un demi-siècle après sa construction, cette infrastructure continue d’abriter plusieurs services médicaux, sans disposer des équipements nécessaires pour répondre aux besoins de la population.

À lire aussi : Centrafrique : l’Union européenne veut électrifier Bayanga, le projet solaire retardé par un manque de poteaux

Ancien batiment de 1978, comportment la Salle de consultation, service de médecine, pédiatrie , chirurgie de l'hôpital de Gambo. Photo CNC
Ancien batiment de 1978, comportment la Salle de consultation, service de médecine, pédiatrie , chirurgie de l’hôpital de Gambo. Photo CNC

 

La consultation, la médecine générale, la pédiatrie et la chirurgie sont regroupées dans ce même bâtiment. Cette organisation impose des conditions de travail difficiles au personnel et limite les possibilités d’accueil des patients. Le manque de lits et de matelas est particulièrement terrible. Les équipements indispensables au fonctionnement quotidien d’un établissement hospitalier font également défaut.

À lire aussi : Centrafrique : la ville morte suivie à 80 % à Bangui malgré les tentatives du gouvernement

 

L’état des installations électriques aggrave les difficultés. Le service de nutrition et d’autres espaces de soins manquent d’éclairage. Dans ces conditions, la surveillance des malades et l’administration des soins deviennent plus compliquées, notamment pendant la nuit.

 

Pour une structure appelée à recevoir des enfants, des femmes enceintes, des patients souffrant de maladies courantes et des personnes nécessitant des soins urgents, ces insuffisances réduisent considérablement les possibilités de prise en charge.

 

Deux personnels qualifiés pour tout l’hôpital

 

Le déficit de personnel constitue l’un des problèmes les plus graves de l’établissement. Selon les informations recueillies auprès des personnes présentes sur place, l’hôpital ne compte que deux agents qualifiés. Le reste du personnel est composé de secouristes qui ne disposent pas nécessairement des compétences requises pour traiter les complications médicales les plus graves.

 

Avec un effectif aussi réduit, l’établissement peine à répondre aux besoins des patients. Les urgences nécessitant une intervention spécialisée dépassent rapidement ses capacités, d’autant plus que les équipements adaptés ne sont pas disponibles.

 

L’absence de bloc opératoire est particulièrement préoccupante. Lorsqu’un patient nécessite une intervention chirurgicale, l’hôpital ne peut pas la réaliser sur place. Les femmes enceintes qui présentent des complications et ont besoin d’une césarienne doivent également être transférées vers une structure capable de pratiquer cette intervention.

 

Pour les habitants de Gambo, cette absence de moyens signifie qu’une urgence qui devrait être prise en charge rapidement dans un établissement équipé peut se transformer en un long déplacement, avec des conséquences parfois irréversibles.

 

Des femmes enceintes transportées à moto vers Bangassou

 

Bangassou, où les patients peuvent être orientés pour recevoir des soins indisponibles à Gambo, se trouve à environ 75 kilomètres. Faute de moyens d’évacuation sanitaire adaptés, des malades sont transportés à moto sur cet itinéraire.

 

Le trajet dure au moins trois heures, selon les informations recueillies sur place. Les routes et les pistes dégradées compliquent les déplacements et rendent le voyage particulièrement éprouvant pour les personnes malades.

 

Les femmes enceintes en difficulté d’accouchement sont parmi les plus exposées. Lorsqu’une césarienne devient nécessaire, le temps compte. Or, entre l’absence de bloc opératoire à Gambo, le manque de transport médicalisé et l’état des routes, les conditions ne permettent pas toujours d’atteindre rapidement un établissement capable d’intervenir.

 

Des témoignages recueillis auprès de personnes sur place font état de décès pendant ces évacuations. Des bébés meurent avant même que leurs mères puissent atteindre l’hôpital de Bangassou. D’autres patients, déjà affaiblis par leur maladie, ne survivent pas au trajet.

 

Ces récits donnent une idée du prix humain payé par les habitants confrontés à une urgence médicale. Pour certaines familles, trouver une moto et parcourir 75 kilomètres sur des routes dégradées constitue la seule possibilité d’accéder à des soins indisponibles dans leur propre ville.

 

Des enfants et des malades exposés faute de soins adaptés

 

Les enfants figurent également parmi les patients concernés par ces difficultés. La pédiatrie fonctionne dans le même bâtiment que les autres services, avec des moyens matériels insuffisants. Les familles dont les enfants nécessitent des soins spécialisés doivent, elles aussi, chercher une solution en dehors de Gambo.

 

Le manque de lits, de matelas et d’équipements complique l’accueil des malades. À cela s’ajoutent les difficultés d’éclairage et le nombre limité de personnels qualifiés. L’établissement ne dispose donc pas des moyens nécessaires pour répondre à toutes les urgences auxquelles il est confronté.

Faute de personnel qualifié et d’un bloc opératoire, les urgences de l’hôpital Gambo obligent les femmes enceintes et les malades à subir une périlleuse évacuation sanitaire de soixante-quinze kilomètres à moto vers Bangassou, à travers la préfecture du Mbomou.

 

Dans une ville où l’accès à un établissement mieux équipé suppose un déplacement de plusieurs dizaines de kilomètres, ces insuffisances peuvent avoir de lourdes conséquences. Les malades qui ont besoin d’une intervention rapide sont particulièrement vulnérables lorsque leur transfert prend plusieurs heures.

 

Un hôpital qui a besoin de moyens pour sauver des vies

 

Les constats effectués par l’équipe du CNC et les témoignages recueillis à Gambo appellent une intervention urgente des autorités sanitaires. La réhabilitation du bâtiment, l’approvisionnement en lits et en matelas, l’amélioration de l’électricité et de l’éclairage ainsi que le renforcement du personnel qualifié figurent parmi les besoins les plus immédiats.

 

L’établissement a également besoin d’équipements permettant d’assurer les soins essentiels et d’un dispositif d’évacuation sanitaire adapté. La prise en charge des urgences obstétricales nécessite des moyens capables de réduire les délais de transfert des femmes enceintes et de limiter les risques pour les mères et les nouveau-nés.

 

L’enjeu dépasse la seule question des infrastructures. Il concerne la possibilité, pour les habitants de Gambo, de recevoir des soins dans leur propre ville sans devoir parcourir 75 kilomètres à moto pour espérer être sauvés.

 

Tant que l’hôpital restera dépourvu de moyens suffisants et que les évacuations continueront de s’effectuer dans ces conditions, les malades, les enfants et les femmes enceintes resteront exposés à des risques graves. Pour les familles qui perdent un proche avant son arrivée à Bangassou, l’accès aux soins ne relève plus seulement d’une difficulté quotidienne : il devient une question de survie.

 

Rejoignez notre communauté

 

Chaine officielle du CNC 

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4 

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube 

Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65

Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org

Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org