Hôpital communautaire de Bangui : enquête au cœur d’un système où les malades affrontent la pénurie, le commerce illicite des médicaments et la faimAu bloc opératoire de l’hôpital communautaireRédigé le [date_cnc] .Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNCLe Centre hospitalier universitaire communautaire de Bangui connait depuis plusieurs années une crise profonde. L’enquête menée par la rédaction de CNC à l’intérieur de l’établissement montre un hôpital où les pénuries de médicaments, le manque d’équipements, la dégradation des conditions de prise en charge et le détournement des denrées alimentaires destinées aux patients rythment désormais le quotidien. Cette situation s’ajoute aux difficultés déjà observées dans de nombreux hôpitaux de province, largement soutenus par les organisations humanitaires pour continuer à fonctionner. Dans les différents services visités par la rédaction, le constat est sans appel. Le plateau technique ne répond plus aux besoins des patients. Les médicaments essentiels sont souvent introuvables. Les lits d’hospitalisation sont insuffisants face à l’afflux des malades, tandis que les effectifs de personnel qualifié diminuent au fil des années. Face à ces défaillances, une économie parallèle s’est installée au sein même de l’hôpital. Plusieurs infirmiers, infirmières, sages-femmes et aides-soignants se procurent des médicaments auprès de vendeurs installés sur les marchés et les trottoirs de Bangui avant de les revendre directement aux patients. Les familles n’ont souvent d’autre choix que d’acheter ces produits, sans garantie sur leur origine, leur qualité ou leur date de péremption. Les difficultés ne s’arrêtent pas aux soins. Elles se poursuivent au moment des repas. L’enquête de la rédaction de CNC décrit un système bien organisé autour de la gestion des denrées alimentaires destinées aux personnes hospitalisées. Depuis de nombreuses années, des pratiques de détournement touchent les viandes et les poissons livrés à la cuisine de l’établissement. Les meilleures pièces sont systématiquement retirées avant la préparation des repas. Elles sont revendues discrètement à des commerçantes installées aux alentours de l’hôpital. Les cuisines ne conservent que les carcasses, les os et des morceaux de très mauvaise qualité, cuits dans une eau grasse, sans légumes, sans épices et souvent sans sel. Les repas distribués aux malades ne répondent à aucun besoin nutritionnel. Pour des patients déjà affaiblis par la maladie, cette alimentation aggrave leur état de santé. Au cours de cette enquête, la rédaction de CNC a recueilli le témoignage d’un patient hospitalisé.À lire aussi : Centrafrique : Le régime Touadéra déclare la guerre à l’Intelligence Artificielle « Rien qu’en regardant l’assiette, ça me donne la nausée. » Quelques mètres plus loin, une autre scène résume la réalité vécue par de nombreux malades. Un jeune homme est allongé sur son lit, sous perfusion. Sa mère reste assise à ses côtés, tenant entre les mains le repas distribué par la cuisine de l’hôpital. Dans le bol en plastique, la rédaction de CNC observe un os presque entièrement dépourvu de viande, baignant dans un bouillon clair recouvert d’une fine couche de graisse. Aucun légume n’accompagne le repas. Aucun riz, aucune boule de manioc, aucun autre aliment susceptible d’apporter l’énergie nécessaire à un patient hospitalisé.Le repas du jour servi à un malade hospitalisé à l’hôpital communautaire de Bangui Le jeune homme détourne le regard avant de confier, d’une voix faible : « Je refuse de toucher à ça. Rien qu’en regardant le contenu, j’ai envie de me suicider dans ce pays. » La présence de sa mère lui permet encore d’espérer recevoir de la nourriture achetée à l’extérieur. Beaucoup d’autres patients n’ont pas cette possibilité. Venus des provinces ou abandonnés par leurs proches, ils dépendent exclusivement des repas servis par l’hôpital. Pour ces malades, les conséquences sont lourdes. Ils suivent leurs traitements le ventre vide ou avec une alimentation insuffisante. La dénutrition s’ajoute à la maladie et réduit considérablement leurs chances de guérison. Cette enquête montre que ces pratiques ne sont pas nouvelles. Elles s’observent depuis plus d’une décennie dans plusieurs établissements hospitaliers publics de Bangui, notamment au Centre hospitalier universitaire communautaire, à l’Hôpital de l’Amitié et au Centre pédiatrique universitaire Danielle-Mitterrand. À la différence des administrations financières, régulièrement soumises à des audits et à des missions d’évaluation internationales, les hôpitaux publics centrafricains fonctionnent sans contrôle indépendant sur la gestion des médicaments, des équipements ou de l’alimentation des patients.À lire aussi : Bangui: enlevé par les mercenaires russes à son domicile du KM5, Aba Oumar ne fait plus signe de vie à sa famille L’absence de mécanismes de contrôle favorise l’enracinement de ces pratiques. Pendant que les ressources destinées aux malades disparaissent progressivement, des patients continuent de lutter contre la maladie dans des conditions qui compromettent chaque jour davantage leurs chances de survie. copié vers le presse-papiers Par Gisèle MOLOMA