Entre Wagner, la MINUSCA et les Rwandais : que reste-t-il de l’armée nationale centrafricaine ?

Rédigé le 26 février 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Wagner à l’est, l’ouest, nord et sud, la MINUSCA au centre, les Rwandais au nord. Le territoire centrafricain ressemble à un échiquier où chacun joue sa partie. Au milieu de ce jeu complexe, l’armée nationale tente de survivre avant sa mort totale. Mais survivre ne signifie pas exister, mais plutôt devenir tout simplement un objet de manipulation.
Serge Simon Bozanga , Président du Comité de Redressement pour le Salut Public (CRSP), a accepté de parler. Sans langue de bois, sans chercher à ménager qui que ce soit. Ses mots tranchent avec le discours de propagande officiel du gouvernement et des Wagner qu’on a l’habitude d’entendre souvent. Pour lui, “l’armée est en lambeau”, lâche-t-il d’emblée. Pas en difficulté, pas en reconstruction. En lambeau, ou peut-être en faillite tout simplement pour ne pas aller loin.
Dix années se sont écoulées depuis le passage de la Séléka. Dix ans que la communauté internationale promet de remettre sur pied les forces armées centrafricaines. La MINUSCA déploie ses 20 000 Casques bleus, le Rwanda envoie ses milliers d’instructeurs, Wagner fait venir ses 3000 mercenaires russes, syriens et libyens. Chacun prétend former, encadrer, professionnaliser les FAKA. Pourtant, le résultat est un fiasco total, et ne correspond même pas aux propagandes du régime.
“On a sous-traité l’armée centrafricaine, notre armée nationale, les FAKA aux mercenaires, aux casques bleus, etc ”, explique Serge Simon Bozanga avec une colère visible. La souveraineté militaire s’est totalement disparue quelque part entre les accords de coopération militaires que le dictateur signe partout dans le monde et les contrats de sécurité privés. Les FAKA ne décident plus vraiment de leurs opérations, de leurs stratégies, de leur avenir. D’autres tirent les ficelles comme des sorciers, pour ne pas dire des vampires.
Pourtant, cette dépendance se paie au prix fort. “L’armée raquette. L’armée elle-même tue. L’armée elle-même est soumise”, énumère Serge Simon Bozanga dans ses propos. Les exactions se multiplient contre les civils. Des soldats censés protéger la population la rançonnent aux barrages routiers. D’autres commettent des violences que rien ne justifie. La discipline s’effondre quand l’institution perd son âme et sa cohésion.
Devant ces accusations graves, le gouvernement, manipulé par Wagner, dans sa folie, parle de montée en puissance. Les communiqués officiels célèbrent chaque nouvelle promotion de recrues comme une victoire. “Et ça, on nous dit que l’armée monte en puissance”, raille Serge Simon Bozanga . Les chiffres peuvent impressionner sur le papier. La réalité du terrain raconte une autre histoire vraiment pathétique.
Ces jeunes soldats fraîchement incorporés méritent pourtant le respect. “Qui la sacrifie ? Pas qui sont prêts, ils la sacrifient et l’État n’est même pas prêt”, insiste-t-il. Ces hommes ne se contentent pas de promettre leur vie pour la nation. Ils la donnent effectivement dans des embuscades, des affrontements, des raids qui tournent mal. Pendant ce temps, l’État ne remplit pas sa part du contrat.
La question des prisonniers de guerre confirme cet abandon. “Quand même il y a des prisonniers de guerre, des prisonniers qui sont pris dans des provinces comme Zemio par les groupes armés, l’État ne vient même pas au secours de ces personnes-là. Elles sont complètement laissées à l’abandon”, déplore Serge Simon Bozanga . Des soldats capturés croupissent dans des camps rebelles sans que Bangui ne bouge le petit doigt. Aucune négociation, aucun échange, aucun plan de sauvetage. Le silence administratif devient la seule réponse aux familles qui réclament des nouvelles.
Le recrutement continue malgré tout. Il faut des effectifs, toujours plus d’effectifs. “Des jeunes sont formés et au bout de trois mois ils sont envoyés sur le terrain. Ce sont des chairs à canon”, dénonce-t-il sans détour. Trois mois pour transformer un civil en combattant. Trois mois pour apprendre le maniement des armes, les tactiques de base, la vie en caserne. Puis direction les zones rouges de la carte.
“Après trois mois de formation, ils vont sur le terrain et ils sont laminés par des gens qui sont aguerris par les armes”, poursuit Serge Simon Bozanga . Face à eux, des miliciens qui font la guerre depuis des années. Des hommes qui connaissent la brousse comme leur poche, qui savent tendre une embuscade, qui manient les armes depuis l’adolescence. Le rapport de force devient vite déséquilibré. Les jeunes recrues tombent les unes après les autres.
Cette stratégie du nombre rappelle les pires heures des conflits africains. On compense la mauvaise préparation par la quantité de chair fraîche envoyée au front. Les pertes humaines deviennent une statistique acceptable dans les états-majors. Pendant ce temps, des mères pleurent leurs fils de vingt ans partis depuis à peine quatre mois.
Serge Simon Bozanga conclut par une question aussi simple que dérangeante : “De quelle armée parle-t-on ?” Question qui reste suspendue dans l’air, sans réponse satisfaisante. Une armée morcelée entre différentes influences étrangères, une armée qui maltraite sa propre population, une armée qui sacrifie ses recrues sans leur donner les moyens de combattre, une armée qui abandonne ses prisonniers mérite-t-elle encore ce nom ?
Par Anselme Mbata….
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