Coup d’État électoral en Centrafrique : Norbert Pounaba parle de la jeunesse qui renouvelle sa confiance à Touadéra. Quel délire mythomaniaques ?

Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Norbert Pounaba est arrivé au débat Patara le mois dernier avec des chiffres et une certitude. Près de 80 % des voix pour Touadéra, le peuple qui se mobilise, la jeunesse qui renouvelle sa confiance. Un tableau lumineux. Sauf que dans ce même studio, trois autres voix ont passé l’heure suivante à décrire un pays qui ressemble très peu au tableau que Norbert Pounaba peignait.
Commençons par les chiffres justement. Un score de 76 à 80 % dans un pays où l’opposition est agressée en toute impunité, où des gens proches du pouvoir appellent publiquement leurs partisans à aller « accueillir » des opposants devant les tribunaux, où des voix critiques disparaissent ou se retrouvent à la morgue, ce score-là raconte peut-être moins une adhésion populaire massive qu’un climat où voter autrement demande un courage que beaucoup ne peuvent pas se permettre. Pounaba n’a pas jugé utile d’aborder cette dimension.
Norbert Pounaba a aussi dit que Touadéra était le seul président d’Afrique centrale à tolérer qu’on l’insulte sur les réseaux sociaux. C’est un argument étrange à porter comme une médaille. Tolérer les insultes sur internet tout en laissant des collaborateurs menacer des opposants sur les ondes d’une radio nationale, tout en laissant des jeunes pro-pouvoir agresser ceux qui pensent différemment, ce n’est pas de la démocratie. C’est de la mise en scène. Et puis, qu’est-ce qu’il va faire avec les centrafricains qui sont sur les réseaux sociaux ? Rien! Rien d tout! Il est incapable de faire quelque chose.
Sur Elysée Nguémalé, Norbert Pounaba a été encore plus révélateur. Il a demandé quel poids politique représentait Nguémalé pour que le président lui envoie des agresseurs. C’est une façon de dire : tu es trop petit pour qu’on s’occupe de toi. Mais Nguémalé a répondu à ça sans le savoir, en reconstituant la séquence : un ministre qui le menace publiquement à la radio, un personnage du cercle du pouvoir qui lance ses hommes contre lui, et ensuite l’agression. Si Nguémalé ne pèse rien politiquement, pourquoi un ministre prend-il la peine de le menacer par nom et prénom sur une antenne nationale ?
Arletta Mamboui Abiali a dit quelque chose d’important que Pounaba n’a pas voulu entendre. Elle fait partie de ceux qui ont appelé Touadéra à se présenter. Elle lui a accordé sa confiance. Et c’est précisément parce qu’elle lui a fait confiance qu’elle se permet aujourd’hui de dire que les avancées sont trop minimes, que dix ans c’est long, que les écoles ne sont toujours pas construites, que l’Université de Bangui déborde d’étudiants sans espace pour apprendre. Ce n’est pas de la trahison. C’est exactement ce que devrait produire une démocratie saine : des citoyens qui soutiennent un dirigeant et qui lui demandent des comptes en retour.
Bendo-Ndeni, lui, a résumé le bilan avec une brutalité comptable que Pounaba ne peut pas effacer avec des pourcentages électoraux : une trentaine de ministres pour six millions de citoyens, et un pays qui n’arrive toujours pas à faire descendre les services publics jusqu’à Sémio, Obo ou Bambuti. Ce n’est pas un problème de mauvaise volonté du peuple. C’est un problème de gouvernement qui n’a pas livré ce qu’il avait promis, et qui recommence à promettre pour un nouveau mandat sans expliquer pourquoi cette fois sera différente des dix années qui viennent de passer.
Norbert Pounaba a défendu son président avec les outils qu’il avait. Mais les chiffres d’une élection ne nourrissent pas un enfant dans une école sans table, ne rendent pas la vie à un policier mort en détention, et ne répondent pas à la question qu’Arletta a posée à voix haute : si je parle, si j’agis, est-ce qu’il y aura des représailles contre moi demain ?
Par Gisèle MOLOMA
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