Centrafrique : Touadéra enterre le dialogue politique. Le « rassemblement » ou rien

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Touadéra enterre le dialogue politique. Le « rassemblement » ou rien

 

Touadéra enterre le dialogue politique. Le « rassemblement » ou rien

 

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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Dans son discours fleuve de son couronnement marquant l’entrée officielle dans sa « Septième République », le désormais l’Empereur Faustin-Archange Touadéra a livré un message clair et sans ambiguïté à l’opposition démocratique : le temps du dialogue politique est révolu. Place désormais à un « rassemblement » derrière sa vision et son projet, sous peine d’être assimilé aux ennemis de la République.

 

Un revirement cynique après une campagne axée sur le dialogue.

Ce discours marque un revirement spectaculaire. Avant les élections présidentielles de décembre 2025, tous les discours de Touadera et de son entourage étaient centrés sur la nécessité du dialogue avec l’opposition. Touadéra avait même chargé son Premier ministre, Félix Moloua, d’entamer des discussions avec les leaders du BRDC et d’autres formations. Cette posture d’ouverture avait permis d’obtenir une certaine indulgence, voire un soutien technique et financier de la part de la communauté internationale et de l’Union africaine.

 

En réalité, ce dialogue n’était qu’une façade. Une fois l’élection remportée dans des conditions fortement contestées (76,15 % des voix au premier tour, boycott d’une grande partie de l’opposition et accusations d’irrégularités), le discours a changé radicalement. Le masque est tombé : le « dialogue » promis n’était qu’un outil pour légitimer le processus et débloquer des appuis extérieurs. Maintenant que le pouvoir est consolidé, Touadéra impose une nouvelle ligne : le « rassemblement ».

 

L’absence remarquée du dialogue.

Alors que le pays sort d’un scrutin présidentiel fortement contesté, beaucoup attendaient un geste d’apaisement ou au moins une reconnaissance de la pluralité politique. Il n’en a rien été.

 

Le terme « dialogue » n’a été évoqué que comme une page tournée du passé. Pour l’avenir, Touadéra impose un nouveau vocabulaire : le « rassemblement ». Derrière ce mot apparemment consensuel se cache une exigence d’allégeance. l’Empereur Touadera dit tendre la main, mais uniquement à ceux prêts à « transcender les clivages » pour soutenir un projet déjà déclaré « plébiscité » par les urnes. En clair : acceptez mon leadership sans discuter, ou restez en dehors.

 

L’opposition reléguée au rang de menace.

L’élément le plus inquiétant reste l’absence totale de reconnaissance de l’opposition démocratique comme interlocuteur légitime. Au lieu d’ouvrir des espaces de concertation, Touadéra fusionne critique politique et menace sécuritaire.

 

Il désigne explicitement des « ennemis de la République » et des « relais clandestins », notamment ceux qui utilisent les réseaux sociaux pour dénoncer les dérives du pouvoir. Contester la légitimité du troisième mandat ou pointer les irrégularités électorales n’est plus une opinion politique légitime, mais une « trame criminelle » visant à plonger le pays dans le chaos.

 

Cette rhétorique, officialisée lors d’un discours d’investiture, criminalise potentiellement la dissidence et justifie à l’avance une répression judiciaire ou sécuritaire contre les voix dissonantes.

 

Les leaders de l’opposition doivent s’attendre au pire.

Dans les prochaines semaines suivant la fin du processus électoral, les leaders de l’opposition démocratique doivent s’attendre à une intensification de la pression. La criminalisation de la contestation laisse craindre des arrestations, des poursuites judiciaires pour « trouble à l’ordre public » ou « atteinte à la sûreté de l’État », voire des mesures plus drastiques de dissolution de leurs partis politiques. Le « rassemblement » annoncé ressemble moins à une main tendue qu’à une sommation : intégrez-vous ou subissez les conséquences.

 

La réconciliation confisquée par le pouvoir.

Touadéra exige des leaders politiques qu’ils placent « la République désormais Empire Touadera au-dessus de leurs ambitions personnelles ». Pourtant, sa propre boussole semble se résumer à son serment et à la consolidation de son projet. La réconciliation nationale, autrefois envisagée comme un processus politique inclusif, est désormais renvoyée exclusivement à la justice et à la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR).

 

En évacuant tout besoin de consensus politique large, le régime de la Septième République se présente comme un bloc monolithique où la diversité d’opinions devient suspecte.

 

La Centrafrique se dirige inexorablement vers une République du silence.

En refusant d’évoquer un véritable dialogue avec ses opposants, Faustin-Archange Touadéra confirme la fin de l’ère de la concertation. La « Transformation » qu’il promet semble inclure la transformation de l’espace politique en une chambre d’écho de son propre discours.

 

Pour l’opposition démocratique, le choix devient cruellement binaire : se fondre dans le « rassemblement » officiel ou risquer d’être traquée comme menace à la stabilité. Pour les Centrafricains ordinaires, cela soulève une question essentielle : une stabilité obtenue par le silence et l’uniformité sera-t-elle durable, ou portera-t-elle en germe de nouvelles frustrations et tensions ?

 

La communauté internationale, qui a été bernée par la promesse initiale de dialogue, doit prendre la mesure de ce tournant autoritaire larvé. Accepter la souveraineté d’un État ne signifie pas fermer les yeux sur le rétrécissement de l’espace démocratique, la criminalisation de la critique et les risques d’exclusion qui en découlent. Touadéra a choisi sa voie. Il est temps que chacun assume les conséquences de ce choix, sans illusions.

 

Par Gisèle MOLOMA

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