Centrafrique : Quand Touadéra utilise la justice pour purger la Fonction publique

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Alors que sa nouvelle Constitution fait exploser la masse salariale par la multiplication de postes budgétivores,  vice-présidence de la République, gouvernorats, chefferies coutumières rémunérées, conseillers municipaux et régionaux,  et que la facture des mercenaires de l’Africa Corps ne cesse de s’alourdir, le régime de l’Empereur-Président Touadéra sacrifie aujourd’hui ses propres militants, après les avoir instrumentalisés pour verrouiller le référendum constitutionnel et les élections. Désormais, ces jeunes sont livrés en pâture à la justice. Sous couvert de traque aux faux diplômes, l’Arrêté n°139, Abazène sonne ainsi le glas d’un pacte cynique.

 

Derrière cette opération se dessinent une trahison politique, une commission judiciaire aux pouvoirs redoutables, une stratégie d’intimidation destinée à provoquer des désertions massives, une justice sélective épargnant les véritables commanditaires, et enfin un retour de flamme potentiellement explosif pour le régime, CNC revient sur cette affaire.

Centrafrique : Quand Touadéra utilise la justice pour purger la Fonction publique

 

L’étau se resserre sur les nouveaux fonctionnaires centrafricains, mais le scandale est d’abord moral et politique.

Pour tenter de réduire une masse salariale devenue incontrôlable, le gouvernement de l’Empereur-Président Touadéra a choisi la voie de la trahison. En signant l’Arrêté n°139, le ministre d’État à la Justice, Arnaud Djoubaye Abazène, déclenche une machine judiciaire contre ceux-là mêmes qui ont porté le régime à bout de bras, avant d’être aujourd’hui abandonnés après usage.

 

 

Payés en monnaie de singe après le « sale boulot »

Pour de nombreux observateurs, ces jeunes intégrés dans la Fonction publique ne doivent rien au hasard. Il s’agit majoritairement de militants du parti au pouvoir, dont l’intégration constituait la récompense de leur loyauté politique. Ce sont eux qui ont été mobilisés pour sécuriser le référendum constitutionnel, verrouiller les élections et garantir les victoires du régime sur le terrain.

 

Aujourd’hui, le processus achevé et l’Empereur-Président solidement installé dans sa VIIe République, ces anciens « soldats électoraux » deviennent des charges encombrantes. Après avoir servi, ils sont désormais désignés comme responsables du désastre budgétaire national. Leur récompense : la menace de poursuites, d’arrestations et de radiations. Cette première phase révèle l’ampleur de la trahison politique qui précède désormais l’offensive judiciaire.

 

Une commission aux pouvoirs démesurés

La composition de la commission prévue par l’Article 3, placée sous l’autorité du Procureur Général près la Cour d’Appel de Bangui et incluant police et gendarmerie, montre clairement que l’État traite désormais ses propres agents comme des criminels potentiels.

 

Alors que des dossiers autrement plus graves, notamment concernant certains chefs de guerre, stagnent depuis des années, l’appareil judiciaire est ici mobilisé avec une efficacité redoutable pour examiner des diplômes administratifs. Cette Commission spéciale symbolise une gouvernance par la peur, où la répression remplace les réformes structurelles. L’objectif n’est pas seulement de vérifier, mais de faire pression, d’intimider et de pousser les plus fragiles vers la sortie.

 

L’intimidation pour forcer la désertion

Pour plusieurs analystes, la stratégie est limpide : créer un climat de panique afin d’inciter les agents aux dossiers fragiles à abandonner eux-mêmes leur poste.

Une fois la fuite constatée, le gouvernement dispose alors d’un fondement légal pour procéder à leur radiation pour abandon de poste, sans devoir démontrer juridiquement la fraude. Cette méthode permet ainsi une purge administrative massive à moindre coût pour un État financièrement asphyxié. Sous couvert de moralisation, il s’agit d’une opération budgétaire déguisée, fondée sur la peur plutôt que sur la justice.

 

Justice sélective : le parapluie pour les chefs, la prison pour les petits

Si la commission prétend rechercher les auteurs et complices, une question majeure demeure : pourquoi les véritables architectes du système restent-ils hors d’atteinte ?

Les révélations sur certaines pratiques au sein du ministère de l’Éducation nationale montrent pourtant que la fabrication ou la validation douteuse de diplômes n’est pas née à la base, mais bien au sommet. Pendant que les petits exécutants sont exposés, plusieurs hauts responsables bénéficient d’immunités ou de protections politiques. Si la justice voulait réellement assainir le système, elle viserait d’abord les commanditaires plutôt que leurs instruments. Cette sélectivité renforce l’idée d’une purge ciblée, non d’une réforme sincère.

 

Le retour de bâton devant les portes de la Renaissance

La récolte de cette politique de la trahison est désormais devant les portes du Palais de la Renaissance. En traitant ses partisans comme des criminels de droit commun, l’Empereur-Président sème les graines d’une colère sociale qui pourrait bien s’avérer plus incontrôlable que la masse salariale qu’il tente désespérément de réduire.

 

Des milliers de jeunes, jadis utilisés comme leviers électoraux, découvrent aujourd’hui qu’ils étaient des outils jetables. Cette rupture du pacte de fidélité pourrait nourrir une profonde rancœur sociale et politique. En criminalisant ceux qui l’ont servi, le régime pourrait bien semer les germes d’une contestation future plus dangereuse encore que la crise budgétaire actuelle. À force de trahir ses propres soutiens, le pouvoir risque de voir la colère qu’il a lui-même créée se retourner contre lui jusque devant les grilles du Palais de la Renaissance.

 

Par Gisèle MOLOMA

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