Affaire de l’expulsion des couturiers de l’ACFPE, interview exclusive de Legrand Youkoumande , l’un des stylistes chassés
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le vendredi 12 septembre, des couturiers-stylistes réunis depuis trois ans à l’ACFPE ont été expulsés par la gendarmerie sur ordre de la ministre du Travail, Annie Michelle Mouanga. Deux jours plus tôt, le 10 septembre, alors qu’ils sollicitaient une audience après avoir reçu une note leur intimant de quitter les lieux sous une semaine, la ministre les avait accueillis en hurlant et en les chassant de son bureau comme une folle enragée. Depuis, les couturiers ont annoncé une grève.
Voici l’intégralité de l’interview réalisée par la rédaction du CNC avec Legrand Youkoumande, couturier-styliste et l’un des jeunes expulsés.
Corbeau News-Centrafrique (CNC) : Bonjour.
Legrand Youkoumande : Bonjour.
CNC : Le mercredi 10 septembre, vous avez demandé à rencontrer la ministre. Que s’est-il passé ?
Legrand Youkoumande : Nous avions reçu une note officielle signée par la ministre, nous donnant un délai d’une semaine pour quitter l’ACFPE. Nous n’étions pas d’accord. Nous avons donc sollicité une audience pour expliquer notre position. Mais dès qu’elle nous a vus, elle s’est mise à hurler : « Sortez de mon bureau ! Sortez de mon bureau ! ». Elle nous a chassés comme des intrus, en criant si fort qu’on pouvait l’entendre dans tout le bâtiment.
CNC : Quels propos a-t-elle tenus ce jour-là ?
Legrand Youkoumande : Elle criait : « Qui vous a embauchés ici ? Vous avez quel contrat ? Sortez d’ici ! ». Pourtant, c’est elle-même qui nous avait fait venir en 2022 et retenus pendant trois ans.
CNC : Le chargé de mission de la ministre est ensuite intervenu. Qu’a-t-il dit exactement ?
Legrand Youkoumande : Oui, M. Aristide Ganabo est sorti derrière nous. Il a commencé à nous reprocher d’avoir adressé un recours administratif avec copie aux médias et aux ambassades. Il disait : « Vous êtes malades ou quoi ? Comment vous pouvez mettre les médias dans vos documents ? ». Puis il a ajouté que c’était uniquement par “la bonne volonté” de la ministre que nous étions restés trois ans à l’ACFPE. Il nous a dit : « Vous devez remercier la ministre. Sans elle, vous ne seriez pas là. Vous êtes des incubateurs, elle vous a donné des marchés, vous devez lui dire merci. ».
CNC : Comment avez-vous réagi à ces propos ?
Legrand Youkoumande : Nous avons répondu que nous ne voulions pas être des “assistés”, mais des professionnels accompagnés dans nos projets. Lui insistait que tout venait de la ministre et que nous n’avions aucun droit de discuter. Cela montrait bien que tout avait été une manipulation depuis le début.
CNC : Revenons au départ. Comment avez-vous été recrutés en 2022 ?
Legrand Youkoumande : En mai 2022, le ministère a lancé un appel à la radio pour une formation avec une styliste ivoirienne. Nous étions nombreux à répondre. La formation a commencé le 16 mai. Après une semaine, nous pensions rentrer chez nous, mais la ministre nous a retenus pour préparer un défilé de mode.
CNC : Ce défilé a-t-il eu lieu ?
Legrand Youkoumande : Oui, le 21 juin 2022, à l’hôtel Ubangi, en présence de la Première dame Tina Touadéra et de plusieurs membres du gouvernement. Le lendemain, nous avons reçu des certificats à l’hôtel Ledger.
CNC : Ensuite, la ministre vous a encore empêchés de rentrer chez vous ?
Legrand Youkoumande : Exactement. Elle parlait de financements venant de la Banque mondiale, du PAM, de l’UNICEF, de l’UNFPA et de la BAD. Mais nous n’avons jamais rien reçu. Tout passait par la coordinatrice camerounaise, Mme Ouahm-Diane.
CNC : Pendant trois ans, avez-vous au moins eu des activités ?
Legrand Youkoumande : Nous n’avons eu que deux marchés. Le principal concernait les uniformes de l’école du président Touadéra à Damara. Mais là encore, la ministre décidait seule du prix et nous donnait des forfaits. Nous n’avions pas notre mot à dire.
CNC : Et après l’incident du 10 septembre, qu’a-t-il été décidé ?
Legrand Youkoumande : Le vendredi 12 septembre, la ministre a ordonné à la gendarmerie de nous expulser. Nous avons été chassés comme des malfaiteurs. Après cela, nous avons annoncé que nous allons entrer en grève pour protester.
CNC : Cette grève aura-t-elle lieu ?
Legrand Youkoumande : Nous l’avons annoncée, mais pour l’instant je ne peux pas confirmer si elle aura effectivement lieu. Ce qui est sûr, c’est que nous ne resterons pas silencieux face à cette injustice.
CNC: Merci beaucoup monsieur Legrand Youkoumande.
Legrand Youkoumande : C’est à moi de vous remercier au nom des collaborateurs aussi madame la journaliste.
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![MLPC : Martin Ziguélé sort du silence et fustige les « mercenaires politiques » à la solde du pouvoir MLPC : Martin Ziguélé sort du silence et fustige les « mercenaires politiques » à la solde du pouvoir Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de , En marge de la réunion hebdomadaire du bureau politique du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), le président du parti et ancien Premier ministre, Martin Ziguélé, a vigoureusement répondu aux dissidents de sa formation politique. Face aux actions de Jackson Mazette, Chantal Jean-Édouard Koyambonou et Étienne Malekoudou, qu'il qualifie de « mercenaires politiques », le leader du MLPC a tenu à clarifier la situation juridique et politique de son parti. Une « escroquerie intellectuelle » : le rappel des textes du parti Interrogé sur la légitimité de la direction actuelle face aux contestations des dissidents, Martin Ziguélé a d'abord tenu à effectuer un rappel rigoureux du cadre juridique régissant le MLPC. Qualifiant la situation créée par les dissidents de « complètement ridicule », il a rappelé que le parti est régi par des statuts et un règlement intérieur déposés auprès du ministère de l’Administration du territoire ainsi que du notaire du parti, des textes dont la légalité n'a jamais été contestée. S'appuyant sur l'article 24 des statuts et du règlement intérieur, Martin Ziguélé a expliqué le fonctionnement des instances : « Le Congrès est l'organise suprême du parti. Il élit le président du parti, le bureau politique, le Conseil politique national, tous les organes du parti. Il reste en fonction pendant 3 ans, c'est la durée statutaire. Mais, parce qu'il y a un mais, ce bureau est automatiquement dissous lorsque se met en place le bureau du nouveau congrès ordinaire du parti. » Dans la continuité de sa démonstration, l'ancien Premier ministre a réfuté l'argument des dissidents selon lequel le mandat du bureau actuel serait arrivé à expiration. Il a retracé l'histoire du parti, créé en 1979, rappelant que les congrès ordinaires ont souvent connu des intervalles particulièrement longs, neuf ans entre le premier et le deuxième congrès, puis treize ans entre le troisième et le quatrième, organisé en 2020, sans que cela n'ait jamais remis en cause la légitimité de la direction en place. « Le fait que depuis 2020 on n'ait pas tenu un congrès jusqu'en 2020, ou jusqu'en 2023 ou en 2024, ce n'est pas là la raison. C'est de l'escroquerie intellectuelle. Le véritable problème est ailleurs. » explique-t-il. Les révélations sur une déstabilisation orchestrée par le pouvoir Au-delà de l'aspect juridique, Martin Ziguélé estime que la crise actuelle trouve son origine dans un contexte politique bien précis. Selon lui, la fracture au sein du MLPC est née au lendemain des élections de 2021. Après le refus du MLPC de participer au Dialogue républicain, une décision prise collégialement par le bureau politique et non par lui seul, le pouvoir en place aurait, selon lui, activé plusieurs leviers afin de déstabiliser le parti. Martin Ziguélé accuse directement le président de la République, Faustin-Archange Touadéra, d'avoir financé les dissidents : « Dès le lendemain du dialogue républicain, le pouvoir a décidé de déstabiliser la direction du MLPC. Et le pouvoir, et notamment le président de la République, a donné des moyens financiers. Puisque c'est eux-mêmes qui en parlent, c'est eux-mêmes qui le ddisent, c'est eux-mêmes qui se disputent publiquement sur la répartition de cet argent-là, avec pour objectif de déstabiliser la direction du parti. » À ses yeux, l'éclatement des dissidents en plusieurs factions, « MLPC », « MLPC CO », tandis que Stanislas Zoumbeti évoluerait en solitaire, constitue une illustration supplémentaire de cette stratégie de division. Il y voit la preuve qu'ils ne disposent d'« aucune base légale sérieuse ». Il rappelle, à cet égard, que l'article 12 des statuts prévoit que seul le président du parti ou les deux tiers des membres du Conseil politique national peuvent convoquer un congrès. Dès lors, le seul congrès qu'il considère comme pleinement légitime demeure le cinquième congrès ordinaire, tenu les 9 et 10 septembre derniers. Des « porteurs d'eau » et des « mercenaires » Poursuivant son argumentaire, le président du MLPC estime que l'attitude de ses opposants internes est incompatible avec la vocation même d'un parti d'opposition, dont la mission consiste à proposer une alternative politique crédible afin de conquérir démocratiquement le pouvoir. « Vous ne pouvez pas dire que vous voulez révolutionner, réveiller votre parti politique en allant soutenir celui qui est au pouvoir. Ça veut dire que c'est des porteurs d'eau, c'est des gens qui sont utilisés, employés. C'est des mercenaires comme les Wagner sur le plan politique là, ils sont des mercenaires également sur le plan politique. » Par ailleurs, Martin Ziguélé affirme que la plainte déposée il y a plus de deux ans contre ces dissidents demeure bloquée. Selon lui, ce procès serait entravé par le pouvoir ainsi que par le ministre d'État à la Justice, comme l'aurait indiqué l'avocat du parti, Maître Nicolas Tiangaye. Malgré cette situation, le président du MLPC assure que « Le parti est debout ». Il estime que le peuple centrafricain demeure lucide et ne se laissera pas abuser par ce qu'il considère comme des manœuvres de déstabilisation financière et politique. L’ancien Premier ministre balaie d'un revers de main les prétendus projets de « réconciliation » avancés par les dissidents du MLPC CO ou d'autres mouvances. Il martèle que la direction d'un parti historique ne se conquiert ni par des accords de couloir ni par des alliances opportunistes avec le pouvoir en place. En réaffirmant sa confiance dans la clairvoyance du peuple centrafricain, Martin Ziguélé présente le MLPC qu'il dirige comme un parti uni, résolu à résister aux tentatives de déstabilisation et aux entreprises de corruption politique. Par Gisèle MOLOMA Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC Abonnez-vous à notre chaine YouTube : Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65 Email : Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2025/08/martin-ziguele-1-218x150.jpg)