Centrafrique : à Bozoum, un commerçant condamné sur fond d’une simple rumeurs autour d’un vol de cabri

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Centrafrique : à Bozoum, un commerçant, Mago Noël,  condamné sur fond d’une simple rumeurs autour d’un vol de cabri

 

Magoe Noël
Magoe Noël

 

 

 

Rédigé le [date_cnc] .

Par : la rédaction de Corbeau News CentrafriqueCNC  

 À Bozoum, dans l’Ouham-Pendé, un commerçant vient d’être condamné à un an de prison avec sursis et à un million de francs CFA d’amende dans une affaire de vol de cabri où son implication repose sur les déclarations d’un voleur et des informations rapportées sur ses activités.

 

L’affaire commence le 2 août 2026 à Bozoum. Un jeune voleur se rend dans une concession familiale de la ville qui avait attaché deux cabris dans sa parcelle. Le jeune voleur parvient à détacher le premier animal et l’emmène dans une concession près de l’école préfectorale garçon de Bozoum.

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Le cabri y est tué et découpé. Le jeune homme revient ensuite chercher le deuxième animal. Cette fois, le propriétaire le surprend en train de détacher le cabri. Il le poursuit et parvient à le rattraper avant de le conduire à la gendarmerie de Bozoum.

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Le premier cabri retrouvé près de l’école préfectorale

 

À la brigade de recherche de la gendarmerie de Bozoum, le jeune voleur est interrogé sur le premier cabri. Il finit par indiquer aux gendarmes l’endroit où il l’avait déposé.

 

Les gendarmes se rendent alors dans la concession située près de l’école préfectorale et retrouvent les restes du cabri, déjà tué et découpé. Les morceaux sont ramenés à la brigade. Les gendarmes, de leur côté, se partagent les morceaux de la bête entre eux pour le repas de leur propre famille.

 

Toutefois, l’enquête se poursuit autour du jeune voleur. Au cours des interrogatoires à la brigade de recherche, celui-ci désigne Magouille  Noël comme la personne à laquelle il comptait vendre le cabri.

 

Magui Noël est un commerçant de Bozoum qui vend notamment de la viande de cabri grillée au bord de la route. Son nom entre alors dans la procédure.

 

Le commerçant Magouille Noël convoqué à la brigade

 

Magouille Noël est convoqué à la brigade de recherche. Il se présente aux gendarmes le lendemain.

 

Interrogé sur le vol, il nie toute implication. Il affirme ne pas connaître l’affaire et ne pas avoir acheté le cabri volé.

 

Les enquêteurs maintiennent pourtant leurs soupçons et poursuivent les interrogatoires.

 

Le commerçant souffre par ailleurs d’asthme et présente d’autres problèmes de santé, notamment de l’hypertension et du diabète. Face à la perspective d’une détention, sa famille réunit 100 000 francs CFA.

 

La somme est remise aux gendarmes et Magouille Noël est libéré.

 

Quelques jours plus tard, il est de nouveau arrêté.

 

Le dossier prend alors une nouvelle tournure avec l’intervention du parquet de Bozoum. Le commerçant est présenté par le procureur comme pouvant être poursuivi pour recel aux côtés du jeune homme poursuivi pour le vol. Pour le procureur, on ne peut pas incarcérer le voleur et libérer le receleur.

 

Mais monsieur Magouille Noël, de son côté,  maintient qu’il n’a aucun lien avec le vol. Il précise que la personne à laquelle appartenaient les cabris est son cousin, le fils de sa grande sœur,  et qu’il n’aurait aucun intérêt à participer au vol de ses animaux.

 

Il explique également que les 100 000 francs CFA remis lors de sa première interpellation l’ont été par crainte de sa santé en cas de détention et non pour reconnaître une quelconque participation au vol.

 

« On a beaucoup entendu parler de toi »

 

L’affaire arrive finalement devant le tribunal de Bozoum. Magouille Noël, par crainte d’être maintenu en prison, demande alors à sa famille de réunir de nouveau une somme pour remettre au procureur pour sa libération. Finalement, la famille a réuni une somme de 200 000  francs CFA et remettre au procureur. ,Malgré la somme remise, monsieur Noël n’est toujours pas libéré.

 

Finalement, Magouille Noël est passé au procès. Au cours de l’audience, le ministère public soutient que Magui Noël est un receleur. Le procureur requiert un an de prison et 200 000 francs CFA d’amende.

 

Un élément particulièrement frappant apparaît alors dans les débats : le commerçant est présenté comme une personne dont le nom revient régulièrement dans des informations faisant état d’achats de cabris volés.

 

Il lui est notamment indiqué que les autorités auraient « beaucoup entendu parler » de lui et qu’il achèterait régulièrement des cabris provenant de vols.

 

Le problème posé par cette affirmation est immédiat : entendre parler d’une personne ou recevoir des informations sur ses activités ne constitue pas, en soi, la preuve qu’elle a acheté le cabri faisant l’objet du procès.

 

Dans cette affaire, le jeune voleur l’a désigné comme un acheteur potentiel. Le commerçant, lui, a toujours contesté avoir acheté l’animal ou participé au vol. La question centrale devient donc celle des éléments matériels permettant d’établir le recel.

 

Un an avec sursis et un million de francs CFA d’amende

 

Le délibéré intervient vendredi 14 août 2026.

 

Le tribunal condamne Magui Noël à un an d’emprisonnement avec sursis et à un million de francs CFA d’amende.

L’affaire du vol de cabri à Bozoum soulève des questions sur la justice, alors que Magouille Noël est condamné malgré l’absence de preuves tangibles.

 

Il n’est donc pas incarcéré à l’issue de cette décision. Il vient d’être libéré.

 

Le jeune homme poursuivi pour le vol de cabri reste au cœur de la procédure initiale. Son arrestation intervient après avoir été surpris par le propriétaire alors qu’il tentait de voler le deuxième animal. Le premier cabri a, lui, été retrouvé dans la concession de l’école préfectorale après les indications données par le suspect aux gendarmes.

 

L’affaire de Magui Noël est différente. Le commerçant n’a pas été arrêté avec le cabri volé. Il n’a pas été surpris en train de l’acheter. Il n’a pas non plus été retrouvé en possession des restes de l’animal.

 

Son nom apparaît dans le dossier à la suite de la déclaration du jeune voleur, qui affirme avoir voulu lui vendre le cabri, puis à travers des informations selon lesquelles le commerçant achèterait régulièrement des cabris volés.

 

La preuve au cœur de la justice

 

L’affaire de Bozoum pose une question essentielle sur le fonctionnement de la justice : une condamnation pénale doit-elle pouvoir reposer sur ce que l’on entend dire d’une personne ?

 

La justice ne peut pas fonctionner uniquement à partir de soupçons, de réputations ou de rumeurs. Une accusation doit être confrontée à des éléments précis permettant d’établir la réalité des faits reprochés.

 

Dans le dossier de Magui Noël, le tribunal a rendu sa décision et le commerçant a été condamné. La décision judiciaire doit être respectée. Mais elle peut également être examinée à partir des éléments qui ont servi à établir sa responsabilité.

 

Dire qu’un commerçant vend de la viande de cabri ne démontre pas qu’il achète des animaux volés. Dire qu’il est régulièrement cité dans des conversations ou des informations locales ne démontre pas davantage qu’il a acheté le cabri concerné par cette affaire.

 

Le fait qu’un voleur désigne une personne comme acheteur potentiel constitue un élément d’enquête. Il doit encore être vérifié et confronté à d’autres preuves.

 

C’est précisément là que se trouve l’enjeu de cette affaire de Bozoum : la justice doit rechercher des preuves, établir les faits et distinguer ce qui est démontré de ce qui relève du soupçon ou de la rumeur.

 

Par Julien Bambou

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