Centrafrique : à Batangafo, MSF utilise l’intelligence artificielle pour détecter plus rapidement la tuberculoseUne personne devant son ordinateur. Photo MSF. À lire aussi : Alexandre Stojanov de la banque mondiale tire la sonnette d’alarme sur la situation économique de la CentrafriqueRédigé le [date_cnc] .Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNCÀ Batangafo, dans la préfecture de l’Ouham-Fafa, au nord de la Centrafrique, Médecins Sans Frontières (MSF) utilise depuis 2024 un dispositif basé sur l’intelligence artificielle pour renforcer le dépistage de la tuberculose pulmonaire dans une zone éloignée de Bangui. La tuberculose reste une maladie majeure de santé publique en Centrafrique. Selon les données du ministère de la Santé et de la Population, le taux d’incidence estimé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) atteint environ 540 cas pour 100 000 habitants, soit près de 29 000 cas attendus chaque année.Un poste de radiologie numérique avec un lecteur de plaques AGFA et un ordinateur affichant une radiographie thoracique en fausses couleurs, sur À Batangafo, dans la préfecture de l’Ouham, les populations restent exposées à cette maladie malgré les difficultés d’accès aux structures spécialisées. En 2025, les équipes médicales ont dépisté 203 cas de tuberculose dans cette zone située loin des infrastructures sanitaires de la capitale. La tuberculose pulmonaire est une maladie infectieuse provoquée par une bactérie qui atteint principalement les poumons. Elle se transmet par voie aérienne lorsqu’une personne infectée tousse, éternue ou parle. Son diagnostic repose généralement sur l’analyse des crachats des patients, une procédure qui peut rester difficile dans les zones rurales où les moyens techniques sont limités. Pour améliorer la détection des cas et accompagner les équipes médicales locales, MSF, en collaboration avec le ministère de la Santé et de la Population, a installé en 2024 à l’hôpital de district de Batangafo un appareil appelé CAD4TB.Le câble de connexion sur le lit d’un hôpital. Photo MSF Ce dispositif numérique utilise l’intelligence artificielle pour analyser les radiographies pulmonaires et identifier des signes compatibles avec la tuberculose chez les personnes âgées de plus de 15 ans. L’outil n’est pas utilisé pour tous les patients. Il intervient uniquement lorsque le médecin constate des signes cliniques pouvant orienter vers une suspicion de tuberculose, notamment un amaigrissement important, des sueurs nocturnes ou une fièvre persistante. « Nous réalisons alors une radiographie qui est ensuite traitée par cet outil digital », explique Clément Daka, infirmier et technicien en radiologie formé à l’utilisation du CAD4TB. Selon lui, l’intelligence artificielle compare l’image obtenue avec un grand nombre de radiographies déjà analysées afin d’identifier des anomalies caractéristiques de la maladie. L’outil analyse notamment la présence éventuelle de cavernes pulmonaires, d’opacités ou encore d’épanchements pouvant être associés à une infection tuberculeuse. Le résultat apparaît sous forme d’une image médicale permettant aux professionnels de visualiser les zones suspectes. Sur les images produites, les zones considérées comme touchées apparaissent en rouge, tandis que les parties sans anomalie détectée sont indiquées en bleu. Lorsque le CAD4TB établit une probabilité comprise entre 40 et 70 %, le niveau de suspicion est considéré comme élevé. Cette analyse vient alors appuyer l’évaluation du médecin qui prend la décision finale concernant le diagnostic. À lire aussi : Centrafrique : comment Faustin-Archange Touadera instrumente la division des musulmans de la RCA pour capter les 34 milliards d’ABU DHABI« Cette analyse, bien que très efficace, reste une aide au diagnostic et ne le remplace pas : le médecin a le dernier mot en toute situation », précise le docteur Mouemba Dave King, responsable des activités médicales à l’hôpital de district de Batangafo. Pour le responsable médical, cette technologie représente un appui important dans la prise en charge des patients. « Cette innovation nous rend un grand service car elle permet en moins de 30 minutes de recouper le diagnostic du médecin et d’agir rapidement en isolant le malade pour éviter qu’il ne contamine son entourage », explique-t-il. Une fois la présence de la tuberculose confirmée, les patients reçoivent un traitement associant quatre antibiotiques. La prise en charge s’étend sur une durée de six mois. « Après deux mois de traitement, nous réalisons déjà un examen des crachats pour vérifier si des bacilles sont encore présents dans l’échantillon. Si la maladie persiste, nous effectuons une analyse plus complète », précise le docteur Mouemba Dave King. À Batangafo, l’appareil CAD4TB a contribué en 2025 à détecter 90 cas parmi les 203 cas de tuberculose dépistés au total dans la zone. L’utilisation de cette technologie montre que des outils médicaux basés sur l’intelligence artificielle peuvent également être déployés dans des régions rurales éloignées des grands centres urbains. Avec l’appui de MSF et en collaboration avec les autorités sanitaires centrafricaines, l’objectif reste d’améliorer le diagnostic précoce, de commencer rapidement les traitements adaptés et de limiter la transmission de la tuberculose au sein des communautés. Par Éric Azoumi