Camp de Roux : quand un détenu se fait arnaquer de 400 000 Fr CFA à l’infirmerie de la prison

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Camp de Roux : quand un détenu se fait arnaquer de 400 000 Fr CFA à l’infirmerie de la prison

 

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Dans une cellule de la prison à Bangui, capitale de la Centrafrique

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

L’infirmerie pénitentiaire du Camp de Roux est devenue un véritable lieu d’arnaque des détenus. Un prisonnier, escroqué,  y a laissé 400 000 francs CFA pour convaincre le juge Nana Bibi de rouvrir son dossier. Trois mois après, le magistrat a été remplacé et le détenu continue de vivre le pire dans sa cellule avec un état de santé critique.

 

Décidemment, les geôles centrafricaines sont devenues des pièges à argent pour des personnes mal intentionnées.

 

Cette histoire commence avec les arrestations illégales menées par les mercenaires russes du groupe Wagner. Ces hommes armés capturent des civils sans motif valable et les livrent aux autorités de Bangui. Le Camp de Roux, surnommé Guantanamo centrafricain, reçoit la plupart de ces prisonniers.

 

Une fois arrêtés, ces détenus passent quelques jours ou semaines, voir même des mois dans les brigades de police ou de gendarmerie. L’OCRB, Office Central pour la Répression du Banditisme, ou la SRI, Section de Recherche et d’Investigation, les accueillent brièvement. Ensuite, ils sont transférés directement vers la maison centrale de Ngaragba ou vers le Camp de Roux.

 

Dès leur arrivée dans ces prisons, leur cauchemar commence réellement. Aucun juge ne penchent sur leur dossier. Personne ne les inscrit dans un registre officiel. Ils disparaissent simplement du système judiciaire.

 

Certains y restent cinq ans, d’autres six, d’autres encore 7 ans. Amenés par Wagner, ils semblent condamnés à l’oubli perpétuel. Aucun procès, aucune audience, aucun espoir visible.

 

C’est dans ce contexte qu’un homme, arrêté dans la Nana-Mambéré,  se retrouve enfermé depuis plus de trois ans au Camp de Roux. Sa santé commence à décliner dangereusement dans sa cellule. Les conditions de détention aggravent son état de jour en jour.

 

Un matin, la responsable de l’infirmerie pénitentiaire vient le voir. Elle observe son état de santé inquiétant et lui propose une solution. Elle prétend pouvoir parler de son cas au juge d’instruction qui pourrait l’aider.

 

Le détenu accueille cette proposition avec soulagement. Pour la première fois depuis des années, quelqu’un semble s’intéresser à son sort. Il accepte immédiatement cette démarche qu’il juge salvatrice.

 

Quelques jours s’écoulent avant que la femme ne revienne. Cette fois, son discours change. Elle annonce que le juge d’instruction Nana Bibi réclame 500 000 francs CFA pour intervenir dans son dossier. Sans cet argent, rien ne bougera.

 

Le prisonnier n’a évidemment aucune ressource. Trois ans d’emprisonnement l’ont totalement coupé du monde extérieur. Il contacte alors sa mère qui vit dans un village reculé après Bouar, chef-lieu de la préfecture de la Nana Mambéré. Mais en ce moment, la mère est à Bangui lorsque son fils l’a contacté.

 

Cette femme est une simple cultivatrice. Elle ne possède qu’un petit champ et une modeste habitation en terre. Pourtant, elle décide de tout sacrifier pour sauver son fils.

 

Elle retourne au village et met en vente ses maigres biens. Le champ part en premier, puis une partie de sa maison. Dans ces zones rurales, la valeur des propriétés reste dérisoire. Après plusieurs transactions, elle réunit péniblement 500 000 francs CFA.

 

Le voyage jusqu’à Bangui lui coûte 50 000 francs. Elle arrive finalement à Bangui avec 450 000 francs en poche. Elle a remis tout à son fils pour voir le juge d’instruction. Alors, pour ne pas tout remettre, le fils a préféré remettre 400 000 francs CFA à la responsable de l’infirmerie.

 

La femme empoche l’argent en promettant de tout arranger avec le juge Nana Bibi. Le détenu espère enfin voir le bout du tunnel. Sa mère repart au village, soulagée de voir dans les prochains jours son fils à côté d’elle.

 

Mais les jours passent sans nouvelle de la libération du fils. La responsable de l’infirmerie ne revient plus voir le prisonnier. Aucun message, aucune information sur l’avancement du dossier. Le silence devient de plus en plus inquiétant.

 

Pendant ce temps, la santé du détenu continue de se dégrader. Personne ne s’occupe vraiment de lui. L’infirmerie reste muette malgré la somme versée. Les semaines s’ajoutent aux semaines dans une attente interminable.

 

Trois mois après le versement de l’argent, une information tombe comme une bombe. Le juge d’instruction Nana Bibi vient d’être muté. Il quitte son poste et se retrouve affecté ailleurs. Un nouveau magistrat le remplace au tribunal.

 

Le détenu comprend alors qu’il s’est fait avoir. L’argent de sa mère a simplement disparu dans la nature. Le juge ou la dame de l’infirmerie  a empoché tranquillement la somme.

 

Aujourd’hui, cet homme reste enfermé dans les mêmes conditions. Sa santé fragile ne s’améliore pas. Aucun juge ne s’intéresse à son dossier. Le nouveau magistrat ignore tout de cette affaire fantôme.

 

Sa mère a tout perdu pour rien. Le champ familial appartient désormais à quelqu’un d’autre. Une partie de sa maison a été vendue. Elle n’a plus rien à négocier pour une seconde tentative.

 

Cette pratique dépasse largement le cas de ce seul prisonnier. Les agents pénitentiaires, les infirmiers des prisons et les magistrats ont transformé la détention en commerce lucratif. Demander de l’argent aux familles désespérées est devenu leur activité courante.

 

Les juges d’instruction font de ces transactions leur spécialité. Le procureur et ses collègues bâtissent leur fortune sur la misère des enfermés. Le tribunal fonctionne à la négociation financière plutôt qu’à la justice.

 

Au Camp de Roux, des dizaines d’hommes vivent la même situation. Certains ont payé plusieurs fois sans jamais obtenir de résultat. D’autres n’ont jamais eu les moyens de tenter leur chance. Tous partagent le même abandon.

 

Par Anselme Mbata

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