Centrafrique : Touadéra resserre son emprise et écarte brutalement ses anciens alliés

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Centrafrique : Touadéra resserre son emprise et écarte brutalement ses anciens alliés

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Derrière l’apparence démocratique qu’il tente tant bien que mal de vendre à la communauté internationale, Faustin-Archange Touadéra montre clairement désormais son véritable visage : celui d’un autocrate implacable. Dans la foulée de la formation du gouvernement Moloua 3, le chef de l’État poursuit sa stratégie de consolidation personnelle du pouvoir autour de son clan.

 

Des alliés marginalisés

Des alliés de la première heure, qui avaient soutenu le référendum constitutionnel ainsi que sa réélection, sont aujourd’hui sanctionnés. Les cas de Gourna Zacko, de Thierry Kamach avec son parti MOUNI, ainsi que ceux de la plateforme Be-Oko, illustrent cette logique implacable.

Des alliés de la dernière heure, regroupés au sein d’une plateforme dite Union des forces démocratiques de l’opposition (UFDO), tels qu’Eddy Symphorien Kparekouti, qui attendait son tour dans l’antichambre du Palais, Chantal Jean Édouard Koyambonou, Jackson Mazette, ou encore ceux agissant en électrons libres comme Stanislas Zoumbeti et Étienne Malekoudou, sont eux aussi ignorés, au point que certains en tombent malades. Tout comme ceux de la diaspora qui s’activent sur les réseaux sociaux dans l’espoir d’être nommés. Mais la reconduction de certains anciens ministres, dans un jeu de chaises musicales, glace leur sang sous le soleil de ce printemps où ils se trouvent.

C’est désormais une véritable politique de la terre brûlée contre ses propres alliés que semble avoir adoptée l’empereur-président Touadéra.

 

Cooptation, puis éviction

La stratégie est désormais connue : utiliser les transfuges, puis les jeter après usage. Pour asseoir son pouvoir absolu, Faustin-Archange Touadéra a d’abord joué la carte de la manipulation et de la cooptation des cadres issus des partis historiques de l’opposition démocratique. En distribuant postes et privilèges, le régime est parvenu à fracturer de l’intérieur les principales forces politiques du pays.

Au sein du MLPC, dirigé par Martin Ziguélé, la stratégie s’est révélée particulièrement efficace. Pour Chantal Jean Édouard Koyambonou, le prix du reniement fut un poste de ministre d’État à la présidence. Pour d’autres cadres transfuges, tels que Jackson Mazette, Stanislas Zoumbeti et Étienne Malekoudou, le pouvoir a sorti l’artillerie lourde : de l’argent en liquide, de la monnaie sonnante et trébuchante.

À l’URCA d’Anicet Georges Dologuélé, la défection d’André Nalké Dorogo a illustré cette même entreprise de déstabilisation.

Le RDC, parti du défunt président André Kolingba et de son fils Désiré Kolingba, n’a pas non plus été épargné.

Mais la lune de miel avec ces traîtres à leur propre camp est de courte durée. Comme le constatent aujourd’hui de nombreux observateurs à Bangui, une fois la basse besogne accomplie, ces cadres dissidents sont impitoyablement jetés à la poubelle de l’histoire, traités comme des résidus de table dont même les chiens ne voudraient pas, laissant couler des larmes de poisson sur leurs visages.

 

Les larmes des dissidents du MLPC

Selon des sources proches du Palais de la Renaissance, le mépris de Touadéra envers les dissidents du MLPC aurait désormais viré à l’indifférence totale. Le chef de l’État leur reprocherait de ne pas avoir atteint les objectifs politiques qui leur avaient été implicitement assignés : évincer Martin Ziguélé de la tête du MLPC et offrir au pouvoir au moins un député élu sous la bannière de leur dissidence.

Face à l’échec de cette stratégie, Touadéra a coupé les ponts avec ces anciens alliés, ignorant désormais leurs attentes politiques.

Cette prise de distance brutale a profondément affecté certains d’entre eux, notamment Jackson Mazette, Etienne Malekoudou, Stanislas Zoumbeti et Chantal Jean Édouard Koyambonou, qui se retrouveraient aujourd’hui politiquement isolés après avoir rompu avec leur formation politique d’origine.

 

Le coup de force du Ledger : l’Assemblée nationale mise au pas

Le véritable tournant de cette rupture autoritaire se serait joué lors d’une réunion stratégique organisée à l’Hôtel Ledger de Bangui. En coulisses, une lutte d’influence opposait plusieurs figures du MCU. Il faut se le rappeler.

Simplice Mathieu Sarandji, secrétaire exécutif du parti présidentiel, cherchait à consolider sa position face à son rival potentiel pour le perchoir, Évariste Ngamana, surnommé le « marabout de Carnot », en référence à son frère aîné réputé dans cette ville de l’ouest du pays.

Pour consolider ses arrières et s’assurer un bouclier face au « marabout de Carnot », Sarandji avait lui-même convoqué les députés du parti MOUNI à cette assise, comptant fermement sur leur soutien. C’était sans compter sur l’agenda personnel de l’Empereur-Président. Faustin-Archange Touadéra est arrivé à cette réunion avec une vision purement dictatoriale déjà arrêtée.

Refusant tout jeu d’alliance, Touadéra a littéralement chassé avec une violence politique inouïe, tous les élus du parti MOUNI qui se trouvaient dans la salle, comme un père de famille qui chasse son chien qui se retrouve sur son canapé au salon. S’imposant devant les députés médusés, l’Empereur-Président a dicté sa loi : ils ne devaient voter que pour les noms inscrits sur la liste unique qui leur serait présentée. Le verrouillage a été total

La réunion de l’Hôtel Ledger a produit l’effet escompté : tous les membres du bureau de l’Assemblée nationale ont été élus sans véritable concurrence. Pendant que les députés du parti MOUNI digéraient encore leur humiliation, refusant de présenter des candidatures au sein de ce bureau, le député indépendant Bernard Dilla, qui espérait retrouver son poste de vice-président, a tenté sa chance, mais il a lui aussi subi une cuisante défaite

 

L’ingratitude politique : le cas Thierry Kamach

Peu après l’humiliation de l’Hôtel Ledger, ce fut au tour du leader du parti, Thierry Kamach, d’avoir sa dose en grande quantité. Dans la foulée, le leader du MOUNI et ancien ministre a été exclu du gouvernement Moloua 3, sans aucune explication officielle.

Selon plusieurs sources proches du pouvoir, une justification officieuse aurait toutefois circulé : Kamach aurait été écarté parce qu’il avait choisi de se présenter aux législatives et qu’il devait désormais se contenter de son mandat parlementaire.

Une explication qui a rapidement suscité incompréhension et sarcasmes dans les milieux politiques de Bangui, plusieurs autres ministres élus députés ayant pourtant été reconduits au gouvernement.

Pour de nombreux observateurs, cette justification apparaît surtout comme un prétexte destiné à masquer une volonté politique plus profonde : celle d’écarter progressivement des alliés devenus encombrants après avoir servi les intérêts du régime.

Pourtant, le MOUNI et son leader avaient largement contribué au soutien politique du référendum constitutionnel controversé ainsi qu’au processus électoral qui a suivi. Une fois le pouvoir consolidé, l’allié d’hier semble désormais devenu indésirable.

Depuis, c’est le silence total du côté du Palais de la Renaissance à l’égard du MOUNI.

Un avertissement clair

Ces événements envoient un message limpide : en Centrafrique, les alliances avec Touadéra semblent avoir une durée limitée. Qu’il s’agisse d’opposants ralliés ou d’alliés de longue date, l’utilité politique paraît désormais temporaire. Le pouvoir utilise, fragilise puis écarte.

Face à cette succession de purges et de règlements de comptes politiques, l’inquiétude grandit jusque dans les cercles du pouvoir à Bangui.

Comme le résume un activiste de la capitale :« À qui le prochain tour ? »

Une question qui résonne désormais comme un avertissement pour tous ceux qui pensent encore pouvoir pactiser durablement avec le régime en place.

 

Affaire à suivre…

Par Gisèle MOLOMA

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