Budget agricole 2025 : Touadéra peut-il expliquer la disparition de 21 milliards de FCFA ? Où est passée cette somme? Wagner, campagne électorale ou corruption ?

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Budget agricole 2025 : Touadéra peut-il expliquer la disparition de 21 milliards de FCFA ? Où est passée cette somme? Wagner, campagne électorale ou corruption ?

 

Budget agricole 2025 : Touadéra peut-il expliquer la disparition de 21 milliards de FCFA ? Où est passée cette somme? Wagner, campagne électorale ou corruption ?
Hervé Ndoba, ministre des finances et du budget de la Centrafrique

 

Rédigé le 08 mars 2026 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

 Le rapport d’exécution budgétaire du deuxième trimestre 2025 vient de dévoiler un scandale d’une ampleur stupéfiante. Sur les 21,4 milliards de francs CFA budgétisés pour le secteur agricole en 2025, seulement 26 millions ont été effectivement payés au 30 juin. Un taux d’exécution catastrophique de 0,12%. Pas 12%, pas 1,2%, mais zéro virgule douze pour cent.

 

Dans un pays où plus de 70% de la population vit de l’agriculture, où la sécurité alimentaire reste précaire, où le développement rural constitue théoriquement une priorité nationale, cette non-exécution du budget agricole équivaut à une condamnation à mort économique pour des millions de Centrafricains.

 

La question s’impose : où sont passés les 21,37 milliards de francs CFA qui n’ont pas été dépensés ? Cette somme colossale a-t-elle été réaffectée discrètement ? A-t-elle servi à financer d’autres postes budgétaires non prévus ? A-t-elle été détournée ? Le rapport budgétaire reste muet sur le devenir de cet argent fantôme.

 

Le secteur agricole n’est malheureusement pas une exception dans ce désastre budgétaire. L’analyse complète du rapport montre une catastrophe touchant tous les secteurs productifs de l’économie centrafricaine. Les combustibles et l’énergie affichent un taux d’exécution dérisoire de 2,93% avec seulement 93 millions payés sur 3,2 milliards prévus. Les industries extractives ne font guère mieux avec 2,43% d’exécution – 130 millions payés sur 5,3 milliards budgétisés.

 

Le secteur du logement et des équipements collectifs atteint des sommets dans l’absurde. Sur les 206 millions prévus pour le logement, seulement 2,5 millions ont été dépensés, soit 1,22% d’exécution. Quant à la recherche et développement dans le logement, c’est encore plus caricatural : 500 000 francs prévus, zéro franc dépensé. Une exécution de 0%.

 

Cette catastrophe touche l’ensemble de la catégorie “Affaires économiques” qui regroupe tous les secteurs productifs. Sur 30,6 milliards prévus, seulement 1,28 milliard a été effectivement payé, soit un taux d’exécution de 4,18%. Les quatre cinquièmes de l’argent destiné au développement économique du pays n’ont tout simplement pas été dépensés.

 

Pendant que les secteurs productifs agonisent faute de financement, d’autres postes budgétaires se portent remarquablement bien. La défense affiche un taux d’engagement de 60,85%. Les services généraux de l’administration tournent normalement. La santé et l’éducation maintiennent des taux d’exécution acceptables autour de 40-50%.

 

Cette disparité démolit l’argument officiel du “manque généralisé de moyens”. Si le gouvernement peut exécuter correctement le budget de la défense et de l’administration, pourquoi ne peut-il pas faire de même pour l’agriculture et les secteurs productifs ? Cette question embarrassante mérite une réponse claire que le rapport budgétaire n’apporte pas.

 

Le rapport lui-même avance trois explications officielles pour justifier cette débâcle. Premièrement, les “retards dans la mise en œuvre des projets financés sur fonds internes, souvent liés à des procédures d’engagement et de passation de marchés”. Cette excuse bureaucratique ne tient pas la route. Comment expliquer que ces mêmes procédures fonctionnent correctement pour la défense mais paralysent complètement l’agriculture ?

 

Deuxièmement, le “contingentement de certaines dépenses en vue de respecter les critères quantitatifs des revues combinées du programme FEC du FMI”. Cette explication est probablement la plus proche de la vérité, mais elle est politiquement explosive. Elle signifie que le gouvernement centrafricain sacrifie délibérément les investissements productifs pour satisfaire les exigences du Fonds Monétaire International.

 

Troisièmement, la “faible mobilisation des ressources extérieures”. Sur 136,4 milliards d’appuis projets prévus, seulement 23,4 milliards ont été mobilisés, soit 17,19%. Cette défaillance dans la mobilisation des financements extérieurs témoigne soit d’une incompétence diplomatique, soit d’une perte de confiance des bailleurs de fonds, soit des deux.

 

Le rapport évoque également des “difficultés à collecter les données relatives à l’exécution des dépenses financées sur ressources extérieures dues à un manque de synergies entre les Unités de Gestion de Projets et la chaîne d’exécution budgétaire”. Traduction : les différentes structures censées gérer l’argent ne se parlent pas, ne se coordonnent pas, et personne ne sait vraiment où va l’argent.

 

Cette désorganisation institutionnelle ouvre la porte à toutes les dérives. Quand les circuits de financement sont opaques, quand les UGP fonctionnent en silos isolés, quand la traçabilité des fonds est impossible, la corruption prospère nécessairement.

 

Une question se pose : ces 21 milliards non dépensés dans l’agriculture ont-ils servi à financer d’autres priorités du régime ? Les mercenaires de Wagner coûtent cher. Les campagnes électorales truquées nécessitent des moyens considérables. Le maintien du réseau clientéliste du MCU exige des financements importants. L’argent destiné aux paysans centrafricains a-t-il été réaffecté discrètement à ces postes non budgétisés ?

 

Le rapport budgétaire ne répond évidemment pas à cette question. Mais l’opacité même qui entoure le devenir de ces milliards non dépensés alimente les soupçons. Dans un pays où la corruption gangrène toutes les institutions, où les détournements de fonds publics sont monnaie courante, où l’impunité règne pour les voleurs en col blanc, ces soupçons ne relèvent pas de la paranoïa mais du simple bon sens.

 

Les conséquences de cette non-exécution budgétaire sont dramatiques pour les populations rurales. Les programmes de développement agricole promis ne se matérialisent pas. Les semences améliorées n’arrivent pas. Les intrants agricoles restent inaccessibles. Les infrastructures rurales ne se construisent pas. Les paysans centrafricains continuent de cultiver avec des méthodes ancestrales faute d’appui technique et financier.

 

Cette situation compromet la sécurité alimentaire du pays pour les années à venir. Sans investissements agricoles, pas de modernisation. Sans modernisation, pas d’augmentation de la productivité. Sans productivité accrue, le pays reste dépendant des importations alimentaires et de l’aide humanitaire.

 

Le tableau est encore plus sombre pour le ministère du Développement Rural dans son ensemble. Sur un budget total de 29,4 milliards, seulement 3 milliards ont été exécutés, soit 10,47%. Les investissements agricoles spécifiquement prévus à hauteur de 27,2 milliards n’ont été exécutés qu’à 6,61% avec seulement 1,8 milliard dépensé.

 

Cette catastrophe budgétaire se répète année après année. Le rapport indique explicitement que ces problèmes sont “récurrents”. Ce n’est donc pas un accident ponctuel mais une politique délibérée ou une incompétence chronique, ce qui revient au même pour les victimes.

 

Le régime MCU a fait un choix clair, même s’il ne l’avoue pas publiquement : privilégier les dépenses de fonctionnement, de sécurité et de maintien du pouvoir au détriment des investissements productifs qui bénéficieraient réellement aux populations. Cette orientation budgétaire condamne le pays à rester un État rentier vivant de l’aide internationale plutôt qu’un pays productif capable de nourrir sa population.

 

Les contraintes du programme FMI, invoquées dans le rapport, posent également question. Si le respect des critères du FMI oblige le gouvernement à geler les investissements agricoles, alors ce programme sert-il vraiment l’intérêt du pays ? Un programme économique qui sacrifie le développement rural au profit de ratios budgétaires abstraits ne mérite-t-il pas d’être renégocié ?

 

Le gouvernement centrafricain porte l’entière responsabilité de cette catastrophe. C’est lui qui a accepté les conditionnalités du FMI. C’est lui qui a choisi de contingenter les dépenses agricoles. C’est lui qui a échoué à mobiliser les financements extérieurs promis. C’est lui qui maintient des structures bureaucratiques dysfonctionnelles qui paralysent l’exécution budgétaire.

 

Au final, ce rapport budgétaire du deuxième trimestre 2025 constitue un acte d’accusation accablant contre la gestion économique du régime Touadéra. Il démontre chiffres à l’appui que le développement rural n’est qu’un slogan creux, que les promesses de soutien à l’agriculture restent lettre morte, et que l’argent budgétisé pour les secteurs productifs disparaît mystérieusement sans que personne ne puisse expliquer où il est passé.

 

Les 21 milliards fantômes de l’agriculture centrafricaine symbolisent parfaitement ce régime : des budgets impressionnants sur le papier, une exécution catastrophique sur le terrain, une opacité totale sur le devenir des fonds, et au final, des populations abandonnées à leur sort pendant que l’argent public se volatilise dans les méandres d’une administration corrompue et incompétente.​​​​​​​​​​​​​​​​

 

Par Alain Nzilo

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