Am Dafock : quand Nourredine Adam et ses hommes tombent dans le piège monté par Wagner

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L’attaque d’Am Dafock, le 30 juin, suivie de la reprise de la ville une semaine plus tard par Wagner et ses supplétifs russes noirsconfirment un scénario préparé en amont par le groupe Wagner.

 

Une attaque annoncée deux jours avant son déclenchement

 

Située à environ 65 kilomètres de Birao, dans la préfecture de la Vakaga, Am Dafock se trouve à la frontière avec le Soudan. Le 30 juin, une coalition de groupes armés attaque la ville. Les combats provoquent d’importants dégâts et des pillages. Les forces de défense et de sécurité intérieure présentes sur place se replient alors dans la base de la MINUSCA par un sauve qui peut.

 

Am Dafock : quand Nourredine Adam et ses hommes tombent dans le piège monté par Wagner
Les rebelles qui patrouillent la ville d’Amdafock à 60km de Birao

 

Des éléments armés liés au FPRC de Nourredine Adam participent à l’opération. Pour les hommes engagés sur le terrain, l’attaque s’inscrit dans une opération militaire visant les positions gouvernementales. Les éléments recueillis par l’enquête du CNC montrent pourtant que Wagner connaît à l’avance le déroulement de l’offensive.

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Avant l’attaque, Dimitri Sityi, chef des mercenaires russes prend contact avec le capitaine commandant le détachement des forces nationales déployé à Am Dafock. Ils l’informent de l’imminence de l’opération et lui communiquent le calendrier prévu, notamment la date et l’heure du déclenchement.

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Le capitaine confirme alors que les forces présentes sont informées de la situation. Cet échange, dont les éléments ont circulé sur les réseaux sociaux, constitue un point central dans la reconstitution des événements. Wagner ne découvre donc pas l’offensive au moment où celle-ci commence. Les mercenaires russes disposent déjà d’informations précises sur l’opération.

 

Des relais au sein du FSR soudanais pour préparer l’opération

 

La position géographique d’Am Dafock donne une importance particulière aux réseaux établis de part et d’autre de la frontière. La ville se trouve à proximité des zones d’activité des groupes armés soudanais et des forces engagées dans le conflit au Soudan.

 

Wagner dispose depuis plusieurs années de contacts avec différents acteurs armés soudanais, notamment au sein du FSR. Ces relations lui permettent de maintenir des relais dans les zones frontalières et de suivre les mouvements des groupes armés opérant autour de la Vakaga. Les réseaux liés au FPRC de Nourredine Adam disposent également de contacts au sein même de ce FSR piloté par Wagner en RCA.

 

Selon les éléments recueillis par l’enquête du CNC, ces relais au sein du FSR a servi à faciliter la mise en place de l’opération contre Am Dafock le 30 juin dernier. Le dispositif repose alors sur une attaque présentée comme une initiative des groupes armés, tandis que Wagner, auteur de cette manœuvre,  conserve une connaissance préalable de son déroulement.

 

Cette organisation planifiée donne aux mercenaires russes la possibilité d’anticiper l’effondrement du dispositif sécuritaire présent dans la ville et de préparer leur propre intervention.

 

Nourredine Adam pris dans son propre dispositif

 

Le piège repose surtout sur la différence entre ce que pensent les combattants de cette coalition engagés dans l’opération et ce que Wagner cherche à obtenir.

 

Les éléments du FPRC et des groupes armés associés à l’attaque ne disposent pas, selon l’enquête du CNC, de la vision complète du scénario. Ils pensent participer à une opération militaire destinée à prendre le dessus sur les forces gouvernementales. Ils ignorent que l’attaque, selon nos enquêtes, sert en premier les intérêts de Wagner.

 

L’objectif recherché par les mercenaires russes consiste alors à laisser se créer une situation de crise suffisamment importante pour justifier une intervention spectaculaire et justifier leur présence sur le territoire centrafricain. La chute temporaire d’Am Dafock devient ainsi le point de départ d’une seconde opération : celle de la reconquête.

 

Une semaine après l’attaque, Wagner revient avec ses supplétifs, notamment des éléments de l’UPC, ainsi qu’avec des soldats FACA. La force russe engage alors l’opération permettant de reprendre la ville aux groupes armés qui l’avaient occupée.

 

La séquence est alors complète : les groupes armés attaquent, les forces nationales se replient, la ville tombe, puis Wagner intervient pour la récupérer.

 

Une reconquête qui sert la stratégie du pouvoir et les intérêts de Wagner

 

La reprise d’Am Dafock produit immédiatement un effet politique à Bangui. Le pouvoir centrafricain donne à l’opération une visibilité exceptionnelle. Le président Faustin-Archange Touadéra, avant de se rendre personnellement à Am Dafock, reçoit une clique des mafieux musulmans dirigé par Rator pour faire une déclaration spectaculaire. En suite, il se rend à Am Dafock et prononce plusieurs discours.

 

Le chef d’état-major des armées intervient également dans la communication autour de l’opération. Il se rend luiaussi  à Am Dafock pour la première fois de son histoire.  Des députés et plusieurs responsables proches du pouvoir prennent à leur tour position. Am Dafock devient alors un événement politique majeur, au-delà de son importance militaire réelle.

 

Cette réaction contraste avec celle observée lors de précédentes attaques contre des villes ou des localités centrafricaines. Des populations ont été tuées, des villes occupées puis reprises et des forces nationales mises en difficulté sans provoquer une mobilisation présidentielle comparable.

 

Dans le cas d’Am Dafock, le déplacement du président permet surtout de présenter la reconquête comme une victoire majeure et de mettre en avant la capacité des forces russes du groupe Wagner à rétablir rapidement le contrôle de l’État.

 

Wagner transforme la crise en démonstration de force

 

Le scénario produit ainsi un résultat particulièrement favorable aux mercenaires russes. Une ville frontalière est attaquée. Les forces nationales ne parviennent pas à empêcher son occupation. Wagner intervient ensuite aux côtés des forces centrafricaines et participe directement à sa reconquête.

 

Le message politique devient alors évident : sans l’appui militaire russe, le pouvoir centrafricain aurait davantage de difficultés à reprendre certaines zones stratégiques du pays.

 

Pour Wagner, cette démonstration intervient à un moment particulièrement sensible. Moscou cherche à réorganiser son dispositif militaire et sécuritaire en Afrique à travers Africa Corps, avec l’objectif de placer les opérations russes sous une nouvelle structure.

 

En Centrafrique, cette réorganisation se heurte aux intérêts déjà installés de Wagner depuis 2018. Les mercenaires russes disposent de réseaux militaires, économiques et politiques qu’un remplacement brutal pourrait fragiliser.

 

Le bras de fer autour du départ de Wagner

 

Selon les éléments de l’enquête du CNC, le maintien de Wagner en Centrafrique constitue précisément l’un des principaux enjeux des discussions entre Bangui et Moscou, et l’attaque d’Am Dafock montée par Wagner va servir d’argument à Touadera.

 

Comme vous le savez tous, Wagner refuse de quitter le pays sans compensation pour les investissements et les dépenses engagés depuis son arrivée en 2018. Le montant avancé dans les négociations atteint environ 900 milliards de francs CFA.

 

À cette exigence s’ajoute le coût du nouveau dispositif russe. Moscou demande 15 millions de dollars par mois pour assurer son déploiement et son fonctionnement en Centrafrique au tour d’Africacorps. Pour Bangui, le coût d’un remplacement complet de Wagner devient alors particulièrement élevé.

 

Le pouvoir centrafricain se retrouve ainsi entre deux exigences : répondre aux demandes de Moscou et préserver l’appui militaire de Wagner, dont les réseaux sont déjà implantés dans le pays.

 

Am Dafock comme argument dans les négociations avec Moscou

 

C’est dans ce contexte que l’opération d’Am Dafock prend une dimension stratégique beaucoup plus importante.

 

En démontrant que Wagner peut anticiper une attaque, mobiliser rapidement ses hommes, intervenir avec les forces nationales et reprendre une ville frontalière, l’opération fournit un argument aux responsables centrafricains qui souhaitent maintenir les mercenaires russes sur le terrain.

 

La forte communication organisée après la reprise renforce cette démonstration. Le déplacement de Touadéra, les déclarations officielles et la mobilisation des responsables politiques contribuent à présenter Wagner comme un acteur incontournable de la sécurité nationale.

 

L’opération permet donc de transformer une crise sécuritaire en argument politique : Wagner n’est plus seulement présenté comme une force étrangère présente en RCA, mais comme une force dont le retrait créerait un risque immédiat pour le contrôle territorial du pays.

 

Africa Corps arrive, Wagner ne disparaît pas

 

La solution finalement recherchée par Moscou ne correspond pas à un remplacement complet de Wagner. Africa Corps doit entrer dans le dispositif centrafricain, mais les réseaux déjà constitués par Wagner doivent rester en place.

 

Selon les informations recueillies par le CNC, Africa Corps doit principalement établir sa présence à Bangui, tandis que Wagner conserve une partie de ses positions militaires et surtout de ses intérêts économiques.

 

Le secteur minier constitue l’un des principaux enjeux de cette réorganisation. Les activités économiques développées autour de l’exploitation des ressources naturelles, ainsi que les structures commerciales associées au dispositif russe, doivent rester dans l’orbite de Wagner.

 

Cette configuration permettrait à Moscou d’introduire Africa Corps dans le pays sans démanteler immédiatement l’empire économique et militaire construit par Wagner depuis 2018.

 

Une opération militaire au service d’un enjeu russe

 

L’affaire d’Am Dafock dépasse donc largement le conflit entre les forces gouvernementales et les groupes armés présents dans la Vakaga.

 

L’élément central de l’enquête réside dans la connaissance préalable de l’attaque par Wagner, dans les contacts établis autour de la frontière soudanaise et dans l’intervention des mercenaires russes une semaine après la prise de la ville.

 

Nourredine Adam et les éléments armés engagés dans l’offensive pensent mener une opération contre le pouvoir centrafricain. Wagner, de son côté, dispose des informations nécessaires pour anticiper l’attaque et intervient ensuite pour reprendre la ville. La séquence permet aux Russes de démontrer leur utilité militaire au moment même où Moscou prépare l’arrivée d’Africa Corps.

 

À Bangui, la réaction présidentielle et la communication officielle donnent à cette reconquête une portée nationale. À Moscou, l’épisode apporte un argument supplémentaire en faveur du maintien d’une partie du dispositif Wagner en Centrafrique.

 

Am Dafock apparaît ainsi comme le point de rencontre de trois enjeux : la lutte pour le contrôle de la Vakaga, le bras de fer entre Wagner et les groupes armés qui opèrent dans la région, et la bataille engagée autour du futur dispositif russe en République centrafricaine.

 

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Fiche auteur : Alain NziloFonction Fondateur et directeur de publication de Corbeau News Centrafrique Journaliste d’investigationIdentité Journaliste centrafricain, né à Bangui. Créateur du groupe média Corbeau News Centrafrique, lancé en 2014.Formation Master en management des médias, École supérieure d’Action et de recherche commerciale, France Maîtrise en communication et médias, Université de Sherbrooke, Québec, Canada Doctorat en administration des affaires, option communication et médias, Université du Québec à Trois-Rivières, CanadaSpécialités Enquêtes d’investigation Analyses politiques africaines Crises sécuritaires en Centrafrique Politiques économiques africainesDescription Alain Nzilo est un journaliste spécialisé dans l’investigation et l’analyse politique. Son média, Corbeau News Centrafrique, est reconnu pour ses enquêtes sur les crises sécuritaires et les enjeux politiques du pays. Il est régulièrement cité par des institutions internationales comme source indépendante.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine Téléphone : +236 75 72 18 21 Email : alainnzilo@gmail.com