Minusca à Bouar : Quand Antoine Raphaël transforme cette mission de paix à une machine d’exploitation et de terreur

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Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Depuis son déploiement en République centrafricaine en 2014, la MINUSCA devrait incarner l’espoir d’une stabilisation. Pourtant, derrière les discours officiels sur la protection des civils et le maintien de la paix, une réalité autrement plus sombre se dessine : celle d’une institution gangrenée par la corruption et l’exploitation de ses employés centrafricains.
Rappelons le, à Bangui, nos investigations ont déjà révélé l’ampleur du scandale. Pendant six années, des centaines de journaliers ont été payés 20 000 francs CFA alors que leurs bulletins de paie affichaient 36 000 francs. Des contractuels licenciés abusivement après avoir réclamé leurs droits. Des superviseurs expatriés – Tony Mushimbete, Ali Lumanisha et d’autres – qui se protègent mutuellement, instaurant un climat de terreur pour étouffer toute contestation.

Mais ce système d’exploitation ne se limite pas à la capitale. Dans les villes de province, loin des regards et des éventuels contrôles, les abus atteignent des proportions encore plus inquiétantes. Les responsables de la MINUSCA le savent : en province, ils peuvent tout se permettre. La distance géographique, l’isolement des victimes et l’absence de relais médiatiques leur garantissent une impunité quasi-totale.
Bouar, préfecture de la Nana-Mambéré, dans l’ouest du pays, est devenue l’exemple même de cette exploitation particulièrement criminelle. Au centre de ce système se trouve Antoine Raphaël, ressortissant haïtien arrivé en Centrafrique en 2014. Recruté initialement comme Camp Manager à Bangui, ce dernier s’est rapidement distingué par ses méthodes de manipulation et d’abus de pouvoir au quartier général de la mission. Loin d’être sanctionné pour ses pratiques douteuses à Bangui, Antoine Raphaël a au contraire été “récompensé”. En novembre 2021, la MINUSCA l’a relocalisé à Bouar pour y poursuivre, et même intensifier, ses manœuvres d’exploitation. Cette nomination n’est pas un hasard : elle s’inscrit dans une logique de protection mutuelle entre expatriés qui caractérise le fonctionnement interne de la mission.
À Bouar, Antoine Raphaël bénéficie d’un appui indéfectible de deux complices centrafricains : Juvrand Eutel Kolondengue, son assistant administratif, et Sandrine Yapoutou. Ce trio forme une véritable cellule mafieuse au sein du bureau de la MINUSCA de Bouar. Ils ont mis en place un système de détournement et d’extorsion d’une ampleur grave.
Les pratiques de ce groupe sont d’une précision quasi-industrielle. Première technique : la falsification pure et simple des documents de paie. Les bulletins remis aux journaliers ne correspondent jamais aux montants réellement versés. Certains travailleurs se voient ainsi soustraire 10 000 francs CFA, d’autres 15 000, 20 000 ou même 35 000 francs CFA sur leur salaire mensuel. C’est du vol caractérisé, organisé, répété mois après mois.

Le détournement ne s’arrête pas là. Chaque mois, des absents et même des personnes décédées sont enregistrés comme présents sur les fiches de présence. Cette falsification permet au groupe de détourner environ 25% du budget destiné aux journaliers de Bouar. Avec un effectif de plusieurs dizaines de travailleurs, ce vol représente des millions de francs CFA sur l’année. L’argent destiné aux familles centrafricaines finit dans les poches d’Antoine Raphaël et de ses complices.
Le recrutement lui-même est devenu une source de profit. Antoine Raphaël a instauré un système de monnayage : pour être embauché comme journalier à Bouar, il faut verser 50 000 francs CFA. Cette pratique transforme l’accès à l’emploi en un racket organisé par ce clan mafieux digne des trafiquant colombien. Dans un pays où le chômage touche la majorité de la population active, ce responsable haïtien de la MINUSCA se permet de vendre les postes qui devraient revenir gratuitement aux Centrafricains.
Antoine Raphaël favorise méthodiquement le recrutement de journaliers venus de Bangui au détriment de la population de Bouar. Cette stratégie vise un double objectif : d’une part, contrôler une main-d’œuvre déracinée et donc plus vulnérable aux pressions ; d’autre part, priver les habitants de Bouar de revenus qui devraient légitimement leur revenir. Pourquoi privilégier des travailleurs de Bangui alors que Bouar compte des centaines de jeunes qualifiés sans emploi ? La réponse est simple : les déracinés sont plus faciles à manipuler, moins susceptibles de se plaindre aux autorités locales, plus isolés face aux abus.
Une fois recrutés et rançonnés, les journaliers découvrent un environnement de travail digne d’un régime autoritaire. Antoine Raphaël impose une pression extrême sur ses employés, les contraignant à travailler bien au-delà des heures normales sans compensation. Toute contestation, toute demande de respect des conditions contractuelles, est immédiatement réprimée. Le Camp Manager règne par la terreur. Il a littéralement assujetti les travailleurs centrafricains, exigeant d’eux une soumission totale.
Certains témoignages recueillis par la rédaction du CNC à Bouar évoquent une atmosphère où les employés doivent remercier leur “bienfaiteur” pour des salaires volés, accepter en silence l’injustice quotidienne, se soumettre à l’arbitraire permanent. Cette dictature de bureau se déroule au su et au vu des superviseurs hiérarchiques d’Antoine Raphaël. Mais ces derniers, eux-mêmes expatriés et probablement bénéficiaires du système, restent totalement impuissants – ou plutôt, totalement complices – face à ces violations des droits et de la dignité des Centrafricains.
Alors, on peut légitimement se demander à quoi sert réellement la MINUSCA en Centrafrique. Si cette mission onusienne, financée par des centaines de millions de dollars, devient un instrument d’exploitation et d’appauvrissement des populations qu’elle est censée protéger, alors sa légitimité même est remise en cause. Maintien de la paix ou maintien du désordre ? Nous n’avons plus la réponse claire.
Face à l’ampleur des détournements constatés tant à Bangui qu’à Bouar, une solution technique s’impose avec urgence : il faut immédiatement abandonner les paiements en espèces pour les journaliers. Que ce soit à Bangui ou dans les villes de province, le système actuel permet tous les abus. L’argent liquide transite par trop de mains, laisse trop peu de traces, et offre une opportunité idéale pour les prédateurs comme Antoine Raphaël.
Le paiement par Orange Money ou par virement bancaire direct doit devenir la norme. Ces systèmes laissent des traces vérifiables. Chaque transaction est enregistrée. Les intermédiaires malhonnêtes ne peuvent plus prélever leur dîme au passage. Les victimes disposent enfin d’une preuve tangible du montant réellement versé, qu’elles peuvent confronter à leurs bulletins de paie. Cette réforme est d’autant plus urgente que la MINUSCA elle-même dispose des moyens techniques pour la mettre en œuvre. L’argument selon lequel Orange Money ne fonctionnerait pas en province ne tient pas : des solutions existent, et si la mission consacrait ne serait-ce qu’une fraction des sommes détournées à améliorer l’infrastructure de paiement, le problème serait résolu.
Ce qui rend le cas de Bouar particulièrement révoltant, c’est le sentiment d’impuissance totale des autorités locales et même des cadres centrafricains de la MINUSCA. Antoine Raphaël et ses complices agissent en toute tranquillité, protégés par leur statut d’agents onusiens et par la solidarité de leurs superviseurs expatriés. Personne ne parle, personne ne dénonce, comme si ce silence était la règle dans cette institution censée incarner les valeurs des Nations Unies.
Les victimes centrafricaines n’ont aucun recours. Elles ne peuvent pas se plaindre en interne sans risquer des licenciement immédiats. Elles ne peuvent pas saisir les autorités locales, car la MINUSCA bénéficie de privilèges et immunités qui la placent au-dessus des lois centrafricaines. Elles ne peuvent même pas alerter l’opinion publique sans s’exposer à un licenciement brutal. Cette situation crée un système à deux vitesses inacceptable : d’un côté, des expatriés qui jouissent d’une impunité totale et s’enrichissent sur le dos des Centrafricains ; de l’autre, des travailleurs locaux privés de leurs droits les plus élémentaires, réduits à un statut de quasi-servitude moderne.
Les Nations Unies doivent enfin ouvrir les yeux sur les pratiques criminelles qui gangrenent leur mission en Centrafrique. Une enquête indépendante s’impose sur le cas d’Antoine Raphaël et de tous les responsables impliqués dans ce système d’exploitation. Les victimes doivent être indemnisées. Les coupables doivent être sanctionnés et renvoyés. Le système de paiement doit être réformé immédiatement pour garantir la traçabilité et empêcher de tels abus à l’avenir.
Par Brahim….
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