De Touadéra à Wagner : comment fonctionne la chaîne de commandement des crimes en Centrafrique. Maître Larochelle a tout documenté dans sa communication devant la CPI

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De Touadéra à Wagner : comment fonctionne la chaîne de commandement des crimes en Centrafrique. Maître Larochelle a tout documenté dans sa communication devant la CPI

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Rédigé le 26 février 2026 .

Par : Alain Nzilo, Directeur de publication de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

 Il y a les exécutants. Et il y a les commanditaires. En République centrafricaine, depuis 2018, des milliers de civils ont été massacrés, torturés, violés, pillés. Mais ces crimes ne sont pas le fait d’une violence anarchique ou de groupes armés incontrôlés. Ces crimes sont le produit d’un système organisé, hiérarchisé, centralisé, dont la chaîne de commandement part du sommet de l’État et s’étend jusqu’aux mercenaires du Groupe Wagner, aux Forces armées centrafricaines (FACA), aux Forces de sécurité intérieure (FSI), à la Garde Présidentielle et à la milice présidentielle des “Requins”.

 

La communication déposée le 8 octobre 2025 à la Cour pénale internationale (CPI) établit pour la première fois, de manière détaillée et documentée, comment fonctionne cette chaîne de commandement. Elle identifie les noms, les fonctions, les relations hiérarchiques. Elle démontre que chaque ordre est attribué à la Présidence et qu’aucun ordre donné par le cercle restreint de Touadéra ou par un Dirigeant de Wagner ne peut être contesté par les subordonnés. Elle prouve que Touadéra, son cercle restreint et les Dirigeants de Wagner n’ont mis en place aucune action punitive ou préventive vis-à-vis des exactions commises par leurs subordonnés.

 

Cette chaîne de commandement engage la responsabilité pénale individuelle de chacun de ses maillons au sens de l’article 28 du Statut de Rome de la CPI, qui criminalise le fait pour un supérieur hiérarchique de ne pas empêcher ou punir les crimes commis par ses subordonnés lorsqu’il en a connaissance et qu’il a le pouvoir de les arrêter. La communication à la CPI ne se contente pas de documenter les crimes. Elle établit qui a donné les ordres, qui a transmis les ordres, qui a exécuté les ordres, et qui a couvert les exécutants.

 

Au sommet de cette pyramide criminelle se trouve Faustin-Archange Touadéra, Président de la République centrafricaine, Chef suprême des armées, et Président du Conseil Supérieur de la Magistrature. En vertu de la Constitution centrafricaine, Touadéra exerce un pouvoir de jure sur l’ensemble de la chaîne de commandement militaire, sécuritaire et judiciaire. Il dispose également d’un pouvoir de facto sur les mercenaires du Groupe Wagner, les “Requins” et les miliciens soutenant son régime. En sa qualité de supérieur hiérarchique, Touadéra ne peut ignorer les exactions massives, systématiques et répétées commises par ses subordonnés, notamment les meurtres, actes de torture, disparitions forcées, détentions arbitraires et violences sexuelles, documentés à Bangui et dans les provinces.

 

Touadéra a sciemment usé d’un système pyramidal dans lequel les ordres sont transmis par des proches collaborateurs faisant partie d’un “cercle restreint” et par les Dirigeants du Groupe Wagner. Ces derniers entretiennent des relations étroites avec Touadéra et son cercle restreint. L’autorité militaire et sécuritaire est centralisée autour de Touadéra, de son cercle restreint et des Dirigeants de Wagner par l’exercice d’une chaîne de commandement structurée et contrôlée depuis le sommet de l’État qui a pour plan commun de préserver le régime Touadéra. Chaque ordre est attribué à la Présidence et aucun ordre donné par le cercle restreint de Touadéra ou un Dirigeant de Wagner ne peut être contesté par les subordonnés.

 

Une autorité politique proche de Touadéra, interrogée par les enquêteurs, a confirmé que les exactions sont faites pour protéger le pouvoir de Touadéra et que toute personne disposée à dénoncer les exactions reçoit pour ordre de se taire de la part de la Présidence. Cette déclaration est capitale : elle établit que Touadéra sait, que Touadéra ordonne le silence, et que Touadéra protège les auteurs des crimes.

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Le cercle restreint de Touadéra est composé de proches et de parents de son ethnie Ngbakamandja que Touadéra a placés à des postes-clés. On y trouve Sani Yalo, financier et conseiller spécial de Touadéra ; Claude Rameaux Bireau, neveu de Touadéra et Ministre de la Défense ; Arthur Bertrand Piri, neveu de Touadéra et ministre ; Jules Wananga, parent de Touadéra et homme-clé de la Garde Présidentielle ; Gervais Simplice Yarkokpa, parent de Touadéra et commandant de la Garde Présidentielle, Fidèle Gouandjika, ministre conseiller à la Présidence de la République. Mais le personnage le plus important de ce cercle restreint est sans conteste Hassan Bouba, ancien chef rebelle de l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC) devenu Ministre de l’Élevage et de la Santé Animale, et surtout interface privilégiée entre Touadéra et les Dirigeants de Wagner.

 

Dès 2018, Bouba transmettait les ordres reçus de Touadéra et des Dirigeants de Wagner à travers la chaîne de commandement de l’UPC. Bouba avait la mainmise sur les officiers militaires de l’UPC et tous les ordres opérationnels passaient par lui. Des anciens éléments de l’UPC ont confirmé que les massacres de Seko (21 mars 2018, 17 civils exécutés) et d’Alindao (15 novembre 2018, 112 morts) ont été commandités par Bouba. Après avoir rejoint le gouvernement en tant que ministre en janvier 2021, Bouba a été radié de l’UPC mais n’a pas quitté la scène militaire. Au contraire, il a facilité le recrutement et le déploiement d’ex-combattants de l’UPC dans le cadre d’opérations militaires contrôlées par le Groupe Wagner. Bouba a ainsi été placé à la tête des “Wagner noirs” dès 2018 et a opéré sous les instructions du Groupe Wagner.

 

Un bataillon d’infanterie territoriale, composé d’anciens miliciens de l’UPC recrutés par Bouba, opère au sein des FACA et agit pour le compte de la Présidence et du Groupe Wagner. Ces anciens miliciens ont été déployés dans des opérations militaires sous le commandement de mercenaires de Wagner, en particulier dans la préfecture de la Ouaka, et ont reçu des formations militaires prodiguées par Wagner à Berengo. Bouba est également impliqué dans le commandement d’exactions depuis qu’il est devenu ministre, en particulier le massacre de 9 exploitants chinois sur le site minier de Chimbolo le 19 mars 2023, qui a été commis  par les “Wagner noirs” sous la direction du Colonel Kiri (proche de Bouba et chef des “Wagner noirs”) et planifié avec l’appui de Bouba.

 

Jules Wananga et Gervais Yarkokpa, parents de Touadéra et membres de la Garde Présidentielle, occupent également un rôle substantiel au sein du cercle restreint de Touadéra. Vu leur proximité, Touadéra, Wananga et Yarkokpa s’échangent des informations et collaborent aux fins de la commission d’exactions par le biais des éléments affectés à la Garde Présidentielle. Wananga est aux commandes de la Garde Présidentielle même s’il n’en est pas le Directeur Général (DG) et ne reçoit d’ordres que de Touadéra ou des Dirigeants de Wagner. Le DG actuel de la Garde Présidentielle est le Général Igor Sérégaza et son prédécesseur était le Général Alfred Service, mais le véritable patron, c’est Wananga. Officiellement, Wananga occupe le poste d’aide de camp du DG de la Garde Présidentielle.

 

Touadéra transmet à Wananga la plupart de ses instructions. Wananga assistait déjà Touadéra lorsqu’il était Premier Ministre. Wananga exécute tout ce que Touadéra lui demande de faire, y compris lorsqu’il reçoit pour instructions de fomenter des enlèvements ou des assassinats. Wananga exerce également une influence substantielle sur l’unité de la Garde Présidentielle dirigée par Yarkokpa et a distribué des armes à des milices locales de Bangui qui ont ensuite été vues agir aux côtés d’unités de la Garde Présidentielle, telles que celle de Yarkokpa. Wananga joue un rôle crucial dans les missions de ratissage visant à éliminer les membres de l’ethnie gbaya à Bangui dans le cadre de la contre-offensive contre la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC). Wananga assure également le recrutement de membres de l’ethnie Ngbakamandja au sein de l’armée afin de créer une “force privée fidèle” à Touadéra.

 

Touadéra a notamment eu recours aux “Requins”,  la milice présidentielle dont Wananga fait partie en tant que membre de la Garde Présidentielle,  pour commettre de nombreuses exactions. En particulier, Touadéra a fait enlever l’ancien Chef d’État-Major des FACA, le Général Ludovic Ngaïfé, à son domicile, avec l’assistance d’éléments de Wagner, de la gendarmerie, de la police, des FACA, de la Garde Présidentielle et des “Requins”, avant de le placer en détention arbitraire à la Section de Recherches et d’Investigations (SRI) et au Camp de Roux. L’enlèvement et la détention de Ngaïfé ont fait partie de la chasse aux sorcières menée par le régime Touadéra à l’encontre des Gbayas. Selon un haut-gradé des FACA interrogé par les enquêteurs, l’aisance avec laquelle les éléments des “Requins” commettent des exactions à Bangui démontre que les “Requins” doivent bénéficier d’une couverture qui ne peut être que celle du Président de la République.

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Le parrain des parrain mafieux Gervais Simplice Yarkokpa, commandant de la garde présidentielle

 

Mais le cercle restreint de Touadéra ne suffit pas à expliquer le fonctionnement de la chaîne de commandement des crimes en RCA. Car au-dessus de ce cercle restreint, ou plutôt à côté de lui, se trouvent les Dirigeants du Groupe Wagner : Valery Zakharov, Dimitri Sytyi et Vitali Perfilev. Ces trois hommes entretiennent des relations étroites avec Touadéra et ses proches collaborateurs depuis 2017. Bien que le Groupe Wagner ne fasse officiellement partie d’aucune chaîne de commandement en RCA, les Dirigeants de Wagner ont reçu de Touadéra le pouvoir de donner des instructions aux ministres et aux hauts dirigeants centrafricains, tels que Claude Rameaux Bireau (Ministre de la Défense), Zéphirin Mamadou (Chef d’État-Major des FACA), Bienvenu Zokoué (Directeur Général de la Police) et Landry Ulrich Dépôt (Directeur Général de la Gendarmerie).

 

Les Dirigeants de Wagner ont également été habilités par Touadéra à transmettre des ordres d’opérations aux éléments appartenant aux FACA, aux FSI et à la Garde Présidentielle. Les mercenaires de Wagner peuvent ensuite sélectionner des éléments des FACA, de la Garde Présidentielle, de la police ou de la gendarmerie afin qu’ils les accompagnent dans leurs opérations. Les Dirigeants de Wagner ont dès lors été habilités de facto à exercer un contrôle effectif sur l’ensemble des autorités centrafricaines subordonnées à la Présidence, s’inscrivant dans une stratégie de consolidation à tout prix du pouvoir de Touadéra.

 

Valery Zakharov, un ancien agent de renseignement russe, a été détaché en RCA en tant que chef instructeur du Groupe Wagner dans le cadre d’une mission officielle. Dès son arrivée en RCA, Zakharov a occupé un poste de conseiller spécial de Touadéra en sécurité et a mis en place la mainmise de Wagner sur les institutions centrafricaines, telles que l’Assemblée Nationale et l’État-Major des FACA, jusqu’à son départ de RCA au milieu de l’année 2021. Zakharov a exercé un contrôle effectif et opéré comme un supérieur hiérarchique de facto. Sa connaissance et sa participation aux préparations d’exactions, telles que le massacre d’Alindao, sont documentées. Il disposait à la fois des moyens logistiques, de communication et de sanctions permettant d’altérer ou d’arrêter la perpétration des crimes. Son inaction constitue un défaut à ses obligations de prévention et de punition en tant que supérieur hiérarchique au sens de l’Article 28(a) et (b) du Statut de la CPI.

 

Dès le 13 décembre 2021, le Conseil de l’Union Européenne a placé sous sanctions le Groupe Wagner et Zakharov, décrivant ce dernier “comme un personnage clé de la structure de commandement du groupe Wagner” et déclarant que “compte tenu de sa position influente en RCA et de son rôle dirigeant au sein du groupe Wagner, il est responsable de graves atteintes aux droits de l’homme commises par le groupe Wagner en RCA, dont des exécutions et assassinats extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires”. Le 26 janvier 2023, Zakharov a également été placé sous sanction par le Département du Trésor américain sur base de son influence sur l’orientation stratégique du groupe Wagner en RCA et de son rôle de conseiller à la sécurité nationale auprès de Touadéra sur les questions de sécurité.

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Dimitri Sytyi est arrivé en RCA vers la fin septembre 2017. Sytyi a d’abord été l’assistant et traducteur de Zakharov, ce qui lui a permis de faire partie de toutes les rencontres stratégiques entre le Groupe Wagner et la Présidence centrafricaine. Sytyi a également accompagné Touadéra lors de certains déplacements en Russie, notamment au Forum économique international de Saint-Pétersbourg en mai 2018. Sytyi a rapidement occupé un rôle central dans l’organisation des opérations du groupe Wagner et des relations stratégiques du groupe avec le pouvoir centrafricain, faisant de lui “l’homme incontournable du pays”, à tel point que “Sytyi connaît tout le monde et tout le monde connaît Sytyi”.

 

Sytyi est devenu le leader du consortium de Wagner en RCA et gère tant le niveau militaire que les intérêts financiers de Wagner dans le pays. En tant que principal Dirigeant de Wagner en RCA, Sytyi a une connaissance effective des exactions qui ont été commises depuis l’arrivée du Groupe Wagner. Sytyi n’a mis en place aucune mesure de prévention ou de sanctions des exactions commises par ses subordonnés. De plus, suite au décès d’Evgueni Prigojine en août 2023, Touadéra avait demandé à la Russie de pouvoir continuer à travailler avec les représentants connus des autorités centrafricaines et avait spécifiquement exigé des assurances que Sytyi reste son partenaire en RCA, ce qui démontre le degré de collaboration entre Sytyi et Touadéra. À l’heure actuelle, Sytyi est non seulement considéré comme le nouveau patron officieux du groupe Wagner en RCA, mais également en Afrique dans sa globalité.

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Sytyi a été impliqué dans la structuration économique servant le Groupe Wagner en RCA et gère depuis lors les compagnies d’extraction minières qui appartiennent au Groupe Wagner, telles que Lobaye Invest, dont il était devenu actionnaire dès le 10 août 2018. Un témoin qui était en détention au Camp de Roux confirme avoir parlé à Sytyi depuis sa cellule. Sytyi avait dit au témoin qu’il avait personnellement contacté l’OCRB et la SRI afin d’opérer son transfert dans un autre établissement pénitentiaire. Un autre témoin détenu plusieurs mois à la SRI a vu régulièrement Sytyi se rendre à la SRI avec des mercenaires de Wagner afin d’y réquisitionner des gendarmes du Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) pour que ces derniers partent en opérations aux côtés des mercenaires de Wagner. Sytyi a également été placé sous sanctions par l’Union Européenne en 2023 et par le Département américain du Trésor dès septembre 2020 sur base de ses liens avec Prigojine dans le cadre des activités du Groupe Wagner en RCA.

 

Vitali Perfilev a été le bras droit d’Utkin (chef opérationnel du Groupe Wagner) en RCA où il était en charge de toutes les questions de sécurité et de défense jusqu’à son départ de RCA en juillet 2023. Perfilev a renforcé l’ancrage du Groupe Wagner dans les institutions sécuritaires de RCA et établi un réseau solide au sein de l’entourage de Touadéra, notamment auprès de Bireau, du chef du renseignement à la présidence Henri Wanzet-Linguissara, de Sérégaza (DG de la Garde Présidentielle), et de Zokoué (DG de la Police). En tant que responsable des opérations militaires du Groupe Wagner en RCA, Perfilev a disposé d’un contrôle direct sur la planification et l’exécution des opérations. Par sa position, Perfilev ne pouvait qu’avoir connaissance des exactions perpétrées par ses subordonnés et son inaction délibérée manifeste l’existence d’un manquement à l’obligation de prévenir ou de punir, engageant sa responsabilité pénale selon l’article 28. Perfilev a également été placé sous sanctions par l’Union Européenne en 2023.

 

Dès janvier 2021, Zakharov et Sytyi ont participé à des réunions relatives à la planification d’opérations militaires qui comprenaient également le Premier Ministre centrafricain Firmin Ngrébada, l’ambassadeur de Russie en RCA et même des représentants de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA). Zakharov et Sytyi ont également été régulièrement vus auprès de dirigeants et officiers supérieurs centrafricains, ainsi qu’en train de passer en revue des troupes FACA. La présence de Dirigeants de Wagner dans des réunions de stratégie militaire démontre leur implication dans la coordination des opérations militaires menées conjointement entre leurs mercenaires, les FACA et les éléments de la MINUSCA, ainsi que leur connaissance de ces opérations et des exactions qui y étaient commises par leurs subordonnés.

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Les Wagner ont bénéficié de la passivité de Claude Rameaux Bireau (Ministre de la Défense), Landry Ulrich Dépôt (DG de la Gendarmerie) et Zéphirin Mamadou (Chef d’État-Major des FACA). Bireau laisse les Wagner opérer en électrons libres dans la chaîne de commandement afin de préserver son poste et son pouvoir et faillit ainsi à son obligation de prendre des mesures pour prévenir ou punir les exactions commises par Wagner. Dépôt ne s’oppose à aucune des instructions qu’il reçoit de Touadéra et collabore avec les mercenaires de Wagner dans le cadre d’opérations conjointes réunissant des éléments de Wagner et de la gendarmerie.

 

En ce qui concerne l’armée centrafricaine, les mercenaires de Wagner sont au contrôle des opérations des FACA sur le terrain, avec la complicité de Mamadou qui laisse Wagner opérer à leur guise et ne s’oppose pas aux exactions qu’ils commettent. Les Dirigeants de Wagner ont exploité la faiblesse des relations de commandement et de contrôle nécessaires entre les unités FACA déployées et l’État-Major des FACA afin d’utiliser les unités des FACA à leurs propres fins, sans aucun contrôle de la part de la chaîne de commandement des FACA. Des sources militaires ont confirmé que Touadéra est au contrôle de tous les ordres et directives militaires qui concernent les opérations menées à Bangui, tandis que les Dirigeants de Wagner contrôlent les unités militaires centrafricaines avec lesquelles des opérations sont conduites en dehors de Bangui.

 

Des officiers supérieurs des FACA, tels que le Colonel Godfroy Omokozoyen (chef de cellule des renseignements opérationnels au sein de l’État-Major des FACA) et le Lieutenant-colonel Gabriel Patassé, ont collaboré dans le cadre d’exactions menées conjointement par les unités FACA sous leur commandement et les mercenaires de Wagner. Un chef de détachement FACA ayant opéré sous le commandement d’Omokozoyen confirme qu’Omokozoyen collaborait avec les mercenaires de Wagner et pouvait donner des instructions reçues de Touadéra et des Dirigeants de Wagner à des détachements FACA présents sur le terrain, y compris le sien, aux fins de commettre des exactions. Le même témoin indique également avoir été forcé de placer son détachement sous le commandement de mercenaires de Wagner avec l’aval de l’État-Major des FACA, dont faisait partie Omokozoyen.

 

Dans le cadre de la contre-offensive menée contre la CPC, de nouvelles unités des FACA ont été créées et formées par le Groupe Wagner. Ces unités opèrent sous le contrôle opérationnel des mercenaires de Wagner bien qu’elles soient censées relever directement de l’État-Major des FACA. Patassé dirige ainsi une unité d’appui des FACA qui supervise le renseignement militaire et recueille notamment des informations sur les personnes considérées comme loyales à la CPC ou perçues comme “les ennemis de la Russie” et de Touadéra. Un ancien FACA confirme que l’unité de Patassé a commis de nombreuses exactions telles que des vols, des pillages et des violences à l’égard de la population. Selon un haut gradé des FACA, des officiers supérieurs, tels qu’Omokozoyen et Patassé, ne rendent pas toujours compte à l’État-Major des FACA des missions effectuées avec les mercenaires de Wagner et effectuent leurs rapports de missions directement auprès du DG de la Garde Présidentielle, à Wananga ou à Touadéra qui les reçoit en aparté.

 

Touadéra et les Dirigeants de Wagner contrôlent également l’ensemble des institutions pénitentiaires ainsi que les unités de police et de gendarmerie, telles que Camp de Roux, l’Office Central de Répression du Banditisme (OCRB), Ngaragba ou la SRI, et n’ont pris aucune mesure raisonnable pour prévenir ou punir les détentions arbitraires et tortures qui y ont lieu. En particulier, Touadéra et les Dirigeants de Wagner collaborent avec Armel Paraba (directeur de l’OCRB) et son supérieur direct Bienvenu Zokoué (DG de la Police). Depuis au moins 2021, les mercenaires de Wagner et Paraba collaborent dans le cadre de missions d’arrestations arbitraires. Un témoin ayant participé à plusieurs de ces missions confirme qu’avant chaque mission, des réunions avaient lieu à l’OCRB avec Paraba et des mercenaires de Wagner. Plusieurs missions menées conjointement par des mercenaires de Wagner et l’OCRB en vue de procéder à des arrestations arbitraires ont également été effectuées à la demande de Zokoué. Paraba et Zokoué ne refusent rien aux mercenaires de Wagner.

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Armel Paraba a notamment affirmé à un témoin en détention que les mercenaires de Wagner peuvent décider de tuer toute personne sur le terrain s’ils estiment celle-ci coupable de quoi que ce soit. Zokoué a également facilité la mise en place de tortures par Wagner à l’OCRB. Zokoué et Perfilev se sont rencontrés à de nombreuses reprises au Camp de Roux ou au siège de la police. Un témoin victime d’une arrestation arbitraire a confirmé que Yarkokpa, Patassé et la SRI collaborent avec un Procureur de la République, Benoit Narcisse Foukpio, afin de procéder à l’arrestation arbitraire de civils considérés comme des opposants au régime Touadéra.

 

De nombreux témoins ont également mis en avant la passivité de la MINUSCA face aux exactions commises par les mercenaires de Wagner. Des éléments de la MINUSCA et du Groupe Wagner ont été jusqu’à collaborer dans le cadre d’opérations militaires durant lesquelles la MINUSCA a notamment fourni de l’assistance médicale à des mercenaires de Wagner ainsi qu’une assistance logistique en accueillant les mercenaires de Wagner dans des bases de la MINUSCA. Un haut gradé des FACA a décrit la collusion entre la MINUSCA, les Dirigeants de Wagner et les autorités centrafricaines aux fins de procéder à son arrestation arbitraire. Alors que le témoin s’était abrité au sein de la base de la MINUSCA à Bria afin de se protéger de mercenaires de Wagner, la MINUSCA a remis le témoin à un contingent de mercenaires Wagner et des FACA avant que le témoin ne soit détenu arbitrairement à la SRI et au Camp de Roux.

 

Cette chaîne de commandement, telle qu’établie par la communication déposée à la CPI, engage la responsabilité pénale individuelle de chacun de ses maillons au sens de l’article 28 du Statut de Rome. Pour conclure à la responsabilité pénale d’un supérieur hiérarchique, les éléments suivants doivent être réunis : le chef militaire, le supérieur hiérarchique ou la personne faisant effectivement fonction de supérieur hiérarchique doivent exercer un commandement et un contrôle effectifs résultant d’un pouvoir de jure ou de facto sur des subordonnés ayant commis un ou plusieurs des crimes recensés aux articles 6 à 8 du Statut ; les crimes commis par les subordonnés doivent résulter du fait que le suspect n’a pas exercé sur celles-ci le contrôle qui convenait ; le suspect savait ou, en raison des circonstances, aurait dû savoir que les subordonnés commettaient ou allaient commettre un ou plusieurs des crimes recensés aux articles 6 à 8 du Statut pour ce qui est des militaires, ou a délibérément négligé de tenir compte des informations qui l’indiquaient clairement, pour ce qui est des supérieurs hiérarchiques civils ; et le suspect n’a pas pris les mesures nécessaires et raisonnables qui étaient en son pouvoir pour empêcher ou réprimer l’exécution de ces crimes ou pour en référer aux autorités compétentes aux fins d’enquête et de poursuites.

 

Tous ces éléments sont réunis pour Touadéra, pour les membres de son cercle restreint (Bouba, Wananga, Yarkokpa, Bireau, Mamadou, Zokoué), et pour les Dirigeants de Wagner (Zakharov, Sytyi, Perfilev). Ils exerçaient un contrôle effectif sur les forces ayant commis les crimes. Ils savaient que ces crimes étaient commis. Ils ont délibérément négligé les informations qui l’indiquaient clairement. Ils n’ont pris aucune mesure pour empêcher ou punir ces crimes. Au contraire, ils ont ordonné, encouragé, facilité, récompensé les auteurs de ces crimes.

 

De Touadéra à Wagner, la chaîne de commandement des crimes en Centrafrique est établie. Les noms sont connus. Les fonctions sont identifiées. Les relations hiérarchiques sont documentées. Les responsabilités sont écrasantes.

 

La Cour pénale internationale est saisie. À elle de dire si ces hommes doivent répondre de leurs crimes devant la justice internationale.

 

La réponse ne fait aucun doute.

 

Par Alain Nzilo

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