
Sur le site minier de l’entreprise chinoise Industrie minière de Centrafrique (IMC), dans la localité de Rondji, préfecture de la Nana-Mambéré, deux jeunes travailleurs centrafricains sont détenus depuis quatre jours par des éléments des Forces armées centrafricaines (FACA). Arrêtés sur ordre de l’adjudant Tradégué, chef de base militaire du site, ils subissent des actes de torture alors qu’aucun élément ne permet de les relier au vol de charbon qui a précédé leur arrestation. Leur détention se poursuit malgré l’intervention du responsable chinois de l’exploitation minière.
Une tentative de vol qui se termine par des tirs dans la nuit
Tout commence dans la nuit, sur le chantier minier chinois de Rondji. Des individus non identifiés pénètrent sur le site dans le but de voler du charbon appartenant à l’entreprise chinoise. Les soldats des FACA chargés de sécuriser les installations aperçoivent des silhouettes dans l’obscurité. Ils ouvrent alors le feu en tirant en l’air.

Surpris par les tirs, les individus abandonnent le charbon qu’ils transportaient et prennent immédiatement la fuite. Ils disparaissent dans la nuit. Les militaires ne parviennent pas à les identifier et ne disposent d’aucun élément permettant de connaître leur identité.
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Mais le lendemain matin, au lieu de rechercher les auteurs de cette tentative de vol, les militaires s’en prennent à des jeunes travailleurs centrafricains employés sur le chantier.
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Sous les ordres de l’adjudant Tradégué, chef de base militaire à Rondji, deux jeunes travailleurs sont arrêtés. D’autres jeunes sont également interpellés. Ils sont conduits dans un lieu de détention aménagé directement sur le site minier.
Le plus incompréhensible concerne l’un des deux travailleurs arrêtés. Il travaille chez les Chinois et réside sur leur chantier, où les responsables chinois ont également installé leurs logements. Le jour de la tentative de vol, il n’était pas allé travailler à cause de la pluie. Il était resté à la maison.
C’est précisément cette absence qui semble avoir attiré les soupçons des militaires. Ces derniers auraient considéré qu’il pouvait être impliqué dans la tentative de vol, au motif qu’il n’était pas venu travailler ce jour-là. Ils se sont alors rendus à son domicile pour l’arrêter, sans disposer d’éléments établissant sa participation au vol.
Tradégué installe sa propre justice sur le chantier
Depuis leur arrestation, les deux travailleurs sont toujours détenus. Selon les informations recueillies par la rédaction du CNC, ils ont subi des actes de torture de la part des militaires. Leur détention se déroule dans une installation que les soldats utilisent comme leur propre prison sur le site minier.
L’affaire devient encore plus incompréhensible lorsqu’un proche de l’un des détenus tente d’intervenir. Son grand frère travaille également pour les exploitants chinois comme conducteur. Face à la situation, il décide de rencontrer le responsable chinois de l’IMC afin de lui expliquer l’arrestation de son jeune frère et celle de son collègue.
Le responsable chinois prend alors l’initiative de rencontrer l’adjudant Tradégué pour lui demander de libérer les deux travailleurs.
La réponse du militaire est particulièrement révélatrice de la manière dont il considère son autorité sur le chantier. Il explique au responsable chinois que celui-ci n’est pas son supérieur hiérarchique et qu’il ne peut donc pas lui donner des ordres concernant les personnes qu’il détient. Selon lui, son véritable supérieur est le commandant Lamtagué, directeur de la sécurité des sites miniers de l’IMC.
Tradégué refuse ainsi de libérer les jeunes travailleurs. Il décide de les maintenir en détention, malgré l’intervention du responsable de l’entreprise qui les emploie.
Autrement dit, sur ce chantier minier situé en territoire centrafricain, un adjudant des FACA estime pouvoir décider seul de la liberté de travailleurs centrafricains, sans que le responsable de l’exploitation minière puisse obtenir leur libération.
La gendarmerie minière assiste sans intervenir
Un autre aspect de cette affaire mérite une attention particulière. Une brigade de gendarmerie minière est installée sur le site. Les gendarmes présents ont connaissance de ce qui se passe autour de ces arrestations et de ces actes de violence.
Pourtant, aucune intervention visible ne vient mettre fin à la détention des jeunes travailleurs. Aucun geste concret ne permet, à ce stade, de faire respecter leurs droits.
Cette passivité est difficile à comprendre. Les gendarmes sont précisément chargés de veiller au respect de la loi et d’intervenir lorsque des personnes sont victimes d’abus. Leur présence sur un site minier ne devrait pas se limiter à observer les agissements d’autres éléments en uniforme.
À Rondji, les militaires chargés de protéger une exploitation minière se retrouvent ainsi accusés de torturer et d’emprisonner des travailleurs, tandis que les services de gendarmerie présents sur place restent silencieux.
Après la mort de Kota Mamboko, les mêmes violences recommencent
Ce nouvel épisode rappelle un précédent particulièrement grave survenu quelques mois plus tôt dans cette même zone minière.
L’ancien adjudant-chef Kota Mamboko, qui avait exercé des responsabilités sur le chantier, avait violemment agressé un artisan minier. Selon les informations publiées à l’époque par CNC, le militaire avait frappé et giflé cet ouvrier.
Face à cette agression, le villageois avait quitté la zone pour retourner à Carnot, après avoir averti le militaire qu’il ne devait plus s’en prendre physiquement aux habitants.
Quelques semaines plus tard, l’adjudant-chef Kota Mamboko avait commencé à ressentir de fortes douleurs à la main droite, celle avec laquelle il avait frappé l’artisan minier. Son état s’était progressivement dégradé. Il avait finalement quitté la zone pour se faire soigner à Bangui, où il était décédé quelques jours plus tard.
Sur le site minier chinois de Rondji, les soldats des FACA utilisent une installation locale comme prison privée pour détenir et torturer des employés centrafricains.
CNC avait consacré un article à cette affaire le 24 août 2026, sous le titre : « De la violence aveugle à la tombe : L’adjudant-chef Kota Mamboko emporté par sa propre bêtise sur le chantier minier de Gobolo ».
Aujourd’hui, alors que cet épisode reste dans les mémoires, les pratiques dénoncées sur le chantier de Rondji semblent se répéter. Cette fois, c’est l’adjudant Tradégué qui est directement mis en cause dans la détention et les violences infligées à de jeunes travailleurs centrafricains.
Qui commande réellement sur les sites miniers centrafricains ?
Au fond, cette affaire dépasse le sort de deux jeunes travailleurs. Elle pose une question élémentaire sur l’exercice de l’autorité de l’État en République centrafricaine.
Les FACA sont déployées sur les sites miniers pour assurer la sécurité des installations et des personnes. Cette mission ne leur donne aucun droit de transformer les chantiers en lieux de détention arbitraire, encore moins de torturer des citoyens sur la base de simples soupçons.
Un militaire ne peut pas décider de l’arrestation d’un travailleur, le conduire dans une prison improvisée, lui infliger des sévices et refuser ensuite sa libération simplement parce qu’il considère que personne d’autre ne peut lui donner des instructions.
Le cas de Rondji pose également la question de la responsabilité du commandement militaire. L’adjudant Tradégué affirme que seul le commandant Lamtagué peut lui donner des ordres. Mais si le commandement supérieur est invoqué pour justifier les décisions prises sur le terrain, il doit aussi répondre des pratiques de ses subordonnés.
Combien de temps les citoyens centrafricains devront-ils encore subir de tels traitements sur leur propre territoire ? À quoi sert la présence des forces de défense et de sécurité si des militaires peuvent transformer leur mission de protection en instrument de brutalité contre les populations ?
À Rondji, deux jeunes travailleurs attendent toujours leur libération. Leur seul tort connu, dans cette affaire, est de travailler chez les Chinois, sur un site minier où des individus non identifiés ont tenté de voler du charbon pendant la nuit.
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