
Dans le débat politique Patara de Radio Ndekeluka, le leader syndical révèle comment les partenaires sociaux ont été mis devant le fait accompli sur la hausse des prix du carburant, dénonçant une méthode de gouvernance fondée sur le secret et le mépris du dialogue social.
Invité sur le plateau du débat politique Patara aux côtés de Paul Crescent Beninga et d’Olivier Malibangar, Nicaise Ngouandji, secrétaire général de l’Union des syndicats libres de Centrafrique, a profité de cette tribune pour lever le voile sur les conditions dans lesquelles la décision d’augmenter les prix du carburant a été prise et annoncée aux organisations syndicales. Un récit qui met en lumière une méthode de gouvernance décriée, fondée sur l’opacité et le fait accompli.

Une convocation à la primature pour une simple annonce
Le syndicaliste raconte sans détour comment les choses se sont déroulées. « On nous a convoqués, on nous a invités au niveau de la primature et on nous a dit que bon, il aura une augmentation des prix du carburant. » Une formule qui, à elle seule, résume le sentiment d’impuissance des partenaires sociaux face à une décision déjà scellée. Car pour Nicaise Ngouandji, la question n’était pas de savoir s’il fallait ou non augmenter les prix, mais de comprendre comment une telle mesure avait pu être préparée sans eux.
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« On s’est dit, mais comment ça s’est passé ? On nous informe qu’il y a un comité qui a été mis en place en amont et que ce comité a fait un travail. » Le constat est amer : un comité s’est réuni, a planché sur la question, a rendu ses conclusions, et les syndicats n’en ont été informés qu’au moment de l’annonce officielle. Pire encore, pour le leader syndical, cette convocation n’avait rien d’une négociation. « On vous appelle pour vous annoncer, pas pour discuter avec vous. On est travailleurs. Je pèse mes mots, c’est pour annoncer. Parce qu’on connaît le gouvernement, tout est fait en cachette. »
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« Toutes ces sensibilités doivent se retrouver autour d’une table »
Pour Nicaise Ngouandji, la question n’est pas seulement méthodologique, elle est aussi institutionnelle. Le secteur pétrolier, rappelle-t-il, est un domaine trop complexe et trop sensible pour être traité en circuit fermé. « Le secteur pétrolier, c’est un secteur englobant. Le ministère du Transport, Commerce, Énergie. On n’a pas vu le ministère de l’Énergie être représenté. Le responsable des groupes des consommateurs, la société civile, le ministère… Toutes ces sensibilités doivent se retrouver autour d’une table pour définir est-ce qu’il y a lieu d’augmenter les prix du carbone. Ce qui n’a pas été fait. »
Cette absence de concertation est d’autant plus incompréhensible pour le syndicaliste que les conséquences de la hausse touchent l’ensemble de l’économie et de la société centrafricaines. « Et donc, nous nous sommes dit que c’est le mauvais cadeau que nous avons reçu de la part du gouvernement. » L’expression, choisie avec soin, traduit moins la colère que la déception d’un partenaire social qui estime avoir été traité avec mépris.
« C’est un juste bouddhiste » : la critique d’une gouvernance sans retour en arrière
Interrogé sur les moyens dont dispose son organisation pour contester cette décision, Nicaise Ngouandji se montre mesuré sur la forme mais ferme sur le fond. « Pour les occasions syndicales, nous avons les voies et moyens pour contester. Nous attendons voir l’évolution des choses. Pour nous, c’est le dialogue. Le dialogue est en cours. » Mais il ne cache pas son scepticisme quant à la capacité du gouvernement à revenir sur sa décision. « Je pense que le gouvernement, dans ses habitudes, est toujours pressé. C’est un juste bouddhiste. On prend des textes et lorsqu’on se rend compte que ce texte est mal placé, on ne fait pas de rétro-pédalage. On veut que tout ça se passe. Et c’est ça, le mauvais choix. »
Derrière cette formule imagée, c’est toute une critique de la méthode gouvernementale qui affleure : l’absence d’évaluation préalable, le refus d’assumer ses erreurs et l’entêtement dans des décisions mal préparées. Pour le syndicaliste, une autre voie était pourtant possible. « Il faut être patriotique. Il faut avoir le bon sens. Nous souhaiterons que l’intérêt national prime sur les intentions. » Une manière de dire que la décision a été guidée par des considérations autres que l’intérêt général.
Une décision prise sans le président de la République ?
Le débat a également abordé la question de la responsabilité institutionnelle. Le journaliste a fait remarquer que les deux dernières augmentations des prix du carburant sont intervenues à des moments où le chef de l’État se trouvait hors du pays. Une coïncidence troublante, qui a conduit Nicaise Ngouandji à s’interroger sur la réalité du processus décisionnel. « Je crois qu’il y a de cela quelques mois, nous avons remis à la plus haute priorité certains points de revendication. Même à l’occasion de la rencontre du 24, ce jeudi-là, nous avons réitéré cette volonté-là. Augmentation du salaire et la revalorisation des taux de pension, y compris certains points qu’on a inscrits dans le document. »
Pour le syndicaliste, ces revendications légitimes ont été balayées par une décision prise sans considération pour les travailleurs. « Nous, ce qui nous intéresse aujourd’hui, nos priorités, ce sont ces points de revendication. Rien n’est possible pour l’augmentation du prix du carburant. Nous ne le reconnaissons pas dans cette augmentation. Ce n’est pas ce que les travailleurs attendent du gouvernement. C’est un fardeau qui va davantage fragiliser les structures sociales. »
Le refus du dialogue social et l’imposition unilatérale des nouveaux prix du carburant fragilisent durablement les structures sociales du pays.
Une méthode qui interroge la gouvernance
À travers le récit de Nicaise Ngouandji, c’est bien plus qu’une simple question de prix du carburant qui est posée. C’est celle de la place du dialogue social dans la gouvernance centrafricaine. Comment un gouvernement peut-il prétendre prendre des décisions dans l’intérêt du peuple sans consulter les représentants de ce peuple ? Comment les organisations syndicales, censées être des partenaires, peuvent-elles être réduites à de simples spectatrices d’annonces déjà actées ?
Ces questions, le secrétaire général de l’Union des syndicats libres de Centrafrique les pose à sa manière, avec la gravité de celui qui constate que le dialogue social, pourtant consacré par les textes, reste lettre morte dans la pratique. Et si le débat Patara a permis d’exposer ces dysfonctionnements, il reste à voir si le gouvernement en tirera les leçons. Pour l’heure, la réponse semble malheureusement se dessiner dans le silence et la persistance d’une méthode que Nicaise Ngouandji et ses camarades continuent de dénoncer.
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