
Dans la soirée du samedi 26 septembre dernier, à Birao, un élève a été agressé et dépouillé par des miliciens auto-défense communément appelées « Wagner noirs » ou « Russes noirs ». Un énième fait qui plonge les habitants de Birao, chef-lieu de la préfecture de la Vakaga, dans l’effroi et nourrit une colère grandissante contre l’impunité.
Les faits : une agression en pleine rue
Ce samedi-là, le jeune élève s’était rendu vers le quartier Songo pour rendre visite à ses parents. Arrivé aux environs de 16 heures, il est resté sur place jusqu’à 21 heures avant d’entamer son retour vers la maison. C’est sur ce trajet du retour, seul, son téléphone à la main, que le drame s’est noué. Selon des témoignages concordants, « les Wagner noirs sont sortis de nulle part devant lui et ils l’ont encerclé ».

Le scénario est glaçant de banalité. Ils lui demandent d’abord de l’argent. Le jeune homme répond qu’il n’en a pas. Ils exigent alors son téléphone. Il refuse, expliquant qu’il s’agit d’un Android, son outil de travail, qu’il ne peut pas s’en séparer. C’est à ce moment que la situation dégénère : « Les Wagner noirs sont tombés sur lui et commencent à le taper, taper, taper, taper. »
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Heureusement pour lui, ses cris alertent les voisins. « Les gens des quartiers commencent à sortir et c’est là que les bandits l’ont laissé, ils sont partis. » Le jeune homme conserve son téléphone, mais pas son argent : « Il a 35 000 dans sa poche, les bandits ont récupéré 35 000, ils ont récupéré tout ça là, ils sont partis avec. »
« Ils disent qu’ils sont des auto-défenses, mais eux-mêmes se transforment en bandits »
Au-delà de l’agression elle-même, c’est le paradoxe de la situation qui indigne les habitants. Ces miliciens se présentent comme des forces d’auto-défense, censées sécuriser la ville et épauler les mercenaires russes dans la lutte contre les rebelles et l’insécurité. Mais dans les faits, dénoncent les habitants, « eux-mêmes ils se transforment en de grands bandits, braquent les gens dans les quartiers maintenant, quand ils circulent, les braquages c’est eux, le vol c’est eux ».
Un commerçant du quartier, interrogé par la rédaction du CNC, qui a requis l’anonymat bien sur, ne cache pas sa colère : « Chaque soir, c’est la même chose. Tu fermes ta boutique, tu ne sais même pas si tu vas arriver chez toi avec ton argent. Ces gens-là, on les voit circuler, et personne ne dit rien. Même les forces de sécurité les croisent et ferment les yeux. C’est à se demander qui protège qui dans cette ville. »
Une mère de famille rencontrée non loin du lieu de l’agression ajoute , la voix chargée de colère : « Nous avons fui les rebelles dans les villages envirronnants pour venir nous installer ici, à Birao, en pensant que la ville était plus sûre. Mais aujourd’hui, c’est pire. Nos enfants ne peuvent même plus rentrer tranquillement à la maison le soir. On vit dans la peur permanente, et personne ne semble s’en soucier. »
La question que tout le monde se pose est simple : « Mais quel est leur objectif exactement ? » Car la population se retrouve prise en étau. « Dans la forêt, dans la brousse, ils ne peuvent pas aller au champ à cause des criminels, c’est-à-dire des bandits, des rebelles, etc. Mais dans la ville aussi, ils ne peuvent pas être tranquilles à cause d’eux et des éléments de forces de sécurité. » Résultat : « Les habitants ne savent même pas aller maintenant. Ils ne savent même pas où se reposer. »
L’impunité pointée du doigt
Pour de nombreux habitants, cette situation découle d’un mal plus profond : l’impunité. « Beaucoup de gens maintenant disent que non, c’est l’impunité qui a engendré tout ça. Parce que pour le moment dans le pays, il n’y a personne qui gouverne. Tout est en désordre. Chacun fait ce qu’il veut, chacun fait sa dictature comme il veut. » Un constat amer, résumé par cette formule : « Vraiment ça, c’est incroyable ce niveau de pays là où on est actuellement. »
À Birao, les miliciens auto-défense sèment la terreur dans la préfecture de la Vakaga où les habitants subissent de plein fouet les actes de banditisme.
Un débat qui enflamme Birao
Cette agression, loin d’être un fait divers, « crée des débats énormes à Birao actuellement ». Elle cristallise le ras-le-bol d’une population qui ne sait plus à quel saint se vouer, entre rebelles dans la brousse, miliciens incontrôlés et forces de sécurité dans les villes. À l’extrême nord-est de la République centrafricaine, dans la préfecture de la Vakaga, le quotidien des habitants ressemble de plus en plus à un piège sans issue.
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