Centrafrique : quand le gouvernement paie les salaires, il crie sur tous les toits que les salaires sont versés

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La Centrafrique est un  pays à part. Depuis plusieurs années, les centrafricains assistent régulièrement à des opérations spectaculaires. En effet, quand le gouvernement paie les salaires, il crie sur tous les toits que les salaires sont versés.

 

Chaque mois, le paiement des fonctionnaires devient un événement qui mérite une communication officielle. Communiqués, annonces et relais sur les réseaux sociaux accompagnent une opération qui devrait pourtant relever du fonctionnement normal de l’État. Payer un agent public pour le travail effectué ne constitue ni un exploit ni un cadeau.

 

Centrafrique : quand le gouvernement paie les salaires, il crie sur tous les toits que les salaires sont versés

 

Que faire ? Faut-il désormais féliciter l’État chaque fois qu’il respecte l’une de ses obligations les plus élémentaires ? Faut-il organiser une campagne de communication à chaque versement de salaire ? Dans quel autre pays le paiement mensuel d’un fonctionnaire devient-il une performance suffisamment importante pour être célébrée publiquement ?

 

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Le cas particulier des enseignants contractuels de la Banque mondiale

 

Le cas des enseignants contractuels est encore plus révélateur. Ces enseignants ne relèvent pas simplement du dispositif ordinaire de paiement des fonctionnaires. Plusieurs milliers ont été recrutés dans le cadre de programmes soutenus financièrement par la Banque mondiale. La question de leurs rémunérations est devenue un problème récurrent dans plusieurs régions du pays.

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Des enseignants contractuels ont déjà observé des mouvements de grève pour réclamer plusieurs mois d’arriérés. Des enseignants expliquaient alors n’avoir reçu qu’une partie des frais prévus dans leurs contrats.

 

Le paradoxe est là : des financements extérieurs sont mobilisés pour soutenir le recrutement des enseignants, mais les bénéficiaires continuent de réclamer leur rémunération pendant plusieurs mois. Le problème ne se limite donc plus au montant du salaire. Il concerne la chaîne administrative entre les financements du programme, leur gestion et le paiement effectif des enseignants.

 

Le salaire devient un moyen de pression

 

À cela s’ajoute une autre pratique dénoncée par les enseignants : les retards dans la prise de fonction peuvent servir de justification à des réductions ou à des suspensions de paiement. Un enseignant qui rejoint son poste après le début de la période prévue risque ainsi de perdre une partie de sa rémunération.

 

Le problème est particulièrement sensible lorsque l’enseignant a déjà travaillé ou s’est déplacé en province dans l’attente de son paiement. Les revendications répétées montrent que la question des arriérés ne constitue pas un incident isolé. Des mouvements sociaux similaires ont été enregistrés dans plusieurs préfectures.

 

C’est dans ce contexte que les annonces gouvernementales sur le paiement des salaires prennent une autre dimension. Le gouvernement communique lorsqu’un paiement intervient, alors que les enseignants contractuels dénoncent depuis des mois des retards dans le règlement de leurs rémunérations.

 

Le contraste est difficile à ignorer. D’un côté, l’État annonce que les salaires sont payés. De l’autre, des enseignants recrutés dans le cadre de programmes financés par la Banque mondiale descendent dans la rue pour réclamer plusieurs mois d’arriérés.

 

La question n’est donc pas seulement de savoir si un mois de salaire vient d’être payé. Il faut aussi regarder ce qui s’est passé avant ce paiement : combien de mois ont été accumulés, combien d’enseignants ont dû faire grève et combien ont dû attendre avant de percevoir une rémunération correspondant au travail déjà effectué.

 

À force de transformer chaque paiement en victoire gouvernementale, le pouvoir donne l’impression qu’il accomplit un exploit. Pour les enseignants contractuels, la réalité est beaucoup moins spectaculaire : ils travaillent, attendent leur rémunération, protestent, obtiennent parfois le paiement d’un mois, puis recommencent quelques mois plus tard.

 

Le système finit alors par tourner en rond. Grève, revendications, annonces de paiement, reprise des cours, nouveaux retards et nouvelle grève. Pendant ce temps, les mêmes enseignants continuent d’occuper les salles de classe, souvent loin de Bangui, avec la certitude qu’ils devront encore se battre pour obtenir leur dû.

 

Le véritable exploit ne serait donc pas d’annoncer que les salaires ont été payés. Ce serait de parvenir à ce que les enseignants contractuels soient rémunérés régulièrement, sans grève, sans pression administrative et sans attendre plusieurs mois pour recevoir ce qui leur est dû.

 

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