Le Conseil des ministres du 20 août 2026 a demandé de renforcer la lutte contre l’importation frauduleuse du whisky en sachet en Centrafrique. Le gouvernement invoque les risques sanitaires et sécuritaires liés à la consommation de ces boissons, particulièrement chez les jeunes. Sur le terrain, une autre réalité persiste : le Wanawa, alcool en sachet produit et commercialisé par Wagner, continue d’être vendu librement dans le pays.
Une interdiction rappelée par le gouvernement
Au titre du ministère du Commerce et de l’Industrie, le Conseil des ministres a examiné une note consacrée à la lutte contre l’importation frauduleuse du whisky en sachet. Le gouvernement rappelle que ce produit est interdit depuis plusieurs années, mais qu’il continue d’entrer clandestinement sur le marché centrafricain.
Les autorités considèrent que la consommation de ces boissons représente un risque pour la santé publique et l’ordre public. Elles évoquent notamment les intoxications et les maladies graves liées à la mauvaise qualité de certains produits.
Pour répondre au problème, le ministre du Commerce et de l’Industrie propose de renforcer les contrôles douaniers, de multiplier les inspections dans les marchés, de sanctionner les agents impliqués dans les circuits frauduleux et d’intensifier les campagnes de sensibilisation auprès de la population.
Le Conseil des ministres a demandé que la question soit traitée dans le cadre interministériel prévu à cet effet.
Ces mesures concernent officiellement l’importation frauduleuse du whisky en sachet. Elles ne précisent pas, dans les éléments rendus publics, les dispositions prévues contre la production locale de boissons alcoolisées conditionnées sous forme de sachets.
Le Wanawa continue pourtant sa progression
C’est précisément sur ce point que se pose la question du Wanawa.
Cette boisson alcoolisée en sachet, produite par Wagner en Centrafrique, est aujourd’hui présente dans de nombreuses zones du pays. Sa commercialisation n’est plus limitée à quelques localités comme Cantonnier, où sa présence avait déjà été documentée.
Le produit circule désormais dans plusieurs villes et zones rurales. Il est vendu dans des villages, sur des marchés et dans des zones d’exploitation minière. Dans la Vakaga, notamment autour de Birao et dans des localités éloignées, le Wanawa fait partie des produits alcoolisés accessibles à la population.
La vente se fait également auprès d’une population jeune. Les sachets sont proposés à bas prix, ce qui facilite leur consommation dans les quartiers, les villages et les sites miniers.
Le Wanawa n’est donc plus un phénomène limité à un secteur géographique précis. Sa présence s’est étendue au fil du déploiement de Wagner dans différentes régions du pays.
Le même problème sanitaire, mais une réponse qui interroge
Le gouvernement justifie aujourd’hui la lutte contre le whisky en sachet par les risques liés à la santé des consommateurs. Il affirme également vouloir protéger particulièrement les jeunes contre les conséquences de ces boissons.
Cette justification pose directement la question du Wanawa.
Si le problème est la dangerosité des boissons alcoolisées vendues en sachets, quel contrôle l’État exerce-t-il sur le Wanawa ? Quel service vérifie sa composition ? Quel contrôle sanitaire est effectué sur sa production ? Quel organisme vérifie son degré d’alcool ? Quelles autorisations ont été délivrées pour sa fabrication et sa commercialisation ? Et quelles mesures sont prises lorsque ce produit est vendu dans les villages et sur les sites miniers ?
Ces questions deviennent d’autant plus importantes que le gouvernement vient de réaffirmer officiellement son opposition aux boissons alcoolisées en sachets.
Le problème est ailleurs : la même rigueur annoncée contre les produits interdits est-elle appliquée à tous les produits similaires présents sur le marché centrafricain ?
Une présence connue jusque dans les zones minières
Le Wanawa est aujourd’hui connu bien au-delà de Bangui et de quelques localités frontalières. Sa présence est signalée jusque dans des villages éloignés et sur des sites d’exploitation minière.
Cette implantation suit aussi les zones où les groupes liés à Wagner sont présents.
Dans ces endroits, les populations peuvent trouver des sachets de Wanawa dans les circuits commerciaux locaux, alors que les autorités affirment vouloir réduire la circulation des alcools en sachet en raison de leurs conséquences sanitaires et sociales.
Le paradoxe est donc difficile à ignorer. D’un côté, le gouvernement mobilise les douanes, les services de contrôle, les marchés et les campagnes de sensibilisation pour lutter contre l’introduction et la consommation du whisky en sachet. De l’autre, le Wanawa, produit par Wagner et vendu sous forme de sachets dans différentes régions du pays, continue de circuler.
Quelle politique pour tous les alcools en sachet ?
La question posée aux autorités n’est finalement pas celle de l’origine des produits.
Elle est celle de l’application de la réglementation.
Si les alcools en sachet présentent un danger pour la santé publique, les mesures annoncées devraient logiquement permettre de déterminer quels produits sont concernés, quelles normes sanitaires leur sont applicables et quels contrôles sont exercés sur leur fabrication comme sur leur commercialisation.
Le Conseil des ministres annonce le renforcement des inspections et des sanctions contre les circuits frauduleux. Il reste à savoir si ces contrôles s’étendront aussi aux points de production et de vente du Wanawa.
Car pendant que l’État annonce une nouvelle offensive contre le whisky en sachet importé frauduleusement, le Wanawa continue d’être vendu dans les villes, les villages et les zones minières centrafricaines.
La lutte contre les alcools dangereux ne peut donc pas seulement s’arrêter aux frontières. Elle pose aussi la question de ce qui est produit, vendu et consommé à l’intérieur du pays, y compris dans les zones où le Wanawa est désormais largement disponible.
Par Gisèle MOLOMA
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