Amdafock : les femmes interpellent Touadéra face à la pauvreté, l’insécurité et à l’abandon de la frontière

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À Amdafock, dans la Vakaga, les femmes dénoncent depuis plusieurs semaines l’insécurité, la pauvreté et la peur qui pèsent sur la population. Lors d’une manifestation, une jeune femme a directement interpellé le président Faustin-Archange Touadéra, l’accusant de ne pas entendre les plaintes des habitants de cette ville située à la frontière avec le Soudan.

 

« Touadéra n’a pas d’oreilles. Touadéra n’a pas d’yeux », a lancé la manifestante devant les participants. Pour elle, si le chef de l’État entendait réellement les habitants, il aurait pris en compte leurs nombreuses alertes. Et s’il voyait leur quotidien, il constaterait directement leurs conditions de vie.

Amdafock : les femmes interpellent Touadéra face à la pauvreté,  l’insécurité et à l’abandon de la frontière
Manifestation des femmes d’Amdafock pour interpeller Touadera

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« Cela fait des années, des mois que nous vivons dans la souffrance totale », a-t-elle déclaré, évoquant la pauvreté, l’insécurité et les difficultés quotidiennes auxquelles les habitants sont confrontés.

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« Si Touadéra avait des oreilles, il nous aurait écoutées »

 

La colère exprimée par cette femme ne porte pas uniquement sur une attaque ou un incident récent. Elle décrit une accumulation de difficultés dans une localité qui se trouve à plusieurs centaines de kilomètres de Bangui et à proximité immédiate du Soudan.

 

Son intervention s’adresse directement au président de la République.

 

Selon elle, les habitants ont déjà lancé plusieurs appels aux autorités. Ces appels seraient restés sans réponse suffisante. Elle reproche ainsi au pouvoir de ne pas prendre en compte les réalités vécues par les populations de l’extrême nord-est du pays.

 

Son discours traduit également un sentiment d’abandon.

 

Amdafock n’est pas une ville éloignée d’une zone de conflit. Elle se trouve précisément sur la frontière centrafricano-soudanaise, dans la préfecture de la Vakaga. La localité est exposée aux mouvements d’hommes armés et aux conséquences directes de la guerre au Soudan.

 

« Nos hommes sont devenus des femmes »

 

La manifestante a également utilisé une formule particulièrement forte pour décrire les conséquences de l’insécurité sur la population masculine.

 

Selon elle, les hommes ne sortent plus comme auparavant. Ils préfèrent rester à la maison par peur des attaques.

 

« Nos hommes sont devenus des femmes », a-t-elle déclaré, dans une expression destinée à montrer l’ampleur de la peur qui s’est installée dans la population.

 

Derrière cette formule se trouve une réalité beaucoup plus concrète : lorsque les habitants craignent de circuler, de travailler ou de se rendre dans les zones environnantes, toute l’activité économique et sociale de la localité est affectée.

 

Les déplacements deviennent risqués. Les activités commerciales sont perturbées. Les familles limitent leurs mouvements. Les populations vivant de petits commerces, de l’agriculture ou des échanges transfrontaliers sont directement touchées.

 

Les attaques contre des habitants d’Amdafock avaient déjà été signalées sur les axes menant vers Birao. En juillet 2025, des femmes revenant de Birao après avoir reçu une aide du Programme alimentaire mondial avaient notamment été victimes de braquages. (Corbeau News CA⁠)

 

Une ville directement exposée à la guerre du Soudan

 

Amdafock occupe une position particulière dans le dispositif sécuritaire centrafricain.

 

La ville se trouve à la frontière avec le Soudan. Cette proximité l’expose aux conséquences du conflit qui ravage le pays voisin depuis 2023.

 

Des populations soudanaises ont déjà traversé la frontière pour chercher refuge en République centrafricaine. Radio Ndeke Luka rapportait ainsi l’arrivée de plusieurs centaines de personnes à Amdafock après avoir fui les combats au Soudan. (Radio Ndeke Luka⁠)

 

En mai 2026, des familles avaient encore quitté certaines localités environnantes pour se réfugier à Amdafock face aux menaces attribuées à des hommes armés venus du Soudan.

 

La situation s’est encore aggravée avec l’attaque du 30 juin 2026 menée par des éléments armés affiliés notamment au FPRC, au MDRPC et à d’autres groupes non identifiés contre Amdafock, ainsi que des tirs visant sa base opérationnelle temporaire.

 

Des habitants qui demandent d’abord à vivre en sécurité

 

Le cri lancé par cette femme prend donc place dans un contexte où la question sécuritaire est devenue centrale.

 

Les autorités ont depuis renforcé leur présence dans la zone. La MINUSCA indique notamment qu’un nouveau poste de gendarmerie a été construit à Amdafock et remis aux autorités locales en mars 2026 afin de renforcer la sécurité transfrontalière et la protection des civils. (Minusca⁠)

 

Après les violences de juin, des forces centrafricaines ont également été redéployées dans la région. Une délégation de parlementaires s’est rendue à Amdafock le 30 juillet pour évaluer la situation sécuritaire et humanitaire. (Minusca⁠)

 

Le gouvernement a également dépêché une délégation à Birao et Amdafock au début du mois d’août afin d’évaluer les conséquences des violences, d’écouter les populations et d’examiner les conditions de retour à une vie normale. (Centra News⁠)

 

Ces initiatives montrent que la situation d’Amdafock est bien identifiée par les autorités et les partenaires internationaux.

 

La colère exprimée par la manifestante porte donc sur une autre question : pourquoi les habitants doivent-ils encore descendre dans la rue pour demander à être entendus alors que leur ville est régulièrement confrontée aux violences et aux déplacements de population ?

 

« Quelle vie vivons-nous ? »

 

La jeune femme pose une autre question qui résume son intervention : « Quelle vie vivons-nous ? »

 

Elle décrit une population qui vit dans la peur, avec la pauvreté et l’insécurité comme réalités quotidiennes.

 

Cette interpellation vise directement le sommet de l’État.

 

Pour les habitants d’Amdafock, la distance avec Bangui ne signifie pas que leurs problèmes doivent être considérés comme secondaires. La frontière avec le Soudan fait partie du territoire centrafricain. Les populations qui y vivent attendent donc de l’État la même protection que celles installées dans les autres régions du pays.

 

La manifestation des femmes intervient aussi après plusieurs épisodes de violences dans la localité. Le 30 juin, l’attaque contre Amdafock avait fait de nombreux blessés et provoqué d’importants déplacements de population. La MINUSCA avait ensuite indiqué que la situation demeurait fragile et imprévisible, malgré l’accalmie observée après le 5 juillet. (Minusca⁠)

 

Une interpellation qui dépasse Amdafock

 

Le message de la manifestante dépasse ainsi les seuls habitants d’Amdafock.

 

Elle demande au président de regarder vers cette partie du pays où les populations vivent avec la menace des groupes armés, les conséquences du conflit soudanais et les difficultés économiques.

 

Son intervention pose surtout une question au pouvoir : si les habitants alertent depuis des mois sur leur situation, quelles réponses concrètes leur sont apportées ?

 

À Amdafock, les femmes ont choisi de prendre la parole publiquement. Leur message à Touadéra est direct : elles veulent être entendues, elles veulent que leur situation soit vue et elles veulent pouvoir vivre sans la peur permanente des attaques et des déplacements.

 

Dans cette ville frontalière où la guerre du Soudan et les violences armées ont déjà provoqué des déplacements massifs, leur colère rappelle que la sécurité ne se mesure pas seulement au nombre de forces déployées, mais aussi à la possibilité pour les habitants de sortir de chez eux, de travailler et de faire vivre leurs familles sans craindre une nouvelle attaque.

 

Par Ibrahim Moussa

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