
Sur l’axe menant à Ouadda Maïkaga via le village Mouka, les soldats FACA déployés dans la Haute-Kotto imposent désormais une nouvelle forme de formalité crapuleuse à la barrière routière de Mouka.
En effet, sur cette piste reliant la ville de Bria à Ouadda Maïkaga, la circulation des personnes et des biens est devenue une épreuve financière insoutenable. Les barrières routières, pourtant visées par des mesures officielles d’interdiction, perdurent et se transforment en véritables comptoirs d’extorsion. Les éléments des Forces armées centrafricaines (FACA) y déploient des pratiques de prélèvement financier et matériel direct sur les conducteurs de mototaxis et de véhicules.
Le mode opératoire établi par ces militaires exige le versement d’une somme forfaitaire fixe de 2000 FCFA pour chaque passage, une exigence qu’ils qualifient eux-mêmes de nouvelle forme de formalité. À cette ponction pécuniaire s’ajoute une obligation matérielle : le siphonnage obligatoire d’un demi-litre d’essence directement depuis le réservoir des engins. Cette double peine contraignante oblige les transporteurs à abandonner une part importante de leur recette journalière sous la menace d’un blocage prolongé de leur outil de travail.
Cette situation se développe en dépit des cadres réglementaires censés régir la sécurité routière. En 2023, un décret présidentiel ordonnait le démantèlement des postes de contrôle illégaux, confiant la gestion exclusive des points légitimes aux seuls services de la gendarmerie et de la police nationale. Sur le terrain, l’application de ces directives se heurte à une résistance passive des unités militaires, qui maintiennent leur présence opérationnelle et leurs activités de perception financière loin de la capitale.
Les missions de contrôle gouvernementales, menées par le Premier ministre accompagné du ministre des Transports sur l’axe Bangui-Beloko, n’ont pas produit les effets de dissuasion attendus dans les régions intérieures du pays. Si la communication institutionnelle s’est concentrée sur la route principale reliant la Centrafrique au Cameroun, l’arrière-pays subit l’absence d’inspections régulières, laissant le champ libre à l’initiative des chefs de poste locaux.
La semaine dernière, un incident a mis en exergue la rigidité de cette réglementation improvisée lorsqu’un jeune conducteur de mototaxi a tenté de contester le prélèvement de son carburant après s’être déjà acquitté de la taxe de 2000 FCFA. Les militaires ont opposé un refus catégorique à sa requête, rendant la double contribution obligatoire pour franchir l’obstacle. Le transporteur a dû céder une partie de sa cargaison de carburant pour obtenir l’autorisation de poursuivre sa route.
Les volumes d’essence accumulés quotidiennement par ces ponctions répétées alimentent un circuit d’approvisionnement parallèle, revendu en dehors des réseaux officiels de distribution. Ce commerce illicite de carburant, combiné à la perception de numéraire, engendre des gains financiers réguliers pour les agents affectés à ce poste, au détriment direct de l’économie locale et du pouvoir d’achat des populations rurales.
Dans les villages et le long des pistes de la Haute-Kotto, le sentiment d’abandon grandit parmi les usagers, qui constatent l’inefficacité des décisions administratives face au pouvoir des armes. Les conducteurs doivent inclure ces pertes sèches dans le calcul de leurs tarifs de transport, ce qui provoque une hausse immédiate du prix des marchandises de première nécessité acheminées vers les centres urbains.
Par Moïse Banafio
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