Ministères ou lieux de culte ? Quand la levée des couleurs du lundi ouvre la porte aux dérives confessionnelles de l'administration publique

Par la Rédaction / Analyse Politique & LaïcitéLundi 27 juillet 2026Introduction
Censée rassembler tous les fonctionnaires autour du drapeau national, la levée des couleurs du lundi prend une tournure inattendue. En laissant la place aux prières et aux prédications, l'administration publique s'éloigne dangereusement de son devoir de neutralité.
De la rigueur républicaine à la dérive religieuse hebdomadaire
L'instruction présidentielle instruite par le dictateur centrafricain Faustin-Archange Touadera alias Baba Kongoboro, et rigoureusement appliquée sous la coordination du gouvernement du Premier ministre Félix Moloua, se voulait initialement une mesure de redressement civique. Chaque lundi matin, dès 7 heures ou 8 heures, l'ensemble des agents publics et des hauts responsables ministériels doivent se rassembler dans la cour de leurs départements respectifs pour assister à la levée solennelle du drapeau national.
L'objectif affiché était d'inculquer le respect des symboles de la Nation, de renforcer la discipline administrative et d'incarner le patriotisme. Pourtant, sur le terrain, ce rendez-vous républicain s'est progressivement métamorphosé en un culte hebdomadaire au sein de plusieurs départements ministériels. Au lieu d'un moment exclusivement civique unissant tous les agents sans distinction de croyance, la levée des couleurs sert désormais de rampe de lancement à des offices religieux, soulevant une question fondamentale : l'administration publique centrafricaine est-elle encore un espace laïque ou est-elle en train de devenir une extension des lieux de culte ?
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L'exemple du Ministère de l'Intérieur : la preuve d'un mélange des genres
Le cas survenu ce lundi 27 juillet 2026 au Ministère de l'Intérieur et de la Sécurité publique confirme de manière spectaculaire l'ampleur de cette dérive. Une publication officielle diffusée sur les canaux de communication de ce ministère régalien détaille le déroulement de la cérémonie, présidée par le Directeur de cabinet Samuel TALE YEKOMA en remplacement du ministre Bienvenu Zokoué :
« La prédication du jour par l'aumônerie de la police nationale est tirée du livre de 1 Samuel 18:1-6, sur l'amour propre, sincère et profond entre les enfants de Dieu, les collaborateurs et les enfants d'une même nation. Le numéro 2 de la sécurité publique, Samuel TALE YEKOMA […] a d'abord salué les collaborateurs […] avant d'apprécier le contenu de la prédication […] et souhaiter une bonne dernière semaine du mois de juillet 2026 à tous. »
Qu'un ministère régalien chargé de la sécurité publique, de l'application des lois et de la protection de tous les citoyens transforme un rassemblement administratif en séance d'exégèse biblique montre à quel point la frontière entre l'action publique et la foi religieuse s'est effacée.
La laïcité de l'État et la liberté de conscience menacées
La République Centrafricaine est consacrée par sa Constitution comme un État laïque. La laïcité impose à l'État et à ses démembrements une stricte neutralité afin de garantir l'égalité absolue entre tous les citoyens, qu'ils soient chrétiens (catholiques, protestants, évangéliques), musulmans, animistes ou non-croyants.
En transformant la levée des couleurs obligatoire pour tous les fonctionnaires en tribune de prédication religieuse, l'administration publique viole directement ce principe constitutionnel :
Une contrainte morale sur les agents : Un fonctionnaire de foi musulmane, un animiste ou un citoyen athée se retrouve contraint d'assister à un prêche chrétien et de participer à des acclamations religieuses sous le regard de sa hiérarchie.
La rupture de la neutralité républicaine : Lorsque le sommet de la hiérarchie ministérielle félicite l'aumônier et valide le message biblique, l'État valide implicitement une religion au détriment des autres.
Le dévoiement du symbole national : Le drapeau tricolore appartient à toute la Nation ; l'associer systématiquement à une liturgie religieuse altère son caractère universel.
Un risque pour la cohésion nationale dans un pays en reconstruction
Dans une nation qui cherche à panser les plaies de crises sociopolitiques et interconfessionnelles profondes, réintroduire le fait religieux au cœur de l'appareil d'État constitue un signal inquiétant. L'administration publique doit être le lieu où chaque Centrafricain se sent représenté, protégé et traité avec impartialité.
Les ministères, les préfectures et les commissariats ne sont pas des églises. La foi est une démarche personnelle et privée qui dispose de ses propres édifices (églises, mosquées, temples). Vouloir transformer la cour des ministères en chaire de prière chaque lundi matin affaiblit l'autorité républicaine et installe un climat d'exclusion silencieuse pour tous ceux qui ne partagent pas la foi dominante du jour.
La laïcité en Centrafrique est menacée par l’immixtion des pratiques religieuses dans l’administration publique, un fait qui suscite de vives inquiétudes.
d'urgence la neutralité républicaine
Si la volonté des autorités était de redonner de la rigueur et du sens au travail public, le résultat actuel vire à la dérive confessionnelle. Le patriotisme ne s'enseigne pas par des prédications religieuses dans les ministères, mais par le respect des lois, la neutralité du service public et le travail bien fait.
Il est désormais urgent que la présidence de la République et le gouvernement rappellent fermement à l'ensemble des ministres la primauté du principe de laïcité, en interdisant toute forme de prière, de prédication ou de prosélytisme lors des cérémonies officielles de l'État.
Par Alain Nzilo
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