
À Koundé, à environ 35 kilomètres de Bozoum sur l’axe reliant Bozoum à Bouar, des soldats FACA continuent de contrôler les usagers et de leur réclamer de l’argent malgré le démantèlement annoncé des barrages routiers.
Sur cette route reliant Bozoum, chef-lieu de la préfecture de l’Ouham-Pendé, à Bouar, chef-lieu de la préfecture de la Nana-Mambéré, aucun dispositif physique d’un barrage routier n’est installé à Koundé pour barrer la route. Les soldats ne disposent ni de poteaux, ni de cordes, ni de barrières métalliques pour bloquer la circulation.
Le contrôle existe pourtant bel et bien.
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À l’entrée du village, les soldats FACA restent en retrait de la chaussée, notamment sous des arbres ou à proximité d’un manguier. Ils surveillent les mouvements sur la route et interviennent lorsqu’ils entendent arriver une moto ou un véhicule.
Lorsqu’une moto ou un véhicule arrive à leur niveau, les militaires sortent de leur position et lui font signe de s’arrêter. Le conducteur doit alors se soumettre au contrôle. Les soldats demandent notamment les pièces d’identité et procèdent à différentes vérifications avant de laisser poursuivre le trajet.
Pour les motocyclistes, le passage est également soumis à un paiement. À l’entrée de Koundé, 2 000 francs CFA sont demandés. À la sortie du village, le même montant est réclamé. Un motocycliste qui traverse Koundé dans les deux sens peut ainsi verser 4 000 francs CFA au cours de son passage.
Cette pratique concerne les usagers de la route qui circulent sur cet axe, notamment les motocyclistes et les véhicules. Les contrôles et les demandes d’argent se poursuivent alors que les autorités centrafricaines ont annoncé le démantèlement des barrages routiers illégaux et la suppression des points de contrôle qui entravent la libre circulation.
Une barrière sans dispositif visible
À Koundé, le système repose donc sur une méthode différente. Il n’est pas nécessaire d’installer un obstacle au milieu de la route pour exercer un contrôle.
Les soldats restent à proximité de l’axe routier et observent les arrivées. Les motos et les véhicules sont repérés à distance. Dès qu’un usager approche, les militaires se rendent sur la chaussée pour l’arrêter.
Pour les transporteurs et les motocyclistes, la différence entre une barrière classique et ce dispositif est donc essentiellement matérielle. Dans les deux cas, l’usager doit s’arrêter, présenter ses documents et répondre aux demandes des militaires avant de poursuivre son trajet.
Cette méthode rend également le dispositif moins visible pour les responsables chargés de vérifier l’application des mesures de démantèlement des barrières.
Des habitants et des usagers de l’axe s’interrogent ainsi sur la manière dont les contrôles sont constatés lors des passages des responsables militaires. Lorsque les autorités affirment qu’aucune barrière n’est installée, les usagers expliquent qu’ils ne parlent pas nécessairement d’une structure physique. Ils décrivent un système de contrôle organisé à proximité de la route.
Les militaires n’ont pas besoin de construire une barrière pour arrêter les véhicules. Leur présence suffit à interrompre momentanément la circulation et à imposer un contrôle.
Les usagers continuent de payer
Pour les motocyclistes, le coût du passage est particulièrement concret. Les 2 000 francs CFA demandés à l’entrée et les 2 000 francs CFA réclamés à la sortie représentent une dépense supplémentaire pour ceux qui empruntent régulièrement cette route.
À cela s’ajoutent les contrôles des pièces d’identité et les autres demandes formulées aux usagers.
Le problème ne se limite donc pas à l’existence ou non d’un obstacle installé sur la chaussée. Il concerne aussi les pratiques qui persistent autour de la circulation des personnes et des biens.
Sur un axe censé rester accessible, les usagers doivent toujours s’arrêter devant des militaires, présenter leurs documents et effectuer des paiements pour poursuivre leur trajet.
Cette situation est particulièrement difficile à comprendre pour les populations locales, qui ont entendu les annonces relatives à la suppression des barrières routières. Pour elles, le démantèlement d’une barrière devrait également mettre fin aux contrôles permettant de réclamer de l’argent aux voyageurs.
Une méthode difficile à constater depuis la route
Le dispositif observé à Koundé présente une particularité : il peut disparaître visuellement dès qu’aucun usager n’arrive.
Un véhicule d’autorité qui traverse la zone peut ne trouver aucun objet placé sur la chaussée. Les soldats peuvent être assis sous un arbre, à quelques mètres de la route. À première vue, la circulation paraît donc libre.
La situation change dès qu’une moto ou un véhicule se présente.
Le contrôle militaire à Koundé par les FACA impose des frais de passage, illustrant la persistance des pratiques malgré les annonces officielles.
Les militaires se lèvent, se rendent sur la route et font arrêter l’usager. Le contrôle commence alors avant que celui-ci puisse continuer son trajet.
C’est cette organisation qui donne aux usagers l’impression d’une « barrière invisible ». Elle n’est pas matérialisée par un équipement routier, mais ses effets sont bien réels pour ceux qui circulent.
Le conducteur doit s’arrêter. Ses documents sont vérifiés. Des explications peuvent être demandées. Dans le cas des motocyclistes, un paiement est réclamé à l’entrée et à la sortie du village.
L’axe Bozoum-Bouar reste sous surveillance
La situation de Koundé intervient sur un axe important reliant deux villes majeures de l’ouest de la République centrafricaine.
Bozoum et Bouar sont reliées par une route régulièrement empruntée par les populations, les motocyclistes, les transporteurs et les commerçants. La fluidité de cette circulation dépend notamment de la suppression des contrôles qui ne sont pas prévus par les dispositions en vigueur.
À Koundé, les usagers décrivent pourtant la persistance d’un dispositif militaire qui produit les mêmes effets qu’un barrage routier, sans en avoir l’apparence.
La méthode permet aux soldats de contrôler les voyageurs sans placer de structure permanente sur la route. Elle permet aussi de maintenir des prélèvements sur les usagers alors que les autorités ont annoncé la fin des barrières illégales.
Plus loin sur le même axe, en direction de Boukaranga et de la frontière, les usagers font état de pratiques encore plus importantes. Cette partie de l’itinéraire fera l’objet d’un prochain reportage consacré aux contrôles et aux paiements imposés aux transporteurs et aux voyageurs.
Par Julien Bambou
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