Projet Maïngo à Bocaranga : Entre espoirs du développement et calvaire des mentors non payés
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
C’était censé être une bouffée d’oxygène pour la jeunesse et l’autonomisation des femmes dans le nord-ouest de la République Centrafricaine. Déployé en février 2026 sous l’impulsion du gouvernement centrafricain et grâce à un financement conséquent de la Banque mondiale, le Projet Maïngo (« Évolution » en langue sango) promettait d’investir massivement dans le capital humain. Mais sur le terrain, à Bocaranga, le magnifique vernis institutionnel laisse place à une réalité bien plus sombre : retards de salaires, coupes budgétaires arbitraires, intimidation et gestion opaque.
Un recrutement porteur d’espoir pour la communauté
En février dernier, le lancement des activités du Projet Maïngo dans la sous-préfecture de Bocaranga avait provoqué un élan d’enthousiasme. Pour concrétiser le projet, une centaine de personnes, hommes, femmes, jeunes filles et garçons ont été recrutées localement en qualité de moniteurs, monitrices et mentors.
Leur mission était pourtant capitale et noble :
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Animer les « Espaces Sûrs » destinés aux jeunes filles et femmes pour l’alphabétisation et la santé de la reproduction.
Encadrer les clubs d’hommes et de garçons pour lutter contre les violences basées sur le genre (VBG) et promouvoir le leadership communautaire.
Engagés pour une durée de six mois (devant s’achever en août), ces acteurs de terrain se sont investis sans ménagement auprès des populations locales.
Quatre mois de travail sans salaire : le désarroi des moniteurs
Aujourd’hui, alors que le terme du projet approche à grands pas, le constat est inquiétant : sur les six mois de contrat, les mentors n’ont perçu que deux mois de rémunération.
Depuis quatre mois, environ 120 moniteurs travaillent sans recevoir le moindre centime, plongés dans une précarité intolérable alors même qu’ils portent sur leurs épaules la réussite du programme.
« Nous nous battons jour et nuit pour réclamer notre dû, mais en face, nous ne trouvons que le silence ou des manœuvres d’esquive », déplorent les victimes de cette situation à Bocaranga, interrogées par la rédaction du CNC.
Gestion opaque et menaces d’arrestation : les méthodes de la gestion locale
Au centre de toutes les tensions, la gestion locale du projet pointe directement du doigt les responsables locaux du projet, représentée par MM. Théo et Rodrigue, responsables locaux du Projet Maïngo à Bocaranga.
Lorsque les jeunes recrutés tentent de solliciter des explications sur leurs arriérés de salaire, les réponses manquent de clarté et dérivent vers le contournement. Pire encore, face à la volonté des moniteurs d’organiser un mouvement de grève pacifique pour faire entendre leur voix, les responsables locaux, notamment Théo et Rodrigue auraient usé de méthodes coercitives :
La peur des forces de l’ordre : Les responsables auraient clairement intimidé les jeunes en leur affirmant qu’agissant dans le cadre d’un « projet du gouvernement », toute grève entraînerait immédiatement leur arrestation par la gendarmerie. En région provinciale, ce type de discours instrumentalise la peur pour étouffer toute revendication sociale.
Des ponctions arbitraires sur les primes de formation
La gestion des indemnités de formation de neuf jours fait l’objet également de la colère. Alors que ces sessions devaient donner lieu à des paiements prévus entre 40 000 et 45 000 francs CFA, des retenues injustifiées de 10 000 à 20 000 francs CFA auraient été appliquées de manière unilatérale sur les enveloppes de certains participants, sans aucune justification financière claire.
Milliards de la Banque mondiale et réalités: la défaillance du suivi
Cette situation remet en question la chaîne de responsabilité et d’imputabilité dans la gestion de l’aide internationale en République Centrafricaine :
Le rôle des bailleurs La Banque mondiale accorde des financements colossaux basés sur des cahiers des charges stricts. Cependant, l’institution n’a pas vocation à assurer la gestion quotidienne de chaque sous-préfecture, s’en remettant aux structures d’exécution nationales.
La responsabilité de l’État
Il incombe aux ministères sectoriels et aux coordonnateurs nationaux du projet de contrôler rigoureusement les chaînes de paiement et d’encadrer le comportement des responsables locaux afin d’éviter tout détournement ou abus de pouvoir.
Le développement ne peut se bâtir sur l’injustice
Alors que le projet touche à sa fin en ce mois d’août, l’amertume prévaut à Bocaranga. Comment un pays peut-il se développer sereinement si la jeunesse mobilisée pour faire évoluer les mentalités est elle-même victime d’abus et de précarisation ?
Les mentors non payés du Projet Maïngo à Bocaranga font face à une précarité alarmante alors qu’ils tentent de défendre leurs droits et d’obtenir des explications sur leur situation.
Le Projet Maïngo, censé incarner l’« évolution », risque de laisser derrière lui un sentiment de frustration collective si les instances nationales et les bailleurs de fonds n’interviennent pas de toute urgence pour :
Diligenter une enquête indépendante sur la gestion financière menée à Bocaranga par l’équipe locale.
S’assurer du versement intégral et direct des quatre mois de salaires impayés à la centaine de moniteurs.
Rétablir ces jeunes travailleurs dans leurs droits face aux menaces et ponctions indues.
Par Fortuné Bobérang
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