Conjoncture économique 2026 : Le Comité national économique et financier de la BEAC dresse le bilan d’un premier trimestre sous tensions en Centrafrique

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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Réuni vendredi dernier en session ordinaire par visioconférence depuis la direction nationale de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), le Comité national économique et financier (CNEF) de la République centrafricaine a passé au crible la situation macroéconomique du pays. Sous la présidence d’Hervé Doba, ministre des Finances et du Budget, le constat s’est révélé lucide : le pays traverse une phase complexe, marquée par des tensions globales et les effets d’une transition politique majeure.
Cette seconde session ordinaire de l’année, qui a réuni les membres statutaires dont le gouverneur de la BEAC et le directeur national Yvon Chérubin Lendou, a permis de valider les comptes rendus précédents avant d’entamer une analyse rigoureuse de la trajectoire économique nationale à fin mars 2026.
Un environnement international et régional lourd d’incertitudes
L’économie centrafricaine ne saurait évoluer en vase clos. Le CNEF a longuement insisté sur les répercussions des crises géopolitiques mondiales, au premier rang desquelles figurent les conflits persistants au Moyen-Orient et entre la Russie et l’Ukraine. Ces chocs exogènes pèsent lourdement sur les chaînes d’approvisionnement et se traduisent par une révision à la baisse des prévisions mondiales : le taux de croissance du PIB réel de la planète devrait s’établir à 3,1 % en 2026, contre 3,4 % en 2025.
La zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) subit de plein fouet ce ralentissement global. Au sein de la sous-région, la croissance économique s’est fortement tassée, retombant à 2,9 % contre 3,5 % initialement projetés. Selon le rapport du Comité, ce recul est principalement imputable aux contre-performances généralisées des activités non pétrolières, qui peinent à prendre le relais du secteur extractif.
Ralentissement intérieur : l’effet combiné des élections et de la baisse des appuis
Au niveau national, le premier trimestre 2026 a été caractérisé par une contraction notable des activités dans la quasi-totalité des secteurs clés de la vie économique. L’agriculture, le secteur diamantifère, l’énergie, les bâtiments et travaux publics (BTP) ainsi que le commerce de détail affichent une dynamique en net recul.
Deux facteurs majeurs expliquent cette léthargie. D’une part, l’attentisme des agents économiques durant la période électorale, un phénomène classique où investisseurs et consommateurs gèlent leurs projets dans l’attente d’une stabilisation politique. D’autre part, la baisse significative des appuis budgétaires directs et le ralentissement des projets effectués par les partenaires techniques et financiers (PTF) ont privé l’État et le secteur privé de liquidités indispensables.
En conséquence, les perspectives macroéconomiques révisées pour 2026 intègrent ces paramètres exceptionnels. Le taux de croissance du PIB réel national devrait ainsi décélérer pour s’établir à 2,8 % en 2026, contre 3,5 % enregistrés en 2025.
L’inflation contenue grâce à une baisse temporaire de la demande
Au milieu de ces indicateurs mitigés, le CNEF relève un signal positif sur le front des prix, bien qu’il résulte d’une conjoncture passive. Les pressions inflationnistes se sont nettement atténuées au cours du premier trimestre 2026, s’affichant à 0,5 % contre 2,1 % à la même période l’année précédente. Cette accalmie s’explique de manière mécanique par la baisse de la demande intérieure en raison de la prudence des ménages durant la fin du processus électoral.
Toutefois, la vigilance reste de mise pour le reste de l’année. Les prévisions révisées anticipent une remontée des tensions sur les prix d’ici la fin de l’année, avec un taux d’inflation moyen annuel qui devrait atteindre le seuil réglementaire de 3,0 %, contre un niveau historiquement bas de 1,0 % un an plus tôt.
Des indicateurs financiers contrastés pour le reste de l’année
Pour le reste de l’exercice 2026, les projections financières révisées et présentées par le Comité dessinent une trajectoire de stabilisation budgétaire mais de fragilité extérieure :
Déficit budgétaire : L’effort de rationalisation mené par le ministère des Finances devrait porter ses fruits, permettant de ramener le déficit budgétaire (hors dons) à 8,4 % du PIB contre 12,5 % en 2025.
Transactions courantes : À l’inverse, l’excédent des transactions courantes va drastiquement s’effriter, glissant de 2,8 % à 0,5 % du PIB, illustrant la baisse de régime des exportations nationales.
Masse monétaire : Par ailleurs, la masse monétaire devrait bondir de 19,1 % (contre 9,0 % en 2025), une accélération remarquable en liaison étroite avec l’évolution de ses contreparties bancaires.
En marge de l’analyse purement macroéconomique, le CNEF a pris acte de la bonne tenue globale du système bancaire et du secteur de la microfinance à fin mars 2026. Le comité s’est penché sur l’évolution du Taux Effectif Global (TEG) afin de s’assurer que les conditions de crédit octroyées par les banques commerciales restent soutenables pour les entreprises locales dans ce contexte de ralentissement généralisé.
Face à ce tableau d’un premier trimestre sous tensions, le CNEF appelle à une synergie renforcée entre les réformes structurelles nationales et le retour attendu des appuis internationaux pour redynamiser l’activité économique dès le second semestre.
Par Alain Nzilo
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