Limogeage du chef d’État-major du MPC par Mahamat Alkhatim : comment une plainte déposée auprès de Wagner contre l’armée tchadienne a précipité la chute de Djido Ali
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
C’est un communiqué de deux paragraphes signé par Mahamat Alkhatim, chef du Mouvement patriotique pour la Centrafrique qui ne dit presque rien. Mais derrière la décision n° 0027/5/06 par laquelle le général Alkhatim Mahamat a limogé son propre chef d’état-major le 1er mai 2026 à Ndjamena, se cache une véritable pression militaire tchadienne que la rédaction de Corbeau News Centrafrique a pu reconstituer : des exactions sur des civils centrafricains, un désarmement par des forces mixtes Tchad-RCA, une plainte portée auprès des mercenaires russes contre l’armée tchadienne, et une mise en demeure directe du chef du MPC par N’Djamena.
Un rebelle soudanais importé pour commander le MPC
Le MPC, Mouvement Patriotique pour la Centrafrique, a été fondé vers les années 2013 – 2014 par Alkhatim Mahamat, lui-même d’origine tchadienne. Après l’échec de la coalition CPC à s’emparer de Bangui en 2021 et les décisions prises à Luanda, les grands chefs rebelles de la CPC se sont repliés au Tchad. C’est sous l’implication de Communauté de Sant’Egidio en janvier 2025 qui a conduit à la signature d’un accord de paix entre le MPC et le gouvernement centrafricain.
Depuis, les combattants du MPC se sont dispersés. Certains exploitent l’or et le diamant dans les zones minières de l’Ouham. D’autres ont été absorbés par Africa Corps, les supplétifs centrafricains des Russes, pour mener des opérations que les mercenaires russes préfèrent ne pas assumer directement. C’est dans ce contexte qu’Alkhatim Mahamat avait fait venir un rebelle soudanais, Djido Ali, pour prendre la tête de l’état-major du mouvement. Un homme arrivé avec ses propres combattants, loyaux à sa personne, pas au MPC.
L’incident de Markounda
Tout s’est accéléré il y a quelques jours près de Markounda. Des patrouilles mixtes Tchad-RCA opéraient dans la ville dans cette région frontalière quand les soldats tchadiens ont surpris des ex-combattants du MPC en train de commettre des exactions sur des civils. Ils les ont désarmés sur place et ont confisqué leurs armes.
En apprenant la nouvelle, Djido Ali, chef d’État-major du MPC ne s’est pas tourné vers sa hiérarchie. Il a fait le déplacement jusqu’à Bossangoa pour porter plainte auprès des mercenaires de Wagner, leur signifiant que le désarmement opéré par les forces mixtes était inacceptable et que les armes devaient être restituées. Wagner a relayé. L’affaire est remontée jusqu’aux autorités militaires tchadiennes.
La convocation
N’Djamena a convoqué Alkhatim Mahamat. Selon des sources proches du dossier interrogées par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, les autorités militaires tchadiennes lui ont reproché directement d’avoir saisi les mercenaires russes contre leurs propres forces : tu vis ici, le Tchad te protège, et nos soldats désarment tes hommes qui terrorisent des civils, et toi tu vas te plaindre à Wagner contre nous ?
C’est à ce moment qu’Alkhatim Mahamat a compris ce qui s’était passé. Il n’était pas au courant. C’est son propre chef d’état-major qui avait fait le déplacement à Bossangoa pour porter plainte auprès des Russes, sans l’en informer et sans son aval.
Alkhatim Mahamat a cherché à joindre Djido Ali immédiatement. Messages WhatsApp, messages vocaux. Deux tentatives. Silence total.
La défection annoncée
Djido Ali a alors franchi le pas suivant. Il a déclaré publiquement que les combattants du MPC, en tout cas la bonne partie, ne relevaient pas du MPC mais de lui personnellement, qu’Alkhatim Mahamat n’avait aucune autorité sur eux, et qu’il allait quitter le mouvement avec l’ensemble de ses hommes pour rejoindre Africa Corps directement.
C’est cette annonce qui a scellé son sort. Un chef d’état-major nommé depuis moins d’un an, qui ignore les appels de son patron, qui saisit Wagner contre l’armée tchadienne dans son dos, et qui part avec ses troupes rejoindre les Russes — la décision de limogeage était devenue inévitable. Et Mahamat Alkhatim a franchi le pas. Il a signé la décision du limogeage de son chef d’État-major le 1 mai 2026.
La décision a été transmise au garant de l’Accord de Ndjamena, au gouvernement centrafricain, aux alliés russes, à la MINUSCA et aux archives du MPC. Un périmètre de notification qui confirme que cette rupture ne restera pas confinée aux couloirs internes du mouvement.
Par Arsène Féimonazoui
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC




