Pampali : « J’étais terrifié » par la manière dont la mouvance présidentielle traitait l’opposition centrafricaine
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Les mots sont les siens, et il les assume. Laurent Gomina Pampali, ancien ministre, ex-député et ancien professeur de philosophie à l’université de Bangui, ne cherche pas l’euphémisme quand il décrit l’ambiance politique qui régnait en Centrafrique avant et pendant les dernières élections. « J’étais terrifiée par l’ambiance qui régnait », dit-il à Guira FM. Un homme de quarante ans de carrière politique, qui a vu des régimes s’installer et tomber, qui dit avoir été terrorisé par ce qu’il observait dans son propre pays.
Ce que Pampali décrit n’est pas une simple rivalité électorale. C’est une logique d’exclusion. Des militants de la mouvance présidentielle qui traitaient leurs adversaires politiques, selon ses termes, « un peu comme des parias ». Comme si perdre une élection retirait à un citoyen sa place dans la République. Comme si l’appartenance à l’opposition transformait un Centrafricain en ennemi intérieur plutôt qu’en concurrent politique légitime.
L’ancien ministre insiste sur un point que les partisans du pouvoir préfèrent ignorer : l’opposition centrafricaine n’est pas un groupuscule d’agitateurs sans consistance. Elle est composée, dit-il, « de gens expérimentés, lucides, cultivés ». Le BRDC, le MLPC, le FPP, le MCU — ces formations regroupent des cadres, des universitaires, des jeunes diplômés, des militants qui ont autant le droit de contribuer au redressement du pays que n’importe quel membre de la majorité. Les réduire à rien, les compliquer dans leur vie quotidienne parce qu’ils ont choisi le mauvais camp, c’est appauvrir la République entière.
Pampali avait été recruté, avant les élections, comme analyste politique par une ONG locale soutenue par l’Union européenne. Ce poste lui a donné un accès direct à l’ensemble du champ politique centrafricain : il achetait tous les journaux, rencontrait des acteurs de tous bords, prenait le pouls d’une société sous tension. C’est de cette position d’observateur qu’il tire son diagnostic. Et ce diagnostic est sévère : la manière dont le camp présidentiel a traité l’opposition n’a pas contribué à unir le pays. Elle a creusé des fossés que le nouveau septennat devra combler, si tant est que la volonté politique existe réellement.
Car Pampali pose la question sans la formuler explicitement, mais elle traverse tout son propos : peut-on proclamer la fin de la récréation tout en maintenant les mêmes réflexes d’exclusion ? Peut-on gouverner au nom du peuple en traitant la moitié de ce peuple comme une quantité négligeable ? Pour l’ancien professeur de philosophie, la réponse est non. Et l’histoire politique centrafricaine, dit-il, est là pour le confirmer.
Par Alain Nzilo
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC




