Touadéra, né avant la honte : voilà comment le pouvoir rend sourd et aveugle à la soufrance

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 Dans les quartiers de Bangui et les villes de province, on le répète sans cesse : Faustin-Archange Touadéra est né avant la honte. Le 30 mars 2026, il a pris la parole pour célébrer une victoire qu’il qualifie effectivement sans la moindre honte d’incontestable.

 

Le 28 décembre 2025, le peuple centrafricain attendait un scrutin clair et transparent. Mais contre toute attente, il a assisté involontairement à un chaos  totale ce jour. Il a même  assisté au déplacement  massif des urnes que le pouvoir a préalablement  récupérées dans les bureaux de vote et transportées vers des endroits connus seulement des mafieux du pouvoir. Comme par exemple dans le sixième arrondissement de Bangui, le pouvoir les a

entreposé  dans la bases des sapeurs- pompiers avec tous les documents requis.

Touadéra, né avant la honte : voilà comment le pouvoir rend sourd et aveugle à la soufrance
Touadera en campagne de 2020

 

Même les procès-verbaux restaient bloqués, entreposés , voir même détruits  . L’Autorité Nationale des Élections n’a pas tout supervisé. Beaucoup de Centrafricains ont vu dans ces opérations une organisation qui n’avait rien d’un vote normal. Une semaine plus tard, la proclamation est arrivée : Touadéra vainqueur dès le premier tour.

 

Mais le dictateur, dans son discours d’investiture du 30 mars 2026, a déclaré avec gravité : « Le 28 décembre 2025, le peuple centrafricain a réaffirmé son attachement au suffrage universel en me renouvelant souverainement sa confiance pour un mandat de sept ans, dès le premier tour du scrutin présidentiel. Le quadruple scrutin organisé ce jour-là a été jugé libre, inclusif, transparent et équitable par toutes les missions d’observations et la communauté internationale, preuve de la maturité démocratique de notre pays. »

 

Il a parlé de victoire historique, de taux de participation record et s’est présenté comme le président démocratiquement élu de tous les Centrafricains, y compris ceux qui n’ont pas voté pour lui.

 

Ces paroles ont surpris tous les centrafricains qui avaient participé à cette parodie électorale.

 

Même lors du débat Patara sur la Radio Ndékè Luka, les journalistes et débateurs ont interrogé le ministre conseiller Fidèle Gouandjika sur cette grosse parodie. Ils ont demandé comment une telle organisation avait pu avoir lieu dans notre pays en 2026? La réponse de monsieur Fidèle Gouandjika est venue : on procède comme dans certains pays européens, quelques urnes suffisent pour estimer le total, et le Conseil constitutionnel se charge du reste.  Lisez bien cette partie! Il a lui-même confirmé que l’ANE n’a pas comptabilisé tous les résultats, mais elle n’utilise que quelques échantillons pour estimer les résultats globaux, et c’est au conseil constitutionnel de tout comptabiliser. Incroyable! Cette explication n’avait jamais été entendue dans un pays africain, surtout en Centrafrique. Elle a laissé beaucoup de gens perplexes.

 

Le pouvoir place celui qui l’exerce dans une bulle. Il l’entoure de voix qui répètent qu’il reste populaire, qu’il a bien agi, qu’il est indispensable.

 

L’ancienne présidente de la Cour constitutionnelle l’avait pourtant averti dès 2020 : attention aux sons de sirènes qui flattent autour du palais, car elles chantent souvent pour leurs propres intérêts.

 

Aujourd’hui, ces mêmes voix ont accompagné l’adoption d’une nouvelle Constitution qui a permis ce troisième mandat. Autour de Touadéra, on évoque l’exploitation des ressources du pays pour trente ans et la stabilité imposée.

 

Le peuple centrafricain, habitué aux épreuves, observe. Il voit les urnes qui n’ont pas été comptées publiquement, les mandataires qui ont rencontré des difficultés, les résultats validés loin des regards directs. Il entend les discours qui parlent de maturité démocratique alors que le déroulement du scrutin soulève encore des doutes chez beaucoup. La Centrafrique entre dans la VIIe République. Pour certains, c’est un nouveau départ. Pour d’autres, c’est la preuve que celui qui dirige finit par ne plus entendre les voix venues des quartiers et des provinces.

La vraie légitimité ne se proclame pas seulement dans un discours solennel. Elle se construit dans le respect du bulletin de vote, dans le comptage visible et dans l’écoute réelle de tous. Le peuple a la mémoire longue. Il jugera sur les actes posés au quotidien, bien au-delà des mots prononcés le 30 mars 2026.

 

Par Anselme Mbata

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