Budget 2025 : Entre dérapages financiers et paralysie des investissements

Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
L’examen des comptes de l’État pour le dernier trimestre de l’année 2025 laisse apparaître des écarts de gestion majeurs. Derrière les colonnes de chiffres officiels se cache une réalité comptable où les prévisions budgétaires ont été balayées par des dépenses imprévues. Entre des remboursements de dette qui explosent et des projets de développement totalement à l’arrêt, le document met à nu une stratégie financière qui privilégie l’urgence au détriment de la construction de l’avenir.
L’explosion incontrôlée des charges de trésorerie
Le premier constat est sans appel : les dépenses de trésorerie ont atteint un niveau jamais vu dans la programmation initiale. Alors que le budget prévoyait 62,81 milliards de francs CFA, l’État a fini par décaisser 184,78 milliards. Ce taux d’exécution de 294 % indique un glissement total de la gestion des liquidités.
L’apparition de « tirages spéciaux » pour un montant de 95,68 milliards auprès de banques privées pose une question de fond. Pourquoi ces besoins n’ont-ils pas été anticipés ? Cette dépendance soudaine à des financements de court terme montre que la planification budgétaire a été mise de côté pour répondre à des nécessités de paiement immédiates, modifiant ainsi l’équilibre financier de la nation.
Le désengagement sur les projets de développement
Pendant que l’argent circule pour le fonctionnement, les investissements publics sont dans une impasse. Le rapport indique que les dépenses sur ressources extérieures stagnent à 64 %. Plus grave encore, la ligne destinée aux « emprunts projets » affiche un taux de 0,00 %.
Il est incompréhensible que sur une année entière, pas un seul franc CFA n’ait été mobilisé sur cette ligne budgétaire de 7,5 milliards. Ce gel des projets structurels signifie que les chantiers censés améliorer le quotidien des populations sont à l’arrêt, faute de décaissements. Le décalage est ici frappant : on trouve les moyens pour rembourser les banques, mais pas pour financer les infrastructures de développement.
Masse salariale et zones d’ombre comptables
La gestion du personnel administratif montre également un dépassement des limites autorisées. Avec 116,83 milliards dépensés contre 109,26 milliards prévus, la masse salariale dépasse les capacités de la loi de finances. Cette hausse de 7 milliards, liée à des vagues d’intégrations dans la fonction publique, s’est faite sans ajustement des ressources, créant une tension supplémentaire sur les caisses de l’État.
Enfin, une anomalie administrative persiste sur les charges financières. Le document réserve une enveloppe de 22,02 milliards, mais indique une exécution nulle. Le motif invoqué est une « absence d’informations » pour régulariser les opérations. Conserver une telle somme dans le budget sans pouvoir en tracer l’utilisation réelle en fin d’exercice constitue un manque de transparence regrettable dans la chaîne de dépense.
En un mot, le bilan de l’année 2025 montre une gestion budgétaire à deux vitesses. D’un côté, une surconsommation de crédits pour la dette et les salaires, et de l’autre, un abandon des investissements productifs. Ce déséquilibre entre les paroles et les actes budgétaires interroge sur la réelle maîtrise des finances publiques et sur la capacité de l’administration à respecter ses propres engagements de développement.
Par Éric Azoumi
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