Moins de trois semaines après la visite avortée de Marcelo Rebelo de Sousa à Bangui, c’est au tour de Macron d’envoyer son ministre des Affaires étrangères en RCA pour discuter avec Touadera le problème d’un autre français arrêté par les Wagner

Rédigé le 11 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
La République centrafricaine a cessé d’être un État au sens propre du terme. Ce que Wagner y impose depuis des années dépasse ce que n’importe quel observateur du monde peut imaginer. En réalité, c’est un territoire d’Outre-Mer de la Russie.
Pour ceux qui ne le savent pas encore, en RCA, c’est le groupe Wagner qui décide de tout, et personne ne dit le contraire. Aucune autorité, aucune institution, aucune voix ne s’y oppose. Ce que Wagner ordonne est exécuté, ce que Wagner interdit reste interdit. C’est dans ce contexte verrouillé de toutes parts que François Zampareni, cadre français de MSF-Suisse basé en RDC, vient d’être arrêté à Zémio.
Pour illustrer cette histoire, il faut remonter en 2024 à Zemio. En mai 2024, le chercheur belgo-portugais Joseph Figueira Martin avait été pris dans la même stratégie des Wagner à Zémio, condamné à dix ans de travaux forcés pour espionnage au terme d’une procédure fabriquée de toutes pièces par Wagner.
Pour tenter d’obtenir sa libération, le président portugais sortant Marcelo Rebelo de Sousa avait fait le voyage à Bangui le 24 février dernier. Lisbonne avait même affrété un avion pour le rapatrier. Mais le Président portugais est retourné dans son pays les mains vides, furieux, repartant sans même s’asseoir au dîner officiel prévu en son honneur. Touadéra n’avait rien livré, parce que Touadéra ne peut rien livrer : ce n’est pas lui qui tranche, ce sont les russes qui décident.
Devant ce mur, Marcelo Rebelo de Sousa a perdu patience. Il a menacé de retirer ses soldats de la MINUSCA, de couper la coopération bilatérale et de peser de tout son poids à l’Union européenne pour déclencher des sanctions ciblées contre Bangui. Il est reparti sans même s’asseoir au dîner officiel prévu en son honneur. Ce que le président portugais a compris ce jour-là, Emmanuel Macron le répète depuis longtemps : Touadéra est lui-même otage de Wagner dans son propre pays.
Moins de trois semaines après cette visite avortée, le même engrenage s’est remis en marche. Le 4 mars, Corbeau News Centrafrique lançait une alerte sur l’arrestation de François Zampareni, cadre français de MSF-Suisse basé en RDC, interpellé à Zémio par des éléments Wagner. Ce n’était pas une arrestation au hasard : c’est le sous-préfet de Zémio en personne qui l’avait convié à une réunion officielle sur les modalités logistiques de MSF. Zampareni avait franchi la rivière Mbomou en réponse à cette invitation des autorités locales.
C’est dans ce contexte que Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, doit se rendre à Bangui le 12 mars prochain pour rencontrer Touadéra. Ce sera la première visite officielle d’un ministre français des Affaires étrangères en RCA depuis près de sept ans. Macron, qui avait lui-même qualifié Zampareni d’otage de Wagner, envoie donc son ministre négocier avec un homme qui n’a aucun pouvoir de négocier quoi que ce soit. Le président portugais en est revenu avec une certitude amère et un avion vide. La France arrive avec les mêmes espoirs, face au même mur.
Mais ce que Jean-Noël Barrot ignore peut-être, c’est que Sylvie Baïpo-Témon, ministre des Affaires étrangères de la RCA, a déjà annoncé qu’elle ne se déplacera pas à l’aéroport pour l’accueillir. Elle a dit clairement que ceux qui ont invité le ministre français peuvent aller l’accueillir eux-mêmes, l’ambassade de France ou qui que ce soit d’autre, mais pas elle. Et ce n’est pas tout : Baïpo-Témon a prévenu qu’elle a des quatre vérités à dire au ministre français lors de leur rencontre, parce que la France l’a, selon elle, trop longtemps malmenée.
Les griefs de Baïpo-Témon envers la France ne datent pas d’hier. À chaque fois qu’elle se rend en France, elle dit avoir été maltraitée, rabaissée, mal reçue. Mais ce qui a mis le feu aux poudres récemment, c’est son comportement à bord d’un vol Air France en direction de Bangui. Selon les informations disponibles, le commandant de bord avait envisagé de la décharger de l’avion, estimant qu’elle avait trop perturbé le vol. La compagnie Air France a d’ailleurs cessé sa liaison vers Bangui depuis le 1er février. Baïpo-Témon voit donc dans la venue de Barrot l’occasion rêvée de régler ses comptes avec Paris, pendant que Zampareni attend dans une cellule ce que Wagner décidera de son sort.
Pendant ce temps, Wagner continue sa propagande sur ;les réseaux sociaux et dans les médias sous son contrôle. En effet, pour tenter d’habiller cette arrestation d’un vernis de légitimité, Wagner a inondé les réseaux sociaux de textes générés par intelligence artificielle, dépeignant Zampareni comme un agent de Paris chargé de déstabiliser le régime de Touadéra. Le ministère de la Défense centrafricain a publié le 9 mars 2026 un communiqué reprenant mot pour mot ce récit fabriqué, avec simplement l’armoirie de la RCA collée en haut de page. Ce n’est pas un ministère qui parle : c’est une cellule de propagande de Wagner qui se déguise en institution d’État. La seule différence entre le texte de Wagner et le communiqué officiel, c’est ce logo imprimé.
Par Gisèle MOLOMA
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