Le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa vient de comprendre ce que le Président Emmanuel Macron répète depuis longtemps : Touadéra est otage de Wagner. Il ne peut rien faire dans l’affaire pour Joseph Figueira Martin sans la décision des Wagner

Rédigé le 09 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Certains refusaient de croire ce que le Président français Emmanuel Macron dit souvent. Pourtant, le président portugais vient de faire le voyage à Bangui, et il en est revenu avec la même certitude amère : Touadera est un otage dans son propre pays.
Wagner ne gouverne plus dans l’ombre. Il agit au grand jour, arrête, frappe, incarcère et fabrique des dossiers judiciaires sur mesure. Et pendant ce temps, Touadéra regarde, reçoit des chefs d’État, fait des promesses qu’il ne tient pas, parce qu’il ne peut tout simplement pas les tenir.
C’est exactement ce qu’a vécu le président portugais sortant, Marcelo Rebelo de Sousa, lors de son déplacement à Bangui le 24 février dernier. Il croyait avoir obtenu de Touadéra l’accord pour libérer Joseph Figueira Martin, chercheur belgo-portugais arrêté par Wagner en mai 2024 à Zémio, alors qu’il travaillait pour l’ONG américaine FHI360.
Lisbonne avait même affrété un avion pour le rapatrier. À l’arrivée, rien. Touadéra n’a rien livré, parce que Touadéra ne pouvait rien livrer. Ce n’est pas lui qui tranche.
Condamné en novembre 2025 à dix ans de travaux forcés pour complicité d’association de malfaiteurs et atteinte à la sécurité de l’État, Figueira Martin croupit à la prison du camp de Roux à Bangui. La peine a été construite par Wagner. Le verdict aussi.
Devant ce mur, Marcelo Rebelo de Sousa a perdu patience. Il a menacé de retirer ses soldats de la MINUSCA, de couper la coopération bilatérale et de peser de tout son poids à l’Union européenne pour déclencher des sanctions ciblées contre Bangui. Il est reparti sans même s’asseoir au dîner officiel prévu en son honneur.
Ce n’est pas le seul cas d’ailleurs. Le même engrenage est en train de broyer un autre humanitaire. Le mercredi 4 mars, Corbeau News Centrafrique lançait une alerte sur l’arrestation de François Zampareni, cadre français de MSF-RDC, interpellé à Zémio par des éléments Wagner dans des circonstances qui ne laissent aucun doute sur la méthode.
Ce que l’enquête de CNC a permis d’établir est accablant. François Zampareni n’était pas venu à Zémio de sa propre initiative. C’est le sous-préfet lui-même qui l’avait convié à une réunion officielle. Il avait quitté Nzapay en République démocratique du Congo, franchi la rivière Mbomou, et rejoint Zémio en réponse à cette invitation des autorités locales.
C’est en pleine réunion, alors que les échanges se déroulaient normalement, que des éléments Wagner ont fait irruption dans la salle. Ils se sont saisis de lui sans le moindre avertissement, l’ont emmené de force dans leur base avant d’être déposé dans les geôles de la gendarmerie de Zémio.
Un transfert vers Bangui est déjà en cours pour l’acheminer à l’Office Central pour la Répression du Banditisme. C’est le même rail sur lequel Figueira Martin avait été placé en 2024. Arrestation musclée, passage par la base Wagner, remise à la gendarmerie, fabrication d’un dossier à Bangui. Figueira avait fini avec dix ans de prison ferme.
Pourtant, la mission de MSF-RDC dans cette zone n’avait rien d’opaque. L’organisation cherchait à ouvrir un couloir logistique depuis Bangui vers Zémio pour ravitailler les milliers de déplacés centrafricains réfugiés à Nzapay, et envisageait de reprendre en partie la gestion de l’hôpital de Zémio. C’était sa troisième mission dans la ville.
Pendant ce temps, la MINUSCA continue d’expédier aux Nations Unies des faux rapports qui décrivent une situation calme et maîtrisée. La Minusca doit comprendre, Wagner n’est pas une force armée d’État. C’est une milice privée de voyous, sans ancrage légal reconnu, dont les actes à Zémio s’accumulent depuis des mois. L’absence de combats entre factions ne protège ni les populations ni les humanitaires qui opèrent sur le terrain.
Ceux qui viennent soigner et aider sont arrêtés, battus, jetés en prison. Ceux qui tuent et pillent voient leur bilan maquillé en progrès sécuritaire dans les rapports onusiens.
Par Éric Nzapa
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