La vision de l’imam Abdoulaye Ouasselegue, l’homme qui prend les rênes du Conseil Supérieur Islamique de Centrafrique

Rédigé le 11 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Élu le 30 décembre 2025 et installé début février 2026, l’Imam Abdoulaye Ouasselegue devient le nouveau président du CSISCA dans un contexte de reconstruction nationale.
L’homme qui vient d’accéder à la tête du Conseil Supérieur Islamique de Centrafrique n’est pas un inconnu dans les cercles religieux de Bangui. Imam du 6ème arrondissement de la capitale, Abdoulaye Ouasselegue a bâti sa réputation sur une approche discrète mais efficace du travail communautaire. Son élection lors de la 5ème Assemblée générale ordinaire marque l’aboutissement d’un parcours où la proximité avec les fidèles a toujours primé sur les discours grandiloquents.
Ceux qui le connaissent depuis longtemps décrivent un religieux attaché au dialogue et à l’écoute. Ces qualités, qu’il mentionne d’ailleurs comme ses principaux outils de travail, semblent avoir convaincu les délégués venus de toutes les régions du pays pour désigner le nouveau bureau. Sa mosquée du 6ème arrondissement a servi pendant des années de lieu de médiation pour les petits conflits du quartier, bien avant que la question de la présidence du CSISCA ne se pose.
L’Imam Ouasselegue arrive à ce poste avec une vision claire mais pragmatique. Il ne parle pas de révolution ou de changements brusques, mais plutôt de priorisation des urgences. L’unité de la communauté musulmane constitue pour lui la base indispensable à tout projet collectif. Sans cette cohésion interne, estime-t-il, aucune ambition ne pourra aboutir, qu’il s’agisse de reconnaissance institutionnelle ou de programmes sociaux.
La deuxième priorité qu’il défend touche à la visibilité de l’islam centrafricain. Quand il affirme que depuis plus d’un siècle, l’islam manque de reconnaissance officielle dans le pays, il exprime une frustration partagée par beaucoup de musulmans. Cette invisibilité ne concerne pas seulement les symboles ou la représentation publique, elle affecte aussi l’accès aux ressources et aux opportunités pour les structures islamiques.
Son engagement envers les jeunes et les femmes révèle une lecture attentive des difficultés que rencontre sa communauté. Les jeunes musulmans manquent souvent de perspectives d’avenir, coincés entre des écoles coraniques qui peinent à offrir des formations complètes et un système éducatif national qui ne les intègre pas toujours facilement. L’Imam compte s’attaquer à cette question par l’éducation et la formation professionnelle.
Concernant les femmes, son discours tranche avec certaines pratiques encore répandues. Il rejette l’idée que la place de la femme musulmane se limite au foyer et cite l’exemple d’Aicha, l’épouse du Prophète, comme modèle de savoir et d’autorité intellectuelle. Cette référence n’est pas anodine : elle montre qu’il entend puiser dans les textes islamiques eux-mêmes les arguments pour défendre l’émancipation féminine.
La méthode qu’il privilégie pour gouverner le CSISCA repose sur la concertation. Plutôt que d’imposer ses vues, même quand il pense avoir raison, il préfère rassembler les opinions et construire des consensus. Cette approche, inspirée selon lui de la pratique du Prophète qui consultait ses compagnons malgré la révélation divine, correspond bien au tempérament d’un homme qui a passé sa vie à écouter les préoccupations de ses fidèles.
L’héritage de l’Imam Kobine Layama pèse évidemment sur ses épaules. Le défunt leader musulman a marqué l’histoire récente de la Centrafrique par son engagement pour la paix, allant jusqu’au sacrifice de sa vie. Ouasselegue n’essaie pas de s’approprier cette mémoire, il promet simplement d’en discuter avec son bureau pour trouver la meilleure façon d’honorer ce legs.
Le nouveau président du CSISCA apparaît comme un homme de terrain davantage qu’un théoricien. Il ne cite pas abondamment les savants ou les textes complexes, il parle plutôt en termes simples de ce qu’il observe autour de lui. Les problèmes qu’il identifie – division, manque de moyens, marginalisation des femmes et des jeunes – correspondent à des réalités vécues quotidiennement par les musulmans centrafricains.
Sa formation religieuse, bien que non détaillée publiquement, transparaît dans sa manière de justifier ses choix par des références coraniques et prophétiques bien choisies. Il ne s’agit pas d’érudition ostentatoire mais d’une connaissance digérée et mise au service d’objectifs concrets. Cette capacité à relier les enseignements islamiques aux enjeux contemporains constitue probablement l’une de ses forces principales.
Les défis qui l’attendent sont nombreux et il en a parfaitement conscience. Unifier une communauté musulmane dispersée à travers tout le territoire national, avec ses différentes sensibilités et traditions, demande bien plus que de bonnes intentions. Il faudra négocier, apaiser les tensions, créer des espaces de rencontre et de décision qui satisfont toutes les composantes.
La question de l’institutionnalisation de l’islam en Centrafrique implique des négociations avec l’État, la recherche de financements, la mise en place de structures pérennes. Ouasselegue devra convaincre les autorités politiques de l’utilité de reconnaître officiellement le CSISCA comme interlocuteur légitime. Ce travail diplomatique nécessitera patience et persévérance.
Pour les programmes destinés à la jeunesse et aux femmes, il faudra trouver des partenaires, mobiliser des ressources, former des cadres capables de mettre en œuvre les initiatives. L’Imam semble conscient que les promesses ne suffisent pas et qu’il faudra produire des résultats tangibles pour maintenir la confiance de ceux qui l’ont élu.
L’homme qui a pris ses fonctions dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale le 7 février 2026 incarne une forme de leadership religieux ancrée dans la réalité sociale centrafricaine. Ni trop radical ni trop accommodant, il cherche une voie médiane qui permette à l’islam du pays de s’affirmer tout en participant activement à la construction nationale. Les prochaines années diront si cette approche réussira à transformer les ambitions en réalisations concrètes
Par Brahim Sallé
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