CENTRAFRIQUE : UN PAYS INGOUVERNABLE ?

Publié le 25 octobre 2017 , 4:23
Mis à jour le: 25 octobre 2017 4:23

CENTRAFRIQUE : UN PAYS INGOUVERNABLE ?

 

 

 

 

Les combattants du FPRC à Ndélé en République centrafricaine. CopyrightAljazeera.

 

LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE EST- ELLE VOUÉE A UNE INSTABILITÉ CHRONIQUE ET A UNE PARTITION ?

 

David Dacko, Jean-Bedel Bokassa, André Kolingba, Ange-Félix Patassé Bozizé : les présidents de la République Centrafricaine se sont succédé sans que le pays ne puisse connaître le mot « stabilité ». De coups d’état en coups d’état, en passant par les interventions militaires françaises pour faire et défaire les rois, il n’a vécu que dans le chaos.

          De nos jours, le pays des Bantous est soumis à des massacres de population, qui succèdent au martyre de villages brûlés. Les hurlements de colère d’une population désespérée et aux abois ne semblent pas atteindre les oreilles des gouvernants, barricadés à Bangui dans des frontières illusoires de paix.

          Le pays ne donne pas l’impression d’être gouverné. On dirait qu’il a été livré aux bandes armées qui occupent les deux tiers du territoire. Le gouvernement n’a pas su anticiper. Or, gouverner, c’est précisément d’abord savoir anticiper. Il fallait prévoir que des massacres auraient lieu et les empêcher de s’abattre sur un pays déjà lourdement endeuillé. Il fallait prévenir les actions criminelles des rebelles et s’y opposer, les armes à la main.

          Devant l’aggravation sanglante de la situation politico-militaire, l’absence de réaction du gouvernement étonne et interpelle. Ce pays est-il gouverné ? L’immobilisme semble tétaniser un exécutif qui ne sait pas comment s’y prendre pour affronter des rebelles vindicatifs qui le défient.

          Or, les ex-Sélékas viennent de franchir un nouveau pas dans l’inacceptable.

          Défiant un peuple tout entier, niant l’existence même de la République Centrafricaine et, partant, refusant de reconnaître un gouvernement légitime, la première République séparatiste vient de surgir !

          Sous la houlette de trois factions d’ex-Sélékas dirigées par Abdoulaye Hissène, Nourredine Adam et Ali Darass, « La République (Islamique ?) de Dar- El- Kouti » a été proclamée.

Ce que nous craignions ici depuis longtemps semble se réaliser dans l’insupportable indifférence des puissance internationales, de l’ONU et, surtout, de la France, principal ordonnateur de longue date de la République Centrafricaine.  La messe est dite. La dislocation du pays des Bantous est en marche. Les dieux l’ont-ils abandonné ?

 

ASSISTE-T-ON A UN NETTOYAGE CONFESSIONNEL ?

          Les musulmans sont les cibles des adeptes du nettoyage ethnique et religieux. L’attaque meurtrière contre les Peuls de confession musulmane à Palombo semble justifier le risque de « génocide » évoqué par un responsable de L’ONU. Ceux qui, dans l’ombre, veulent transformer des revendications politico-sociales en affrontements confessionnaux sont en train de voir leur souhait se réaliser. Les derniers massacres ont encore visé des communautés identifiées au préalable.  Chrétienne ou musulmane. Les deux communautés qui, jadis, cohabitaient en parfaite harmonie, se regardent aujourd’hui en chiens de faïence et se haïssent. La cohabitation fraternelle est devenue mission impossible. 

 

LA SOCIETE CIVILE VA-T-ELLE AGIR ?

          Devant la gravité de la situation, le Gouvernement doit sortir de sa léthargie et jouer son rôle régalien. Il faut que le gouvernement adopte rapidement une autre posture qui redonne de l’espoir aux Centrafricains. La situation n’est plus tenable. Les Centrafricains ne savent plus à quels saints se vouer. L’impression d’abandon par les pouvoirs publics se répand dangereusement dans tout le tissu social centrafricain.

          Mais des voix dans la société civile commencent à se faire entendre. L’accusation d’incompétence visant le gouvernement, responsable de la mauvaise gestion de la crise, ne cesse d’aller crescendo. Des citoyens, à l’instar de ceux du Conseil National des Jeunes, veulent réagir : « Le CNJ, fortement engagé dans le processus de la paix et de la reconstruction nationale, prendra ses responsabilités en prenant à témoin l’opinion nationale et internationale pour le salut de la nation et la survie de la jeunesse… »

          C’est clair. C’est un cri de désespoir. Puisque le gouvernement ne fait pas ce qu’il faut pour protéger la population, les citoyens s’en chargeront. C’est une idée d’auto-défense qui commence à prendre corps. On ne peut pas indéfiniment recevoir des coups sans réagir.

Si l’occupation du pays et la défense des populations ne trouvent pas de solution, la tentation de s’auto-défendre se justifie.

 

PS : Si monsieur Antonio Gutteres Secrétaire Général de l’ONU, lors de son voyage en Centrafrique ne lève pas l’injuste embargo décrété par les Nations Unis. S’il ne parle pas un langage de fermeté aux séditieux et leur affirme qu’ils ne resteront pas impunis. S’il n’obtient pas leur désarmement  sans condition  pour se rendre aux négociations de paix et de la réconciliation. S’il ne dit pas aux mercenaires de libérer les provinces et les mines vde matières premières qu’ils occupent illégalement. Alors son voyage à Bangui serait inutile. 

  1. AKOUISSONNE

(25 octobre 2017)

 

Monsieur Joseph Akouissonne, l’auteur de l’article.

 

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