Trafic d’ossements et de sang dans la Sangha-Mbaéré : Joseph Bindoumi accuse l’État de laxisme
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Dans une interview accordée à la radio Ndékè-luka, Joseph Bindoumi, président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH), ancien ministre et ancien magistrat, a lancé un cri d’alarme sur la recrudescence du trafic d’ossements humains et de sang dans la préfecture de la Sangha-Mbaéré, particulièrement autour de Nola, Bayanga, Bambio et près de la frontière camerounaise.
Selon M. Bindoumi, cette pratique criminelle n’est pas nouvelle. Elle remonte à près de dix ans. À l’époque, des criminels originaires de la zone ouvraient les tombes pour récupérer les ossements et les vendre à des acheteurs venant principalement du Nigeria et du Cameroun. Face à ce scandale, l’État centrafricain avait réagi en dépêchant une mission composée de hautes personnalités, dont l’archiviste Pomodimou, l’ancien ministre et député Bampali Laurent, l’ancienne ministre de la Communication Mme Detoyanet, et Joseph Bindoumi lui-même en tant que président de la LCDH.
Cette délégation avait sillonné la Sangha-Mbaéré et tenu de grandes réunions à Nola, Bayanga et Bambio pour interdire ces pratiques et sensibiliser les populations. Des procès avaient été organisés, des suspects appréhendés et déférés à Bangui. L’un d’eux avait même passé plusieurs mois à la Section de Recherche et d’Investigation (SRI) avant d’être transféré à la prison de Garagba. Malheureusement, la plupart de ces personnes ont fini par être libérées.
Aujourd’hui, la situation est plus grave encore, selon le président de la LCDH. Les trafiquants ne se contentent plus d’exhumer les tombes. Ils simulent des activités de recherche de diamants pour masquer leurs véritables opérations. Ils tuent des personnes en brousse, prélèvent leur sang et récupèrent parfois les ossements pour les revendre. Joseph Bindoumi cite notamment le cas dramatique d’une sœur religieuse catholique enlevée un dimanche matin, exécutée dans la brousse, vidée de son sang, et dont le corps a été retrouvé sans trace de sang sur place. Les mêmes bourreaux faisaient partie des personnes parties à sa recherche.
Plus récemment, une nouvelle affaire est en cours : des individus transportant des ossements humains ont été interpellés par les populations au niveau du village Tomori, près de la frontière camerounaise (vers Nianting). Ils ont été remis à la gendarmerie de Nianting, puis déférés devant le parquet de Nola. Malgré cela, M. Bindoumi dénonce un laxisme persistant des autorités politiques, administratives et judiciaires locales.
« Il y a un laxisme des autorités de Nola. La justice ne frappe pas comme il faut. Elle n’envoie pas ces gens en session criminelle. C’est pour cela que le phénomène continue », regrette-t-il.
Le président de la LCDH explique que ces trafiquants s’enrichissent rapidement grâce à ce commerce macabre. Ils utilisent l’argent pour s’affilier à des partis politiques, offrir des cadeaux aux autorités administratives et « servir la Sangha-Mbaéré ». Selon lui, ces mêmes personnes sont devenues les bailleurs de fonds locaux, ce qui expliquerait en partie l’impunité dont ils bénéficient.
Conséquence directe : les populations de la Sangha-Mbaéré ne peuvent plus vaquer librement à leurs occupations. Les habitants ont peur d’aller seuls en brousse. Ils risquent à tout moment d’être suivis, attaqués, tués pour leur sang ou leurs ossements.
Par Marcel Bayo
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