Saifee Durbar, l’escroc qui a déjà trompé Touadéra quand il était Premier ministre, revient aujourd’hui lui vendre un train fantôme

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Saifee Durbar, l’escroc qui a déjà trompé Touadéra quand il était Premier ministre, revient aujourd’hui lui vendre un train fantôme

 

Saifee Durbar, l’escroc qui a déjà trompé Touadéra quand il était Premier ministre, revient aujourd’hui lui vendre un train fantôme
Pose de première pierre de la construction du siège de la société Trans African Railways au village Pani au Pk30 de Bangui route Boali

 

Rédigé le 27 novembre 2025 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Il y a des histoires qui donnent le vertige. Pas par leur complexité, mais par leur bêtise répétée. L’histoire de Saifee Durbar en République centrafricaine appartient à cette catégorie. Cet homme d’affaires condamné à trois ans de prison par la justice française pour escroquerie et fraude financière n’en est pas à son premier passage à Bangui. Ce n’est pas non plus la première fois qu’il vend du vent aux autorités centrafricaines. Mais ce qui rend cette affaire particulièrement stupéfiante, c’est que l’homme qui lui déroule aujourd’hui le tapis rouge est exactement le même qui a déjà payé le prix de ses promesses creuses il y a quinze ans.

 

Le 1er novembre 2025, le président Faustin-Archange Touadéra alias Baba Kongoboro s’est déplacé personnellement au PK-30 pour poser la première pierre du siège social de Trans African Railway Systems LTD. Durbar promet cette fois un train reliant Bangui à Douala via le Cameroun. Les discours ont été grandioses. Les engagements solennels. Tout le monde applaudit. Sauf que personne ne semble avoir vérifié une chose : Touadéra et Durbar se connaissent déjà. Et leur première rencontre ne s’est pas franchement bien terminée.

 

Nous sommes en 2009. François Bozizé est président. Faustin-Archange Touadéra occupe alors le poste de Premier ministre, chef du gouvernement. Durbar débarque à Bangui avec ses grands projets et ses belles paroles. Il utilise ses réseaux pour approcher le gouvernement. Son objectif ? Obtenir l’hôtel du Centre. Il promet à Touadéra, alors Premier ministre, de transformer cet établissement délabré en un palace rivalisant avec le Georges V de Paris. Rien que ça. Le Conseil des ministres accepte. Durbar obtient l’accord. Il prend possession de l’hôtel.

 

Et puis ? Rien. Strictement rien. Pas un clou planté. Pas une vitre changée. Pas le moindre début de travaux. L’hôtel du Centre est resté dans l’état où Durbar l’avait trouvé jusqu’à la fin du régime Bozizé. Le palace promis n’a jamais existé que dans les discours de son promoteur.

 

Mais Durbar ne s’arrête pas là. En parallèle, il lance une deuxième promesse, encore plus ambitieuse. Cette fois, il annonce la construction d’un hôtel comparable au Baccarat Hotel & Residence de New York, sur le site de l’aéroport Bangui M’poko, face à la Direction générale de l’ASECNA. Un projet pharaonique. Des maquettes peut-être. Des rendez-vous sûrement. Mais sur le terrain ? Toujours rien. Pas une pierre posée. Pas un mètre carré de béton coulé. Juste des paroles. Encore et toujours.

 

Pendant ce temps, Touadéra signe les autorisations, valide les projets, fait confiance. Il est Premier ministre, chef du gouvernement. C’est sous son autorité directe que ces accords sont conclus. Et c’est sous sa direction que ces deux projets tombent à l’eau sans qu’aucune sanction ne soit prise contre leur promoteur fantôme.

 

La suite, on la connaît. En décembre 2009, Durbar se rend à Paris. Peut-être pour des affaires. Peut-être en toute naïveté. Ou peut-être en pensant qu’il était intouchable. Mais la police française l’attendait. Le 2 décembre 2009, il est arrêté à l’aéroport. La justice française confirme qu’il est condamné à trois ans de prison ferme pour escroquerie et fraude financière. Durbar brandit un passeport diplomatique délivré par le régime Bozizé. Il invoque l’immunité. La France refuse de le protéger. Elle lève cette prétendue immunité et confirme que sa condamnation reste valable.

 

Durbar devait aller en prison. Il n’y est jamais allé. Il a disparu. Personne ne sait exactement comment. Peut-être grâce à des complicités. Peut-être en exploitant des failles administratives. Pendant quinze ans, on n’a plus entendu parler de lui.

 

Jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à ce 1er novembre 2025, où il réapparaît à Bangui avec un nouveau projet. Cette fois, ce n’est plus un hôtel. C’est un train. Un chemin de fer reliant Bangui à Douala. Les mêmes promesses grandioses. Les mêmes discours sur le désenclavement. Les mêmes certitudes affichées. Et surtout, le même promoteur qui n’a jamais rien construit.

 

Ce qui est stupéfiant dans cette affaire, ce n’est pas que Durbar revienne. Les escrocs reviennent toujours là où ils ont déjà réussi. Ce qui est stupéfiant, c’est que celui qui l’accueille aujourd’hui est précisément celui qui a déjà été victime de ses mensonges. Touadéra était Premier ministre quand Durbar promettait de transformer l’hôtel du Centre. Touadéra était Premier ministre quand Durbar promettait de construire un palace à l’aéroport. Touadéra était Premier ministre quand Durbar n’a absolument rien fait.

 

Alors, la question se pose avec une acuité particulière : est-ce qu’un homme change sa manière de travailler parce que son interlocuteur a changé de titre ? Est-ce que Durbar va soudainement tenir parole parce que Touadéra n’est plus Premier ministre mais président ? Est-ce que les trains vont surgir de terre là où les hôtels n’ont jamais été construits ?

 

La réponse est dans l’histoire. Durbar a toujours été le même. Un vendeur de vent. Un illusionniste. Un homme qui sait exactement comment séduire les autorités avec des projets impossibles et des promesses creuses. Il l’a fait sous Bozizé. Il l’a fait avec Touadéra Premier ministre. Il le refait aujourd’hui avec Touadéra président.

 

Ce qui a changé, ce n’est pas Durbar. C’est le niveau de naïveté qu’on accepte d’afficher. Parce qu’en 2009, on pouvait encore dire qu’on ne savait pas. Qu’on découvrait l’homme. Qu’on lui donnait sa chance. Mais en 2025, après deux projets fantômes, après une condamnation en France, après une fuite pour échapper à la prison, après quinze ans de disparition, qu’est-ce qui justifie qu’on lui déroule le tapis rouge ?

 

Le président Touadéra a fait le déplacement personnellement pour légitimer cette mise en scène. Il a posé la première pierre d’un siège social qui ne verra peut-être jamais le jour. Il a offert à un escroc international la crédibilité d’un investisseur officiel. Et ce faisant, il a envoyé un message aux Centrafricains : peu importe votre passé, peu importe vos échecs, peu importe vos condamnations, tant que vous promettez de grands projets, vous serez les bienvenus.

 

À Bangui, beaucoup s’interrogent. Comment un homme condamné pour fraude peut-il revenir sous les projecteurs sans qu’aucune autorité ne s’en émeuve ? Pourquoi l’État valide-t-il des projets sans existence juridique ni garantie de financement ? Comment peut-on faire confiance à quelqu’un qui vous a déjà trompé une fois, quand vous étiez Premier ministre, et qui revient vous proposer exactement la même chose maintenant que vous êtes président ?

 

Durbar promet un train. Mais avant de parler de trains, il faudrait peut-être demander où sont passés les hôtels. Ceux qu’il avait promis à Touadéra quand ce dernier était encore Premier ministre. Ceux pour lesquels il avait obtenu tous les accords. Ceux qu’il n’a jamais construits.

 

Parce qu’au final, la vraie question n’est pas de savoir si Durbar va tenir ses promesses cette fois-ci. La vraie question est de savoir combien de fois on acceptera de se faire avoir par le même homme avant de comprendre qu’il ne changera jamais.

 

On verra, comme dit l’expression. Mais franchement, on a déjà vu. Et ce qu’on a vu n’était pas un train. C’était du vent.

 

Par Gisèle MOLOMA….

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