Pillages, massacres… Les mercenaires Wagner saignent l’or centrafricain

Publié le 27 juin 2022 , 1:59
Mis à jour le: 27 juin 2022 1:59

Texte par: L’Ouest France
Publié par: Corbeaunews Centrafrique

Certains analystes les disaient en partie redéployés au Mali ou en Ukraine, nouveaux fronts chauds du mercenariat russe.

Las, quelque 1 200 opérateurs de Wagner, qui y opèrent sous le nom de Communauté des officiers pour la sécurité internationale, sévissent toujours en Centrafrique, où des témoins et des experts en sécurité leur ont attribué plusieurs attaques sanglantes, ces trois derniers mois, dans des mines artisanales du nord-est du pays.

Impunité et trafics sont rois à la frontière soudanaise

Non contents de jouir de nombreuses concessions aurifères de l’ouest du pays, gracieusement offertes par le président Faustin-Archange Touadéra depuis 2016 à la société-écran Lobaye Invest (liée à Evgeni Prigojine, patron supposé de Wagner et proche de Vladimir Poutine), les mercenaires pillent et tuent près de la frontière soudanaise, à l’Est, zone rebelle poreuse, où l’impunité et les trafics sont rois.

D’après le Guardian, qui cite témoins, responsables occidentaux et experts en sécurité, au moins trois attaques depuis mars ont causé la mort de dizaines de mineurs ; six autres pillages ont eu lieu dans le reste du pays. Une enquête de l’Onu, qui rapporte fréquemment les exactions de Wagner en Afrique, a été ouverte en mai 2022 à la suite de ces événements.

Dans les mines centrafricaines, ces assauts suivent toujours le même mode opératoire. Des Russes débarquent dans des blindés, parfois en hélicoptère, au côté de soldats de l’armée centrafricaine en pick-up ou en moto.

Des tirs indiscriminés à l’arme automatique et des lynchages suivent, précédant le vol de l’or, de motos, des destructions de matériel et parfois même des campements clandestins ; un témoin soudanais d’une attaque à Am Daga, près de la frontière, évoque une fosse commune contenant vingt cadavres de mineurs ; d’autres font état de plusieurs centaines de morts, blessés et déplacés, résultant de ces multiples attaques.

Les exactions se reproduiront

Pauline Bax, responsable du département Afrique à l’International Crisis Group, estime qu’elles se reproduiront : “Les assaillants reviennent souvent un mois plus tard, et recommencent. Leur ambition n’est pas de sécuriser le site”, mais d’en piller les gains d’exploitation.

Depuis leur arrivée dans le pays en 2016 et leur promesse de protéger le président Touadéra face à l’avancée des rebelles qui occupaient les deux tiers du pays, les opérateurs russes auraient été autorisés à se payer sur la bête. Un blanc-seing pour le pillage des ressources naturelles de ce pays à la population pauvre mais au sous-sol abondant en diamant et en or, dont l’exploitation représentait, il y a encore six ans, 10 % du PIB.

Devant la multiplication, ces dernières semaines, des attaques de mines, certains analystes occidentaux évoquent une conséquence de l’affaiblissement du rouble, lié aux sanctions économiques qui frappent la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine.

Si cette hypothèse demeure insuffisamment étayée, les massacres de Wagner en Afrique sont, eux, bien renseignés. Début mai 2022, un rapport de l’ONG Human Rights Watch accusait le groupe paramilitaire de crimes de guerre et de torture en Centrafrique ; au Mali, plusieurs centaines de civils auraient aussi été massacrés sous le règne sans partage de Wagner, lors de patrouilles mixtes au côté des Forces armées maliennes.

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