Martin Ziguélé : “La Centrafrique est devenue un goulag tropical sous Touadéra”

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Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Lors d’une émission sur la chaîne gabonaise SIBIKAN MEDIA, Martin Ziguélé, ancien Premier ministre et porte-parole du BRDC, a employé une métaphore forte pour qualifier le régime Touadéra : “Nous sommes dans un goulag, une sorte de goulag tropical.”
Cette comparaison avec les camps de travail soviétiques montre selon lui le niveau de répression atteint en Centrafrique. Ziguélé explique d’abord sa situation personnelle : “Moi je suis interdit d’expression sur la radio de mon propre pays, je suis interdit de participation à un débat à la télévision d’État de mon propre pays.”
L’ancien Premier ministre, figure politique majeure du pays, ne peut plus s’exprimer sur les médias publics centrafricains. Cette censure totale d’un opposant de cette envergure témoigne du verrouillage de l’espace médiatique.
Ziguélé compare la situation actuelle avec le chemin parcouru : “Regardez le chemin que nous avions parcouru en renversant l’Empire, en restaurant la République, en instaurant la démocratie, en créant une alternance démocratique en Afrique. Et regardez le recul que nous avons connu aujourd’hui”.
Cette référence historique rappelle que la Centrafrique a été pionnière en matière démocratique en Afrique. Le pays avait renversé la monarchie de Bokassa, restauré la République, organisé des élections libres. Cette histoire rend le recul actuel encore plus dramatique.
L’ancien Premier ministre décrit l’état des médias publics : “La radio-télévision n’existe que de nom. La télévision n’existe que de nom et la radio est constamment en panne, elle n’a même pas de groupe électrogène de secours”.
Il raconte un incident récent : “Il y a deux semaines, un journaliste en plein journal a pété les plombs et a dit que ce n’est plus possible, que c’est incroyable qu’une radio nationale, alors que le sommet des chefs d’État de la CEMAC se tenait ici, la radio centrafricaine ne pouvait pas faire le reportage en direct par manque de moyens”.
Cette anecdote montre l’état de délabrement des médias publics. Un pays qui accueille un sommet international mais dont la radio nationale ne peut pas le couvrir faute de moyens.
Ziguélé évoque l’histoire de la télévision centrafricaine : “La télévision a une histoire particulière en République Centrafricaine. C’était sous Bokassa que Bangui, la République Centrafricaine, a été le premier pays à avoir la télévision couleur à l’époque. Nous nous en vantions un peu partout et aujourd’hui nous nous retrouvons le dernier de la classe sans moyens”.
Cette comparaison historique est parlante : du premier pays africain avec la télévision couleur au dernier de la classe. Cette régression symbolise le destin du pays entier sous Touadéra.
L’ancien Premier ministre dénonce la transformation des médias publics : “Nos médias nationaux sont non seulement verrouillés pour que l’opposition ne s’y trouve pas, mais transformés en radio-collines”.
Cette référence aux “radio-collines” rwandaises qui ont diffusé la propagande du génocide en 1994 constitue une accusation grave. Ziguélé affirme que les médias centrafricains servent désormais uniquement la propagande du régime.
La métaphore du “goulag tropical” employée par Ziguélé renvoie à plusieurs réalités : l’interdiction d’expression pour l’opposition, la censure des médias, la répression politique, l’emprisonnement des voix critiques.
Un goulag est un camp de travail forcé où les dissidents étaient envoyés en Union soviétique. En qualifiant la Centrafrique de “goulag tropical”, Ziguélé suggère que le pays entier est devenu une prison pour ceux qui osent critiquer le pouvoir.
Cette situation contraste totalement avec l’histoire démocratique du pays. La Centrafrique avait connu des périodes de liberté d’expression, d’alternance démocratique, de pluralisme politique. Touadéra a détruit ces acquis.
Le verrouillage des médias publics constitue un élément clé de cette dérive autoritaire. Quand l’opposition ne peut plus s’exprimer sur les radios et télévisions nationales, le débat démocratique devient impossible.
L’état de délabrement de ces médias, pannes constantes, absence de moyens, n’est probablement pas accidentel. Un média public qui fonctionne mal peut difficilement jouer son rôle de contre-pouvoir.
La transformation en “radio-collines” témoigne de l’instrumentalisation totale des médias publics au service du pouvoir. Ils ne servent plus à informer mais à propager la parole officielle.
Cette situation médiatique s’inscrit dans le tableau plus large dressé par Ziguélé et Akandji-Kombé : un pays contrôlé par Wagner, un président qui vend les ressources nationales, une Constitution taillée pour protéger les criminels économiques, une opposition muselée.
Le “goulag tropical” de Ziguélé décrit une Centrafrique devenue prison à ciel ouvert où la liberté d’expression a disparu, où les opposants sont réduits au silence, où les médias propagent uniquement la parole du pouvoir.
Cette dérive autoritaire s’accompagne d’un effondrement des services publics – routes détruites, hôpitaux sans moyens, écoles délabrées, médias en panne – qui rend la vie quotidienne insupportable pour la majorité des Centrafricains.
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