Centrafrique : Quand Touadéra sous-traite au Ciel la gestion de son empire

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Centrafrique : Quand Touadéra sous-traite au Ciel la gestion de son empire

 

Centrafrique : Quand Touadéra sous-traite au Ciel la gestion de son empire

 

 

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Par : la rédaction de Corbeau News CentrafriqueCNC  

 Après dix années passées à la tête de l’État, sans réussir à garantir un accès durable à l’eau potable, à l’électricité, à des infrastructures sanitaires fonctionnelles, à des routes praticables ni à rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire, Faustin-Archange Touadéra s’en remet désormais au Ciel. Lors d’un culte organisé dans une église évangélique, puis retransmis par la Télévision centrafricaine (TCF), le chef de l’État s’est appliqué à lire, mot après mot, une longue prière dans laquelle il demande à Dieu d’intervenir directement pour résoudre les crises sécuritaires, économiques et morales auxquelles le pays reste confronté.

 

L’exercice, présenté comme un moment de recueillement, a rapidement pris les allures d’un discours officiel. Le visage fermé, la voix hésitante et les yeux constamment fixés sur son texte, Faustin-Archange Touadéra est resté accroché à son pupitre, récitant sa prière sans véritable interaction avec les fidèles, comme un texte soigneusement préparé à l’avance.

 

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La mise en scène a été renforcée par la présence de deux drapeaux centrafricains de part et d’autre de l’estrade. L’introduction de symboles de l’État au cœur d’un lieu de culte traduit une volonté d’associer le pouvoir politique à un cadre religieux, brouillant davantage la frontière entre les institutions de la République et la foi.

 

Au-delà de la forme, le contenu de cette prière retient l’attention. Devant les fidèles, Faustin-Archange Touadéra demande à Dieu d’assumer des missions qui relèvent directement des responsabilités de l’État.

 

Sur le plan sécuritaire, il prie pour que disparaissent « l’esprit de rébellion, l’esprit de guerre et de destruction », tout en demandant à Dieu de protéger les frontières, d’assurer la sécurité du territoire et de garantir la libre circulation des personnes.

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Sur le plan économique et social, il sollicite une intervention divine afin de rendre l’économie centrafricaine « forte, stable et prévisible », de bénir les activités des agriculteurs et des commerçants et de permettre à chaque citoyen de manger à sa faim et de vivre dans la dignité.

 

Concernant la gouvernance, le président demande également à Dieu d’éliminer de l’administration la corruption, les détournements de fonds publics, le gaspillage, l’injustice et la paresse.

 

Ces demandes soulèvent une interrogation simple : pourquoi confier à Dieu des missions qui relèvent normalement de l’action gouvernementale et des institutions publiques ?

 

Pour plusieurs analystes politiques, un élément n’a pas échappé à l’attention. Dans cette longue liste de requêtes adressées au Créateur, le président n’évoque ni le Fonds monétaire international (FMI) ni la Banque mondiale, dont les rapports successifs mettent en évidence les difficultés des finances publiques et critiquent régulièrement la gestion économique du pays.

 

La prière ne remplace ni les réformes économiques, ni la discipline budgétaire, ni les exigences de transparence imposées par les partenaires financiers. Aucun miracle ne peut se substituer aux responsabilités qui incombent au gouvernement dans la gestion des affaires publiques.

 

Cette intervention télévisée s’inscrit dans une série de déplacements effectués ces dernières semaines dans plusieurs églises évangéliques de Bangui. Accompagné d’une de ses épouses, Faustin-Archange Touadéra multiplie les séances de prière. Les images diffusées montrent également le président du Conseil constitutionnel, Jean-Pierre Waboué, agenouillé devant un pasteur, ainsi que le président de l’Assemblée nationale, Simplice Mathieu Sarandji, priant les mains levées.

 

À ce stade, deux importantes communautés religieuses ne figurent toujours pas dans cette tournée : l’Église catholique et la communauté musulmane.

 

Dans plusieurs quartiers de Bangui, une question revient avec insistance : le président se rendra-t-il également à la grande mosquée de Bangui pour y organiser une nouvelle prière publique ?

 

La prière publique de Touadéra soulève des questions sur l’absence de solutions concrètes face à la crise sécuritaire et économique en Centrafrique.

Pour de nombreux habitants de la capitale, cette multiplication des cérémonies religieuses reflète les inquiétudes d’un pouvoir sous pression. Alors que les rumeurs d’une progression des groupes armés alimentent les discussions dans certains quartiers, le chef de l’État semble concentrer une partie de son discours sur « l’esprit de rébellion », au point de donner l’image d’un dirigeant préoccupé avant tout par les menaces qui pèsent sur son pouvoir.

 

En demandant publiquement à Dieu de prendre en charge la sécurité du pays, le redressement de l’économie et la lutte contre la corruption, Faustin-Archange Touadéra donne le sentiment de déplacer vers le domaine spirituel des responsabilités qui relèvent de l’exercice du pouvoir. Lorsque les réponses aux difficultés du pays prennent la forme d’une prière lue devant les caméras plutôt que d’annonces de mesures concrètes, la capacité du pouvoir à apporter des solutions devient un sujet de débat.

 

Pour de nombreux observateurs, cette intervention ressemble davantage à un aveu d’impuissance qu’à une démonstration de leadership. Face aux difficultés persistantes que traversent les Centrafricains et aux critiques répétées des partenaires internationaux, les prières ne peuvent tenir lieu de bilan ni remplacer les résultats attendus de l’action publique.

 

Par Gisèle MOLOMA

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