
Neuf jours après les affrontements du 10 octobre 2026 dans le secteur de Nabagaye-Tissi, le conseiller camerounais de Faustin-Archange Touadéra, Jules Njawé, accuse le Tchad et la France de préparer une attaque contre la Centrafrique. Une intervention qui déplace le débat sur les circonstances des tirs ayant blessé des militaires tchadiens.
Le 19 octobre 2026, dans une émission animée par Alain Foka, Jules Njawé a présenté le Tchad comme un pays engagé dans la préparation d’une offensive militaire contre la République centrafricaine. Le conseiller du président Faustin-Archange Touadéra a évoqué 103 pick-up lourdement armés, des combattants soudanais et deux avions de chasse français.

Ces accusations interviennent après une opération militaire conduite le 10 octobre dans la Vakaga, au nord-est de la Centrafrique. Selon les informations publiées par Corbeau News Centrafrique (CNC), des mercenaires russes du groupe Wagner et leurs supplétifs ont attaqué des positions du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) dans le secteur de Nabagaye-Tissi.
Au cours de cette opération, des militaires tchadiens ont été blessés sur leur propre territoire, selon les informations recueillies par la rédaction du CNC. Le bilan initial de quatorze blessés a ensuite été porté à seize dans les informations complémentaires publiées le 13 octobre.
Le gouvernement tchadien a protesté auprès de Bangui. Son ministre des Affaires étrangères, Ahmat Kogri, a convoqué l’ambassadeur centrafricain pour demander des explications.
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C’est cette protestation diplomatique que Jules Njawé a vivement contestée, en présentant désormais N’Djamena comme le principal responsable des menaces contre la sécurité centrafricaine.
L’opération du 10 octobre partie de Birao
Dans la nuit du vendredi 9 au samedi 10 octobre 2026, une opération militaire a été lancée depuis Birao, chef-lieu de la préfecture de la Vakaga.
D’après les informations recueillies par la rédaction du CNC, une cinquantaine de mercenaires russes du groupe Wagner, accompagnés de supplétifs et de combattants rebelles tchadiens, ont pris la direction de Boromata avant de progresser vers Nabagaye.
Leur objectif était d’attaquer les positions du FPRC, mouvement armé dirigé par Noureddine Adam.
Les affrontements ont impliqué des combattants au sol et des moyens aériens. Des bombardements ont été signalés dans le secteur frontalier, provoquant des pertes humaines et des déplacements de populations.
Les combattants du FPRC ont opposé une résistance à cette offensive. Selon les informations du CNC, ils auraient notamment détruit un drone engagé dans l’opération.
Mais les combats ont également eu des conséquences au-delà de la frontière centrafricaine.
Dans le secteur tchadien de Tissi, des militaires ont été alertés par les détonations. Certains se sont avancés à bord d’un pick-up pour observer la situation.
D’après l’enquête du CNC, un hélicoptère utilisé par les mercenaires russes du groupe Wagner a alors ouvert le feu sur ces militaires, qui se trouvaient du côté tchadien.
Les informations complémentaires recueillies après les affrontements font état de seize militaires tchadiens blessés.
Le gouvernement tchadien situe l’incident dans le secteur d’Abnabak, également appelé Amnabaka, près de Tissi.
La localisation des tirs constitue l’un des principaux points de désaccord entre les autorités des deux pays.
N’Djamena demande des explications, Bangui défend son opération
Le dimanche 11 octobre, le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Kogri, a convoqué l’ambassadeur centrafricain à N’Djamena.
Le gouvernement tchadien dénonçait une violation de son territoire et les blessures infligées à plusieurs de ses militaires.
La convocation avait pour objectif d’obtenir des explications sur les circonstances de l’opération, l’identité des forces impliquées et les responsabilités dans les tirs.
Le conseiller Jules Njawé a accusé le Tchad et la France d’agression après l’offensive menée par les mercenaires de Wagner à Nabagaye-Tissi qui a blessé des militaires tchadiens.
Du côté centrafricain, le ministère de la Défense a présenté les affrontements comme une opération préventive destinée à empêcher une attaque de groupes armés contre la République centrafricaine.
Les deux gouvernements ne donnent donc pas la même version des événements.
Pour N’Djamena, l’incident concerne des tirs ayant touché ses militaires sur son territoire.
Pour Bangui, les opérations militaires visaient des positions rebelles dans une zone relevant de sa souveraineté.
Une correspondance diplomatique datée du 11 octobre, évoquée dans les informations publiées par le CNC, recommandait une mission conjointe pour clarifier les faits.
Cette proposition permettrait notamment de vérifier les lieux des tirs et de recueillir les témoignages des militaires présents pendant l’opération.
Or, neuf jours après les affrontements, le débat public a pris une autre direction avec l’intervention de Jules Njawé.
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