Maître Nicolas Tiangaye : « On ne peut pas faire de justice à deux vitesses entre Bozizé et Hassan Bouba »

Rédigé le 08 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Dans une intervention tranchante lors de l’émission « Actualité et nous » sur Radio Fréquence RJDH 100.5 FM, Maître Nicolas Tiangaye, ancien Premier ministre et président de la Convention Républicaine pour le Progrès Social (CRPS), a violemment dénoncé ce qu’il qualifie de « justice à géométrie variable » en République centrafricaine, en pointant du doigt le traitement différencié réservé à l’ancien président François Bozizé et au ministre Hassan Bouba, sans oublier d’autres membres du gouvernement.
À la suite de l’émission du mandat d’arrêt de la Cour pénale spéciale (CPS) contre François Bozizé le 26 janvier, Maître Tiangaye refuse de se limiter à une lecture purement juridique du dossier :
« La question n’est pas seulement juridique. Si c’était juridique, on aurait réglé beaucoup de choses, beaucoup de problèmes. […] Les démocrates que je suis, les militants des droits de l’homme que je fus et que je suis encore, pensent que la justice doit examiner les dossiers dans lesquels il y a des victimes ou des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité ont été commis. »
Mais le juriste et opposant va beaucoup plus loin en accusant directement le régime de pratiquer un deux poids, deux mesures intolérable :
« Que fait Hassan Bouba dans le gouvernement centrafricain ? […] Pourquoi deux poids, deux mesures ? Pourquoi vous le liez automatiquement ? […] Pourquoi Hassan Bouba qui a massacré des Centrafricains à l’Hindaho ? Plus d’une centaine de Centrafricains ont été massacrés par lui quand il était le coordinateur militaire de son mouvement. »
Maître Tiangaye rappelle les faits : Hassan Bouba a été arrêté par la CPS pour son rôle présumé dans le massacre de plus d’une centaine de civils, dont deux prêtres catholiques, à Alindao. Pourtant, il a été libéré dans des conditions troubles, sans qu’une décision judiciaire claire ne l’explique, et il continue d’occuper un poste ministériel :
« Il a été arrêté, mais vous savez comment il est sorti de prison. […] La présomption d’innocence ne signifie pas impunité. […] On ne fait pas de bruit là-dessus et on veut parler de Bozizé. Moi je trouve qu’on ne peut pas dans un pays avoir une justice à géométrie variable. Mettez d’abord Hassan Bouba en prison, ramenez-le en prison et on parlera de Bozizé après. »
Avec cette formule choc – « On ne peut pas faire de justice à deux vitesses entre Bozizé et Hassan Bouba » –, Maître Nicolas Tiangaye accuse le pouvoir en place d’instrumentaliser la justice pour protéger ses alliés tout en pourchassant ses adversaires. Il dénonce une instrumentalisation politique flagrante qui sape la crédibilité de la Cour pénale spéciale et renforce l’impunité pour les crimes commis par ceux qui sont proches du régime.
Ces déclarations constituent une charge lourde contre le système judiciaire centrafricain sous la présidence Touadéra, accusé de privilégier la loyauté politique au détriment de la vérité et de l’égalité devant la loi. Pour Maître Tiangaye, tant que des figures comme Hassan Bouba resteront impunies et au gouvernement, toute poursuite contre Bozizé ne pourra être perçue que comme une justice sélective et partisane.
Par Alain Nzilo
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